La conférence de dialogue se retrouve, jeudi 29 juin, dans des conditions ambiguës, où les chances de progrès le disputent aux risques de dérapage.
À l’actif de la conférence de dialogue figure la volonté générale d’apaisement, dont les motivations sont d’abord économiques. La trêve estivale est importante pour le cycle économique annuel et la torpiller serait impardonnable, conviennent les divers acteurs politiques.
Toutefois, un certain nombre de données défavorables à la conférence de dialogue national existent aussi. En premier lieu, il faut inscrire le froid qui existe entre le président de la République, Émile Lahoud, et le président de la Chambre, Nabih Berry.
Ce dernier, qui rentre au Liban demain, venant d’Italie où il se trouvait en vacances, n’a plus effectué de visite hebdomadaire à Baabda depuis bien longtemps, en dépit d’un souhait syrien en ce sens.
Le chef de l’État, pour sa part, ne se prive pas de critiquer en privé le chef du Législatif et ses démarches conciliatoires qui l’ont mené dernièrement en Égypte, où il a été reçu par le président Moubarak. M. Berry ne cache pas en effet ses ambitions de rapprocher Beyrouth de Damas, au besoin en s’aidant de l’Égypte et de l’Arabie saoudite, dans une tentative de concrétiser le consensus auquel est parvenue, sur ce point, la conférence de dialogue.
En fait, entre MM. Berry et Lahoud, le désaccord serait si profond que l’on parle volontiers, dans certains milieux, d’une identité de vues, sur ce point, entre le président de la Chambre et le mouvement du 14 Mars. À cette réserve près que le Hezbollah, lui, exclut toute possibilité d’un départ anticipé du président Lahoud et prévoit que la crise de pouvoir actuelle durera jusqu’à la fin de son mandat.
Sur ce « froid » viendrait se greffer la volonté du Courant patriotique libre de faire de la place au président Émile Lahoud à la table de dialogue, une volonté qui pourrait se traduire par un coup de frein au dialogue national, avec un retrait théâtral de l’homme à la cravate orange.
Autre donnée défavorable au dialogue, l’interprétation restrictive que fait M. Walid Joumblatt du « pacte d’honneur » auquel sont désormais tenus ses protagonistes. Pour le chef du PSP, en effet, ce pacte ne concerne que les Libanais, et exclut donc la Syrie, dont l’arrogance et le dédain à l’égard du Premier ministre sont un défi permanent à la dignité nationale.
Si l’on ajoute à tous ces points noirs la récente impertinence du ministre syrien des Affaires étrangères, Walid Moallem, qui reproche au Premier ministre de ne pas avoir répondu à la convocation du régime syrien, c’est un été politiquement pourri qui se prépare, en dépit des plages ensoleillées et des villégiateurs.
De sorte que, plus d’un an après le départ de l’armée syrienne du Liban, les champions de l’indépendance sont toujours empêtrés dans leurs sophismes, se disputant l’héritage de ce départ auquel ils n’ont pas assisté, proposant aux Libanais, en lieu et place de la dignité retrouvée, un surplace désespérant.
Philippe ABI-AKL
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À l’actif de la conférence de dialogue figure la volonté générale d’apaisement, dont les motivations sont d’abord économiques. La trêve estivale est importante pour le cycle économique annuel et la torpiller serait impardonnable, conviennent les divers acteurs politiques.
Toutefois, un certain nombre de données défavorables à la conférence de dialogue national existent aussi. En premier lieu, il faut inscrire le froid qui existe entre le président de la République, Émile Lahoud, et le président de la Chambre, Nabih Berry.
Ce dernier, qui rentre au Liban demain, venant d’Italie où il se trouvait en vacances, n’a plus effectué de visite hebdomadaire à Baabda...