Rechercher
Rechercher

Actualités

À Dili, une odeur de chair brûlée

Une odeur de chair brûlée plane sur une maison de Dili, la capitale du Timor-Oriental. À l’intérieur, les corps calcinés de 5 femmes et d’un enfant offrent un spectacle difficilement soutenable. Des inconnus sont venus au milieu de la nuit. Ils ont brisé les fenêtres, arrosé les murs et le sol d’essence et mis le feu. « C’est une vengeance, assure José Moucho, debout devant les ruines de ce qui fut une maison, c’est comme en 1999. » Ces assassinats ravivent les souvenirs encore vifs des massacres d’il y a 7 ans. L’année 1999 est ancrée dans la mémoire de tous les Timorais. Le référendum sur l’indépendance du petit territoire avait été remporté par un massif « oui ». Mais le résultat avait été contesté par les milices soutenues par Djakarta : plus de 1 400 personnes étaient tuées et plus de 200 000 avaient dû fuir ou avaient été emmenées de force à Timor-Ouest. Les récentes violences entre déserteurs et armée régulière sont largement moins meurtrières – on compte une quinzaine de morts –, mais elles ont réveillé chez les habitants une peur panique que tout recommence. La maison de José Moucho se situe dans une banlieue relativement prospère. Un mur de 2 mètres et demi l’entoure, surmonté de morceaux de verre brisé. Cela n’a pas été suffisant pour dissuader les assaillants : 4 hommes encagoulés et vêtus de noir, selon les voisins. Dans une armoire, on a retrouvé les corps d’un enfant étroitement serré contre celui d’une femme, qui semble avoir tenté de le protéger jusqu’à la dernière minute. Une autre femme a été retrouvée collée contre le mur, dans le coin le plus éloigné de la pièce, comme si elle avait voulu fuir les flammes. Une religieuse en habit brun prie, penchée sur les corps aux membres réduits à l’état de moignons décharnés. Une odeur de brûlé règne encore dans la pièce. Sur les appuis des fenêtres, des anonymes ont déposé en hommage aux victimes des pages de la Bible et des icônes de saints catholiques, religion majoritaire des Timorais de l’Est. Certains disent que les habitants de la maison incendiée faisaient partie de la famille du ministre de l’Intérieur, Rogerio Lobato, mais personne ne semble savoir, ou vouloir savoir, pourquoi ils ont été tués. Joseph Rees, ambassadeur des États-Unis au Timor-Oriental, a fait le déplacement pour se rendre compte de ses propres yeux. « Que quelque chose comme cela puisse se passer est tout simplement terrible », confie-t-il. « Nous venons de voir le pire jour de l’histoire de ce pays depuis l’indépendance et nous espérons tous que les choses vont nettement s’améliorer », ajoute-t-il. Les voisins défilent, souvent en pleurs, pour déposer des fleurs sur les corps noircis. Ils portent leurs espoirs sur les soldats australiens qui viennent d’arriver à Dili, pour qu’ils empêchent les assaillants de revenir à la nuit tombée s’en prendre à d’autres. « Ils continuent à nous espionner et la région n’est pas sûre », lance un homme. Neil SANDS (AFP)

Une odeur de chair brûlée plane sur une maison de Dili, la capitale du Timor-Oriental. À l’intérieur, les corps calcinés de 5 femmes et d’un enfant offrent un spectacle difficilement soutenable. Des inconnus sont venus au milieu de la nuit. Ils ont brisé les fenêtres, arrosé les murs et le sol d’essence et mis le feu. « C’est une vengeance, assure José Moucho, debout devant les ruines de ce qui fut une maison, c’est comme en 1999. »
Ces assassinats ravivent les souvenirs encore vifs des massacres d’il y a 7 ans. L’année 1999 est ancrée dans la mémoire de tous les Timorais. Le référendum sur l’indépendance du petit territoire avait été remporté par un massif « oui ». Mais le résultat avait été contesté par les milices soutenues par Djakarta : plus de 1 400 personnes étaient tuées et plus de...