Des cordes à linge sont tendues entre les fenêtres des salles de classe, des bébés pleurent dans les couloirs, des jeunes traversent la cour : l’école Khaled Joumblatt s’est transformée en centre d’accueil pour des dizaines de familles qui se sont réfugiées dans le « pays druze ».
À trente minutes de Beyrouth, sur la route menant à Damas à travers les montagnes du Chouf, la ville de Aley connaissait ces dernières années un rapide regain touristique.
Depuis le début des bombardements israéliens, les riches touristes des pays du Golfe sont partis, remplacés par des Libanais fuyant Beyrouth et le Sud vers une région qui a été épargnée par l’aviation israélienne.
« Je suis parti au deuxième jour des bombardements », dit Chadi Najdi, 22 ans, du village de Srifa, dans le Sud. « La veille, j’avais fait partir ma famille. J’ai trié mes affaires et je suis parti. »
Première halte, la banlieue sud de Beyrouth. Mais l’aviation israélienne frappe là aussi. Deux jours plus tard, Nadji s’est joint au flot de populations déplacées cherchant le calme du côté du « pays druze ». Aujourd’hui, explique Nadji, sa maison, c’est une salle de classe au deuxième étage de cette école de Aley, qu’il partage avec une trentaine de personnes. Selon un volontaire qui aide les réfugiés de l’école Khaled Joumblatt, quelque 360 personnes se sont installées ici.
Par dizaines de milliers
Des responsables locaux expliquent que les écoles, les dispensaires et les cercles de loisir d’Aley abritent quelque 36 000 réfugiés, chiites pour la plupart, soit un quart de la population normale.
Mais des dizaines de milliers d’autres auraient aussi gagné la région, sans se faire enregistrer auprès des autorités et vivant chez des amis ou des parents.
« Nous n’avons pas reçu de matelas, on ne nous donne pas d’eau, pas de vivres », déplore un fonctionnaire, qui s’exprime sous le couvert de l’anonymat.
À l’école de Aley, les réfugiés attendent dans l’anxiété, guettant toute information sur ce qui se passe dans leur ville ou village. Srifa, le village de Chadi Nadji, a été bombardé voilà cinq jours. Il y a eu au moins 17 morts mais, dit-il, nul ne connaît le véritable bilan. « Les corps restent au sol, personne ne peut les récupérer. Ils sont dévorés par des chiens errants », ajoute-t-il. Sa maison, lui a-t-on dit, a été détruite sous les bombes. « Si nous rentrons chez nous, et nous le ferons, à la grâce de Dieu, qu’allons-nous faire, comment allons-nous vivre ? » La colère le gagne. Contre Israël. Contre les capitales arabes qui ne font rien pour se porter au secours du Liban. « Ma terre est occupée et je n’ai pas d’armes. Bardez-moi d’explosifs, et je suis prêt à y aller. »
Dominic EVANS (Reuters)
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À trente minutes de Beyrouth, sur la route menant à Damas à travers les montagnes du Chouf, la ville de Aley connaissait ces dernières années un rapide regain touristique.
Depuis le début des bombardements israéliens, les riches touristes des pays du Golfe sont partis, remplacés par des Libanais fuyant Beyrouth et le Sud vers une région qui a été épargnée par l’aviation israélienne.
« Je suis parti au deuxième jour des bombardements », dit Chadi Najdi, 22 ans, du village de Srifa, dans le Sud. « La veille, j’avais fait...