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Actualités - Analyse

Éclairage La mort de Zarqaoui pourrait clarifier la scène insurrectionnelle irakienne

« Zarqaoui est éliminé. » C’est avec un large sourire que le Premier ministre irakien, Nouri al-Maliki, et l’ambassadeur américain à Bagdad, Zalmay Khalilzad, ont annoncé hier la mort du chef d’el-Qaëda en Irak. Résistant aux sirènes du triomphalisme, les deux responsables ont toutefois rapidement ajouté que cette mort ne signifiait pas la fin de la violence. De fait, la disparition de l’ennemi numéro un en Irak pourrait bien, par ricochet, permettre une clarification de la scène insurrectionnelle irakienne et l’émergence de figures locales. Un défi peut-être plus compliqué encore à relever pour les forces de la coalition. Depuis cette sinistre journée d’août 2003, date d’un attentat-suicide particulièrement meurtrier perpétré contre le quartier général des Nations unies à Bagdad, Abou Moussab al-Zarqaoui était devenu l’incarnation des maux ravageant l’Irak de l’après-Saddam Hussein. Traqué par les forces de la coalition, qui l’avaient érigé au rang d’ennemi numéro un, ce Jordanien concentrait sur sa personne toute l’attention en matière d’insurrection et de terrorisme en Irak. « Les Américains ont fait de Zarqaoui l’incarnation du mal absolu, une puissance maléfique qui cherchait à faire plonger l’Irak dans la guerre civile. Tout le monde ne pouvait que s’entendre sur la nécessité de le neutraliser », souligne Loulouwa el-Rachid, spécialiste de l’Irak. Placer l’accent sur le rôle central de Zarqaoui dans les violences permettait également aux Américains d’inscrire le conflit irakien dans le cadre plus large de la guerre contre le terrorisme. Un concept vendeur aux États-Unis toujours marqués par les attentats du 11/9. Depuis quelques mois pourtant, Zarqaoui semblait être descendu de son « piédestal », balayé par un vent nouveau de critiques émanant notamment des plus hautes sphères d’el-Qaëda. Dans une lettre dont l’existence avait été révélée par les autorités américaines, la tête pensante du mouvement terroriste, Ayman al-Zawahiri, condamnait en effet les attaques perpétrées par Zarqaoui contre des civils irakiens. Une stratégie nuisible à l’image du mouvement au sein du monde musulman. « Des critiques ont également commencé à émaner de zones sunnites, lassées d’être la cible de raids américains de représailles », ajoute Loulouwa el-Rachid. « Dans ce contexte, il est difficile d’évaluer quel sera l’impact de la mort de Zarqaoui sur l’insurrection en Irak », souligne Wamidh Nadhmi, analyste politique irakien. Au niveau d’el-Qaëda, il ne faut pas exclure la possibilité d’actions violentes saluant la mémoire du « martyr ». Pour les adeptes du mouvement d’Oussama Ben Laden, les leaders sont remplaçables. Il y a quelques mois, un Libanais partisan d’el-Qaëda affirmait en effet : « Abou Moussab al-Zarqaoui n’est qu’une personne, un numéro. Si cette personne s’en va, si elle est tuée, l’idéologie et la doctrine resteront. Si nous semons cette idéologie dans le monde, nous aurons un champ de “Zarqaoui”. » À un niveau plus général, la mort du terroriste, si elle peut porter un coup dur aux insurgés, pourrait également faciliter l’émergence de groupes auxquels le Jordanien faisait de l’ombre. « L’insurrection est divisée en différents groupes, dont certains ne sont pas liés à el-Qaëda. En outre, il ne faut pas ignorer l’existence d’un mouvement insurrectionnel en pleine croissance dans le Sud chiite, qui pourrait tirer profit de la mort de Zarqaoui », explique Wamidh Nadhmi, interrogé par téléphone à Bagdad. Les chiites irakiens ont été, à de multiples reprises, la cible de Zarqaoui. « La disparition de Zarqaoui va certainement permettre de clarifier la scène insurrectionnelle irakienne, renchérit Loulouwa el-Rachid. Je pense qu’il faut s’attendre à voir émerger des figures irakiennes de l’insurrection. Des figures locales que les Américains ne pourront probablement pas balayer d’un revers de main aussi facilement. » Le cycle des violences devrait donc se poursuivre. « Zarqaoui est parti, mais les problèmes sont toujours là. Les ingrédients de la crise irakienne sont toujours les mêmes depuis trois ans maintenant », souligne la chercheuse. Le timing de cette opération est, par ailleurs, politiquement très intéressant, aussi bien pour les Irakiens que pour les Américains ou les Britanniques. La disparition de Zarqaoui devrait en effet donner un nouvel élan au Premier ministre irakien Nouri al-Maliki qui a dû batailler ferme pour parvenir, hier, à compléter son cabinet. « L’annonce de la mort de Zarqaoui a permis à Maliki de faire approuver ses choix pour les trois derniers postes à pourvoir au sein du gouvernement », souligne Loulouwa el-Rachid. Cet assassinat arrive également à point nommé pour Washington, empêtré dans le scandale du massacre de Haditha au cours duquel des soldats américains auraient abattu une vingtaine de civils irakiens. La mort de Zarqaoui pourrait également être un atout pour le président George W. Bush, en mauvaise posture sur la scène politique nationale américaine, à l’approche des élections de mi-mandat. La même analyse s’applique au Premier ministre britannique, Tony Blair, politiquement malmené en Grande-Bretagne. L’assassinat de Zarqaoui est, à n’en pas douter, un événement d’importance dans le dossier irakien, mais dont les implications sont, aujourd’hui, encore difficilement définissables. Émilie SUEUR
« Zarqaoui est éliminé. » C’est avec un large sourire que le Premier ministre irakien, Nouri al-Maliki, et l’ambassadeur américain à Bagdad, Zalmay Khalilzad, ont annoncé hier la mort du chef d’el-Qaëda en Irak. Résistant aux sirènes du triomphalisme, les deux responsables ont toutefois rapidement ajouté que cette mort ne signifiait pas la fin de la violence. De fait, la disparition de l’ennemi numéro un en Irak pourrait bien, par ricochet, permettre une clarification de la scène insurrectionnelle irakienne et l’émergence de figures locales. Un défi peut-être plus compliqué encore à relever pour les forces de la coalition.

Depuis cette sinistre journée d’août 2003, date d’un attentat-suicide particulièrement meurtrier perpétré contre le quartier général des Nations unies à Bagdad, Abou Moussab...