Rechercher
Rechercher

Actualités - Analyse

ÉCLAIRAGE Les islamistes somaliens se radicalisent et se structurent politiquement

La nomination de cheikh Hassan Dahir Aweys – décrit comme terroriste par les États-Unis – à la tête des tribunaux islamiques, qui contrôlent une partie de la Somalie, traduit une radicalisation de ce mouvement organisé désormais en entité politique, selon des analystes. « Aweys, ça va exciter les États-Unis et le gouvernement somalien », explique un spécialiste de la Somalie. Depuis novembre 2001, cheikh Aweys est recherché par les États-Unis. Selon un rapport d’International Crisis Group (ICG) de décembre 2005, il a été l’un des principaux dirigeants d’al-Ittihad al-Islami, une organisation jihadiste créée au début des années 80 et qui a cessé « pour l’essentiel » d’exister depuis 2005. Pour al-Ittihad, qui a participé à la guerre civile déclenchée en 1991, le Coran devait être la base de la vie politique et sociale. En 1998, cheikh Aweys est « l’une des figures centrales dans l’établissement du tribunal islamique » Ifka Halane, l’une des cours les plus extrémistes à Mogadiscio, affirme ICG. Et samedi, près de 3 semaines après la prise de contrôle de la capitale par les miliciens des tribunaux islamiques qui ont défait une alliance de chefs de guerre soutenue par les États-Unis, consécration suprême : il a pris la tête du nouveau Conseil des tribunaux islamiques (CIC), principal organe des tribunaux. Jusqu’à présent, les cours, soupçonnées d’abriter des extrémistes du réseau el-Qaëda, étaient organisées au sein d’une Alliance des tribunaux islamiques, présidée par le modéré cheikh Sharif Cheikh Ahmad. Samedi, elles se sont « transformées en entité politique », avec la création d’au moins deux organes, explique le spécialiste. Le CIC se présente comme l’organe législatif et le conseil exécutif est présidé par cheikh Ahmad. « La structure politique reste floue, les objectifs aussi », affirme le spécialiste, même si cheikh Aweys a déjà annoncé sa volonté d’imposer la charia. Les tribunaux islamiques contrôlent trois régions et demie en Somalie, sur un total de dix-huit. « On ne peut pas parler de l’établissement d’une République islamique. On verra dans six mois, un an », estime Roland Marchal, chercheur au Centre national de la recherche scientifique à Paris et expert de la région. « S’ils se montrent trop radicaux, dans quelques mois ils seront dehors », affirme-t-il. « Le problème n’est pas de prendre le pouvoir, mais de le conserver », insiste-t-il, expliquant que les tribunaux, qui forment un groupe disparate, peuvent être victimes d’un retournement d’alliances. « Les clans et les milieux d’affaires qui ont soutenu les cours ont des agendas différents », note-t-il. Les tribunaux ont conclu, le 22 juin, un accord de reconnaissance mutuelle avec le gouvernement somalien. Mais « certains éléments du CIC ne sont pas contents de cet accord, estimant que la délégation des tribunaux est allée trop loin », assure un analyste spécialisé dans la Somalie. Les deux parties ont convenu de se retrouver le 15 juillet au Soudan, mais « il semble que la ligne dure (des tribunaux) refuse le compromis et le dialogue ne va peut-être pas continuer », ajoute-t-il. Béatrice DEBUT (AFP)

La nomination de cheikh Hassan Dahir Aweys – décrit comme terroriste par les États-Unis – à la tête des tribunaux islamiques, qui contrôlent une partie de la Somalie, traduit une radicalisation de ce mouvement organisé désormais en entité politique, selon des analystes. « Aweys, ça va exciter les États-Unis et le gouvernement somalien », explique un spécialiste de la Somalie.
Depuis novembre 2001, cheikh Aweys est recherché par les États-Unis. Selon un rapport d’International Crisis Group (ICG) de décembre 2005, il a été l’un des principaux dirigeants d’al-Ittihad al-Islami, une organisation jihadiste créée au début des années 80 et qui a cessé « pour l’essentiel » d’exister depuis 2005. Pour al-Ittihad, qui a participé à la guerre civile déclenchée en 1991, le Coran devait être la base de...