Les responsables israéliens et palestiniens, ennemis dans la lutte pour la terre, ont développé, avec le temps, un certain mimétisme dans la gestion, ou plutôt la non-gestion, des crises. Au chapitre de leurs points communs, deux traits marquants : leur incapacité à rendre compte de leurs actes et leur recours systématique à l’escalade des violences afin de masquer leurs propres échecs.
Côté palestinien, le Hamas, porté au pouvoir lors des législatives de janvier 2006, une victoire au goût amer pour les islamistes si confortablement installés dans leur rôle d’opposant, a décidément du mal à se positionner clairement sur la scène palestinienne. Contraint de passer en mode purement politique, en raison des pressions internationales et des attentes de son électorat, le Hamas se laisse toujours déborder par son aile militaire.
Sur le terrain, les tergiversations du parti islamiste se traduisent par une série d’affrontements interpalestiniens sans précédent dans la bande de Gaza, une crise humanitaire grave, et un regain de tension avec Israël. Difficile de trouver un élément à inscrire à l’actif d’un parti dont les Palestiniens attendaient qu’il travaille à l’amélioration de leurs conditions de vie.
Dans ce contexte, l’offensive israélienne a au moins le mérite de mettre entre parenthèses les rivalités entre militants du Hamas et du Fateh, qui ont tourné leurs armes vers cet « utile ennemi sioniste ». En attendant, ce sont les civils qui paient le prix de l’offensive israélienne.
Côte israélien, la crise de Gaza peut servir les intérêts du Premier ministre, cible d’un feu nourri de critiques quant au bilan du retrait israélien de Gaza en août dernier. Son village étant soumis à une pluie, quasi-quotidienne, de roquettes palestiniennes, le maire de Sdérot a lancé un véritable ultimatum, la semaine dernière, au gouvernement israélien. Mercredi, la Knesset dénonçait, en outre, l’échec de la réinsertion des quelque 8 000 colons évacués de Gaza. Des critiques malvenues alors qu’Ehud Olmert cherche à promouvoir son plan unilatéral de désengagement et de regroupement des colons de Cisjordanie.
Aujourd’hui, le Premier ministre israélien semble tenté de se débarrasser du Hamas, l’autre « dommage collatéral » du retrait de Gaza. En rejetant le document d’entente palestinien et en arrêtant les représentants des islamistes, M. Olmert neutralise les plus « modérés » du parti. Une manière de s’assurer que le Hamas ne mènera pas à son terme sa transformation en organe politique. Car quoi de plus menaçant, pour Israël, que des islamistes prêts à s’asseoir à la table des négociations.
En 2003, Amos Oz avait écrit : « Je pense que Arafat et Sharon sont quasiment menottés l’un à l’autre, comme des esclaves du passé, d’un passé traumatisé, par manque de confiance, de bonne volonté, de vision, d’imagination et de courage politique. » Avec la disparition de ces deux figures de l’histoire israélo-palestinienne, d’aucuns avaient espéré qu’une ère nouvelle, plus propice à la paix, allait s’ouvrir. Aujourd’hui, les protagonistes du dossier se sont laissé enfermer dans le même schéma autodestructeur, se nourrissant l’un de l’autre, l’un sur l’autre. Ils seront redevables à leurs peuples respectifs de leur manque de courage politique et de leur irresponsabilité.
Émilie SUEUR
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