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Actualités - Chronologie

À Gemmayzé, une autre forme de « résistance »

Les différents quartiers résidentiels et commerciaux de la capitale sont jusqu’à présent épargnés par les bombardements israéliens, mais vivent quand même au rythme du pilonnage aérien visant la banlieue sud. Surpris par le déclenchement de cette nouvelle guerre que nul ne voyait poindre à l’horizon, de nombreux Libanais refusent de se laisser aller à la déprime ou au désarroi et font l’effort de se ressaisir en essayant de mener une vie quasi normale. Certains restaurants et pubs de la capitale continuent ainsi de recevoir les clients, comme à l’accoutumée. Dans les lignes qui suivent, Marc Burleigh de l’AFP évoque cette autre forme de résistance vécue par certains Libanais. Les missiles israéliens explosent dans la banlieue de Beyrouth et font parfois trembler les murs du centre-ville, mais lorsque le soir tombe, dans les bars de la ville, une autre forme de « résistance » s’organise. Le disc-jockey du Dragonfly, à Gemmayzé, fait hurler sa sono, et le rythme du tube des Queens, We will rock you !, remplit la petite salle enfumée. Le décor est moderne et la lumière tamisée dans cet établissement inauguré il y a quelques mois. Son propriétaire a décidé de braver la morosité ambiante et de rester ouvert en dépit des bombardements. Depuis près de deux semaines, les noctambules restent chez eux, et la peur de voir les années noires revenir a vidé les petites rues typiques et les terrasses modernes de ce qui était redevenu la capitale de tous les plaisirs au Moyen-Orient. Les riches touristes du Golfe sont repartis, les Libanais vivant à l’étranger et qui ont l’habitude de passer leurs vacances au pays ont plié bagage précipitamment, et ce sont les déplacés du Liban-Sud qui occupent les chambres des grands hôtels. Mais, dans la nuit chaude, la musique qui sort de la porte ouverte du Dragonfly lance un message politique : après We will rock you ! – « Nous allons vous faire bouger » –, des Queens, c’est Another brick in the wall – « Une autre pierre dans le mur » –, de Pink Floyd’s, et enfin Can’t get no satisfaction – « Je ne prends pas de plaisir » –, des Rolling Stones. « C’est notre manière à nous de résister. Nous voulons montrer que nous pouvons vivre comme avant. Et que les bombes n’auront jamais raison de nous », explique Tony Kairouz, alors que le serveur en veste blanche passe entre les tables, un plateau couvert de bouteilles de bière. Grand et bronzé, le jeune homme semble sorti tout droit d’un magazine de mode et faire la publicité pour un couturier italien. La beauté assise à côté de lui sirote un cocktail, et ses grands yeux en amande reflètent, comme ses propos, une certaine naïveté : « La guerre n’est pas notre problème. Je suis un être humain et je veux vivre normalement. Nous devons pouvoir respirer, tout de même ! » Dans un autre établissement, la télévision diffuse les images des destructions provoquées par les pilonnages des localités du Liban-Sud et des quartiers qui abritent les institutions du Hezbollah. Mais les consommateurs les ignorent: ils lampent des gorgées de vodka glacée, en suivant de tout le corps le rythme de la musique pop. « C’est leur seule forme d’expression », explique Nida, une Libanaise qui vit en France. Elle est venue quelques jours pour aider ses vieux parents à quitter le pays. « Regardez autour de vous, c’est une zone de guerre après tout. Mais ils décident de s’amuser quand même ! » Pour le barman, Élie Issa, les clients se sentent relativement en sécurité dans les quartiers comme Gemmayzé. Ils sont loin de la banlieue sud, et la musique couvre le fracas des bombes. Mais certains n’ont pas perdu la mémoire dans les nuits agitées de Beyrouth. Ils se souviennent que ce quartier, il y a 15 ans, était une succession de rues en ruines, coupées au bout par la ligne verte qui séparait les deux secteurs de la capitale à prédominance chrétienne et musulmane.
Les différents quartiers résidentiels et commerciaux de la capitale sont jusqu’à présent épargnés par les bombardements israéliens, mais vivent quand même au rythme du pilonnage aérien visant la banlieue sud.
Surpris par le déclenchement de cette nouvelle guerre que nul ne voyait poindre à l’horizon, de nombreux Libanais refusent de se laisser aller à la déprime ou au désarroi et font l’effort de se ressaisir en essayant de mener une vie quasi normale. Certains restaurants et pubs de la capitale continuent ainsi de recevoir les clients, comme à l’accoutumée. Dans les lignes qui suivent, Marc Burleigh de l’AFP évoque cette autre forme de résistance vécue par certains Libanais.
Les missiles israéliens explosent dans la banlieue de Beyrouth et font parfois trembler les murs du centre-ville, mais lorsque le...