Les élections commencent à se faire un peu plus fréquentes dans les six monarchies arabes du Golfe, mais les gouvernements, inquiets face à l’instabilité de la région et la poussée des islamistes, contrôlent très étroitement ces timides processus de démocratisation.
Tranchant avec leur immobilisme politique traditionnel, ces régimes conservateurs ont, depuis l’invasion du Koweït et la première guerre du Golfe (1990-1991), amorcé une prudente ouverture en organisant des élections, souvent partielles, et en reconnaissant, pour certains, les droits des femmes. « L’expérience parlementaire au Koweït, vieille de plus de 40 ans, a influencé les autres pays arabes du Golfe (...) notamment depuis l’invasion du Koweït et les événements qui en ont découlé, lesquels ont mis la région sur la voie d’une nécessaire modernisation de la vie politique », a déclaré à l’AFP l’universitaire bahreïni Baqer Najjar. Les appels en faveur de réformes démocratiques dans les États du Golfe se sont multipliés depuis que Washington a lancé une campagne pour promouvoir la démocratie dans le monde arabo-musulman après les attentats du 11-Septembre.
Ainsi, Bahreïn, secoué dans les années 1990 par une vague de violences qui fit une quarantaine de morts, s’est doté en 2002 d’un Parlement bicaméral où le pouvoir législatif est partagé entre une Assemblée élue au suffrage universel et un Conseil consultatif, désigné par le souverain et contesté par l’opposition, qui se recrute surtout dans la communauté chiite, majoritaire. Des élections doivent avoir lieu à la fin de l’année pour renouveler l’Assemblée élue, et la plus grande partie de l’opposition, qui avait boycotté le scrutin de 2002, a décidé d’y participer. Les femmes ont le droit de vote depuis 2001 à Bahreïn, et plusieurs s’étaient présentées aux élections de 2002, mais aucune n’avait été élue.
Le sultanat de Oman avait organisé dès 1991 des élections au suffrage indirect pour un Conseil consultatif. Trois ans plus tard, il devenait le premier pays du Golfe à donner aux femmes le droit de vote et celui de se présenter aux élections. Deux femmes sont actuellement membres de ce Conseil. Il fallut toutefois attendre 2003 pour que cet organisme soit élu au suffrage direct.
Au Qatar, des élections sont prévues début 2007 pour élire les deux tiers des membres d’un Conseil consultatif actuellement nommé par l’émir. Entrée en vigueur en juin 2005, la Constitution proclame le droit de vote et d’éligibilité pour les femmes, qui avaient voté pour la première fois en mars 1999 lors d’élections municipales.
L’Arabie saoudite, royaume le plus conservateur du Golfe, qui dispose d’une Assemblée désignée par le souverain, a organisé en 2005, pour la première fois de son histoire, des élections pour choisir la moitié des membres des conseils municipaux. Les femmes n’ont toutefois pas été autorisées à voter.
Emboîtant le pas à ses voisins, les Émirats arabes unis ont été le dernier pays arabe du Golfe à annoncer en décembre 2005 l’organisation, à une date non précisée, d’élections au suffrage indirect pour choisir 20 des 40 membres du Conseil national fédéral, une mesure présentée par les autorités comme un premier pas vers des élections générales.
Craintes de l’influence
des islamistes
Mais les monarchies du Golfe conduisent cette ouverture avec une grande prudence, redoutant l’influence croissante des groupes islamistes radicaux, rendus responsables de la vague de violences dans la région, notamment en Irak. « Les mouvements islamistes inquiètent les régimes de la région, car leur objectif non déclaré est de proclamer un État religieux », affirme M. Najjar. Mais l’opinion publique dans les pays du Golfe « réclame en général une participation à la vie politique, et non un changement de régime », ajoute-t-il, citant l’exemple du Koweït, où le Parlement élu, créé en 1962, a prouvé qu’il était « un facteur de stabilité pour le régime ».
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Tranchant avec leur immobilisme politique traditionnel, ces régimes conservateurs ont, depuis l’invasion du Koweït et la première guerre du Golfe (1990-1991), amorcé une prudente ouverture en organisant des élections, souvent partielles, et en reconnaissant, pour certains, les droits des femmes. « L’expérience parlementaire au Koweït, vieille de plus de 40 ans, a influencé les autres pays arabes du Golfe (...) notamment depuis l’invasion du Koweït et les événements qui en ont découlé, lesquels ont mis la région sur la voie d’une...