Après avoir boycotté pendant quatre ans le processus de démocratisation lancé par le régime sunnite de Bahreïn, l’opposition chiite a choisi de participer aux prochaines élections pour tenter de changer le système de l’intérieur.
Le boycott électoral lancé en 2002 par quatre mouvements d’opposition a de facto pris fin le 1er mai, lorsque « al-Wefaq », l’Association de l’entente nationale islamique, le principal mouvement chiite de ce petit archipel, a choisi de participer aux législatives prévues entre octobre et décembre. Ce boycott avait été décidé pour protester contre ce que l’opposition considérait comme un « coup d’État constitutionnel » de la part du roi Hamad ben Issa al-Khalifa, à savoir l’établissement d’un Parlement bicaméral où le pouvoir législatif est partagé entre une assemblée élue au suffrage universel et un Conseil consultatif, désigné par le souverain, qui sert de garde-fou.
Bahreïn, qui ne compte que 650 000 habitants, est un cas unique parmi les monarchies arabes du Golfe gouvernées par des régimes sunnites, puisque les chiites (environ 60 % de la population autochtone) y sont majoritaires. Avant le lancement du processus de démocratisation en 2001, au moins 38 personnes avaient péri dans les années 1990 lors d’affrontements entre forces de sécurité et activistes chiites.
Le leader d’« al-Wefaq », cheikh Ali Salman, assure que le boycott n’était pas une erreur, mais que les temps ont changé. Sa volte-face tactique a néanmoins coûté cher à son mouvement, puisqu’elle a entraîné sa division, la faction la plus radicale, qui regroupe de très nombreux jeunes activistes, ayant fait sécession. L’autre mouvement chiite, l’Association de l’action islamique, n’a pas encore pris de décision. Son chef, cheikh Mohammad Ali Mahfoudh, indique être « personnellement » en faveur de la participation, « afin d’éviter des heurts entre le peuple et le gouvernement », mais estime que la direction du mouvement y reste majoritairement opposée.
L’opposition ne se fait en tout cas aucune illusion, consciente que sa décision de participer à un système qu’elle considère comme injuste fait le jeu du pouvoir. Pour cheikh Mohammad, la prochaine législature, qui durera quatre ans, « sera décisive », car « s’il n’y a pas de réel changement, des incidents peuvent se produire ». Là résident en fait le défi et le risque pour l’opposition. « Il y a une dynamique au sein de la communauté chiite, entre ceux qui disent “œuvrons au sein du système pour voir ce que nous pouvons faire” et les partisans du refus », explique un analyste étranger. Si l’expérience se passe bien, « cela affaiblira la position des plus violents », poursuit-il.
Les exigences
des mouvements chiites
Quoi qu’il en soit, les deux mouvements chiites n’ont pas renoncé à leur exigence d’une réforme constitutionnelle pour supprimer le Parlement bicaméral, qu’ils considèrent l’obstacle principal à un véritable changement. L’objectif, explique cheikh Salman dans une interview à l’AFP, est de faire de Bahreïn « une monarchie constitutionnelle où la dynastie des Khalifa continuera de régner », mais où le pouvoir sera détenu par une Chambre unique et élue. « Ce n’est pas un État, c’est une entreprise », lance-t-il à propos de Bahreïn, ajoutant que « 11 des 22 ministres appartiennent à la famille royale ». Il s’agit là d’un modèle commun aux six monarchies du Golfe, mais « c’est un modèle que nous devons commencer à changer », dit-il.
Le gouvernement intransigeant
Cependant pour le pouvoir, il n’est pas question de transiger sur le Parlement bicaméral et l’actuel système, perçu comme un garant de la stabilité. « L’équilibre » entre les deux Chambres a pour but de « préserver l’identité de Bahreïn en tant que société arabe, islamique et libérale », affirme à l’AFP le ministre de l’Information Mohammad Abdel Ghaffar Abdallah, en référence à la nature très tolérante de la société bahreïnie, l’une des plus ouvertes du Golfe.
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