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Actualités - Opinion

LE POINT Frères à mort

Il faut croire Hosni Moubarak quand il affirme que c’est pour tenter de résoudre les différends entre la Syrie et la Jordanie qu’il a rencontré dimanche dernier à Charm el-Cheikh le roi Abdallah II et qu’il voulait recevoir le président Bachar el-Assad – une réunion qui, en définitive, n’a pas eu lieu. Il faut croire aussi ce courageux porte-parole jordanien quand il proclame, d’une manière qui ne saurait prêter à la moindre confusion, qu’entre les deux pays, il n’y a pas de crise et donc qu’une éventuelle médiation égyptienne n’a pas de raison d’être. À l’appui de cette assertion – assez inhabituelle tout de même dans les rapports entre États –, Nasser Jawdeh a rappelé sans sourciller que le haut comité groupant des représentants des deux pays doit tenir une réunion à la fin du mois en cours. D’ici là, les braves gens des deux côtés de la frontière auront peut-être oublié cette malencontreuse affaire de conflit-qui-n’en-est-pas-un et du vrai-faux pas cairote. Après tout, cela se déroule en terre arabe où, nul ne l’ignore, les pires querelles finissent en embrassades, même si celles-ci doivent masquer bien mal la réalité. S’il est permis de douter des bonnes intentions des uns et des autres, on ne saurait, par contre, nier l’existence d’un contentieux terriblement lourd et dont les origines se perdent presque dans la nuit des temps. Plus exactement à l’époque de la Première Guerre mondiale quand, floués par les Britanniques qui leur avaient promis un grand État s’ils se soulevaient contre l’Empire ottoman (ce qu’ils firent), les hachémites tentèrent, conduits par Fayçal, d’édifier un royaume ayant pour capitale l’ancienne patrie des Omeyyades avant d’en être chassés peu après pour, sous l’égide de Abdallah cette fois (arrière-grand-père de l’actuel souverain), prendre le contrôle de ce qui devait devenir la Transjordanie. Plus de quarante ans après, il y aura l’épisode des unions passagères quand, le 1er février 1958, l’Égypte et la Syrie décident de créer la République arabe unie, à laquelle le roi Hussein et son cousin irakien, le roi Fayçal II, ripostent en proclamant l’Union arabe. Avec l’avènement au pouvoir de Hafez el-Assad, l’état des relations devait s’inscrire en dents de scie, les deux dirigeants ne se retrouvant, chose parfaitement compréhensible, que dans leur haine farouche de Yasser Arafat. Dans tout cela, force est de reconnaître que les monarques hachémites n’ont jamais cessé d’être des mal-aimés, forcés de recourir aux appuis les plus divers, et souvent les plus hasardeux, pour défendre leur trône. Aujourd’hui, la Jordanie a toutes les raisons de craindre pour son avenir à moyen terme. L’Autorité palestinienne semble avoir fait son deuil d’un règlement prévoyant la création d’un État incluant Gaza ainsi que l’ensemble de la rive occidentale du Jourdain, et « ayant Jérusalem pour capitale ». Aussi, la tentation est-elle grande pour les Palestiniens de lorgner de l’autre côté du fleuve, un rêve caressé depuis 1948 et dont la tentative de concrétisation avait tourné au drame lors du tristement célèbre Septembre noir de 1970, ayant donné naissance, cinq ans plus tard, à une version nouvelle que les Libanais ne sont pas près d’oublier. C’est que, aussi, le beau fixe n’a jamais été de mise dans le firmament jordanien, ni dans les rapports avec le voisin du Nord. Pas plus tard que fin avril, les forces de sécurité avaient affirmé avoir fait échec à une série d’attentats planifiés par des dirigeants du Hamas établis à Damas. Abdallah II a-t-il voulu exploiter une conjoncture régionale dominée aujourd’hui par le problème irakien, le bras de fer entre Washington et Téhéran à propos du nucléaire, l’épreuve de force entre Mahmoud Abbas et Ismaïl Haniyeh, enfin l’impatience américaine grandissante face aux multiples atermoiements syriens pour consolider les assises de son régime et, par-delà cet objectif, l’avenir de son pays ? C’est plus que probable. L’initiative est sans précédent, même venant d’un monarque pas comme les autres : mercredi, la page éditoriale d’un grand quotidien américain comportait un article signé Abdallah II ben Hussein et intitulé : « La responsabilité de la paix ». À l’occasion de l’ouverture, dans la cité nabatéenne de Pétra, d’un forum réunissant 25 prix Nobel et une trentaine d’autres personnalités, l’auteur rappelait que son père se plaisait à répéter que « la paix est un don que nous léguons aux générations futures ». Sa conclusion : « Nous devons convaincre les deux peuples (palestinien et israélien) qu’une vie en harmonie, même difficile, demeure moins coûteuse qu’un conflit destructeur. » Et comme pour accompagner d’un geste concret ces belles paroles, le monarque a appelé au téléphone le président syrien pour évoquer avec lui « les relations bilatérales entre les deux pays frères ». Après la bonne parole, les belles paroles ?... Christian MERVILLE
Il faut croire Hosni Moubarak quand il affirme que c’est pour tenter de résoudre les différends entre la Syrie et la Jordanie qu’il a rencontré dimanche dernier à Charm el-Cheikh le roi Abdallah II et qu’il voulait recevoir le président Bachar el-Assad – une réunion qui, en définitive, n’a pas eu lieu. Il faut croire aussi ce courageux porte-parole jordanien quand il proclame, d’une manière qui ne saurait prêter à la moindre confusion, qu’entre les deux pays, il n’y a pas de crise et donc qu’une éventuelle médiation égyptienne n’a pas de raison d’être. À l’appui de cette assertion – assez inhabituelle tout de même dans les rapports entre États –, Nasser Jawdeh a rappelé sans sourciller que le haut comité groupant des représentants des deux pays doit tenir une réunion à la fin du mois en...