En procédant au tir d’essai de sept missiles, la Corée du Nord a réussi à attirer l’attention du monde entier, mais sur le plan militaire, leur plongeon en mer du Japon quelques minutes au mieux après leur lancement jette le doute sur les capacités de l’armée communiste.
Sur les sept missiles lancés mercredi, aucun n’a tenu en l’air plus de quelques minutes, selon les militaires sud-coréens et américains. Six engins étaient à courte ou moyenne portée, de type SCUD ou leur version améliorée localement, baptisée « Rodong ». Un septième était le Taepodong-2, dernier-né du programme nord-coréen qui, selon Séoul et Washington, aurait une portée théorique qui pourrait aller jusqu’à 6 700 km, soit suffisamment pour frapper l’Alaska. Mais lui aussi s’est abîmé en mer du Japon, séparant la péninsule coréenne de l’archipel nippon. Le Taepodong-2 n’a tenu en vol qu’une quarantaine de secondes, selon des sources sud-coréennes et américaines.
« C’est un échec pour la Corée du Nord. La carte des missiles qu’elle voulait jouer comme un moyen de pression sur les États-Unis s’est affaiblie car l’essai du Taepodong-2 a échoué », souligne le professeur Choi Jong-chul de l’Université nationale de la défense, à Séoul. « C’est un camouflet pour l’armée nord-coréenne et il y aura des répercussions là-bas », prédit-il.
« Un missile qui échoue après 40 secondes n’est pas une menace pour le territoire des États-Unis », s’est empressé de souligner à Washington le conseiller à la Sécurité nationale de la Maison-Blanche, Stephen Hadley.
Cet échec va miner les efforts de Pyongyang visant à vendre ses missiles et sa technologie en matière de missiles à des pays comme l’Iran ou la Syrie, selon les experts. Selon la presse japonaise, une délégation de dix spécialistes des missiles de Téhéran se trouvait en Corée du Nord au moment du lancement.
Le régime communiste nord-coréen, à l’économie exsangue, voit dans le commerce d’armes un des rares moyens de se procurer les devises et le pétrole dont il manque cruellement, tant Pyongyang est isolé.
Selon un Livre blanc du ministère sud-coréen de la Défense, datant de 2004, la Corée du Nord a entamé un programme de missiles balistiques dans les années 1970. Un premier tir d’essai s’était avéré concluant dans les années 1980, celui d’un SCUD-B, d’une portée de 300 km. Depuis, un demi-millier de SCUD-C, d’une portée de 500 km, ont été produits. Dans les années 90, le régime a réussi le tir d’essai d’un Rodong d’une portée de 1 300 km, ce qui a permis de l’inclure dans le programme opérationnel. En 1998, un Taepogong-1 à longue portée avait survolé le Japon pour s’abîmer à 1 500 km de son pas de tir, dans l’océan Pacifique. Cet essai concluant avait prouvé que la Corée du Nord avait plus que la capacité de frapper Tokyo, une perspective qui avait fait frémir le Japon.
Mercredi, le tir d’essai du Taepodong-2 devait marquer un nouveau progrès dans le programme du Nord et prouvé que le régime stalinien pouvait frapper jusqu’au territoire américain. Mais l’engin a tenu « moins d’une minute en vol », souligne Baek Seung-joo, responsable de l’équipe de recherche sur la Corée du Nord à l’Institut d’analyse des questions de défense. « En ce qui concerne la portée, il s’agit absolument d’un échec », ajoute-t-il.
Pour Shim Sung-tack, chercheur à l’institut Monterey des études internationales, en Californie, l’échec du Taeopodong-2 pourrait en fait ne pas en être un. « Il s’agissait d’un échec voulu car tout ce dont la Corée du Nord avait besoin, c’était de montrer qu’elle pouvait lancer un missile intercontinental à partir d’un pas de tir fixe », estime-t-il.
Chan-kyong Park (AFP)
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Sur les sept missiles lancés mercredi, aucun n’a tenu en l’air plus de quelques minutes, selon les militaires sud-coréens et américains. Six engins étaient à courte ou moyenne portée, de type SCUD ou leur version améliorée localement, baptisée « Rodong ». Un septième était le Taepodong-2, dernier-né du programme nord-coréen qui, selon Séoul et Washington, aurait une portée théorique qui pourrait aller jusqu’à 6 700 km, soit suffisamment pour frapper l’Alaska. Mais lui aussi s’est abîmé en mer du Japon, séparant la péninsule...