L’État libanais envisage une série de mesures dans le cadre de la conférence de Beyrouth. Bien entendu, cette conférence est souhaitable et importante pour le Liban. Mais il ne faut pas renouveler les erreurs de Paris II. La conférence de Beyrouth doit être le point de lancement d’une réforme économique réelle, et ne pas se contenter de mesures essentiellement comptables et financières. Sans quoi, elle ne ferait qu’acheter du temps, sans traiter un problème fondamental : les inégalités sociales, communautaires et régionales, qui ont été et restent toujours le moteur de l’éclatement du pays.
La dette publique représente aujourd’hui l’équivalent de 40 milliards de dollars, soit le double de l’économie libanaise, ce qui est très élevé. Pour réduire ce ratio, la première approche est d’alléger la dette. Dans ce cadre, on évoque pour la conférence de Beyrouth le chiffre de 5 milliards de dollars d’aides multiformes, auxquelles s’ajoute le produit des privatisations de l’EDL et d’autres entités publiques (3 à 5 milliards) qui viendrait réduire la dette totale. D’un autre côté, la hausse éventuelle et progressive de la TVA à 16 % (1 milliard par an) et de la taxe sur l’essence à 30 000 LL (un demi-milliard par an) sont d’autres moyens pour réduire le déficit annuel. Enfin, l’impact de toutes ces mesures permettrait de réduire le « risque Liban », et donc de maintenir les taux d’intérêt bancaires à un niveau acceptable, ce qui permettrait une reprise de l’investissement et de l’économie.
Mais de quelle économie parlons-nous ? Aujourd’hui, seuls l’immobilier, le tourisme et les marchés financiers connaissent une croissance réelle. Une croissance limitée essentiellement à certaines zones du pays et très volatile. En l’état actuel des choses, le projet économique du Liban reviendrait à effectuer un « lifting » des comptes de l’État et à tout mettre en place pour attirer les investissements spéculatifs et de court terme en provenance de l’extérieur et liés au boom pétrolier. Avec le risque de produire une croissance économique inégale ; de rater le développement de l’agriculture et de l’industrie, du fait de la faiblesse des investissements à long terme ; et de se retrouver avec une bonne partie de la population au chômage, des inégalités sociales chroniques, et in fine le danger d’alimenter la dissension socio-communautaire, et de renouveler les « ceintures de pauvreté » autour de Beyrouth, lieu de départ de la guerre. L’économie viendrait alors renforcer le schisme politique.
Si nous voulons réduire ces différences, il faut impérativement réagir et mettre en place les conditions d’une croissance économique plus équilibrée. Et cela, l’État doit le faire. D’abord, il faut lever les entraves au développement du secteur privé : réformer l’appareil public, à savoir le corps judiciaire et les lois économiques et sociales, de plus en plus inadaptées, ainsi que l’Administration, inefficace et minée par la corruption et les passe-droits. Comme à Dubaï, limiter au maximum les procédures, le temps d’attente pour les formalités et la corruption potentielle.
En parallèle, il faut soutenir les secteurs qui sont productifs d’emplois et adaptés au Liban, à savoir l’agriculture spécialisée, l’industrie alimentaire, l’informatique et les logiciels, l’industrie légère à forte valeur ajoutée (bijouterie, imprimerie), le tourisme de masse (qui génère des emplois, contrairement au tourisme élitiste) et les services à valeur ajoutée (centres d’appels, édition). À l’instar des pays développés, y compris les plus libéraux comme les USA ou l’Europe (et notamment l’Irlande), l’État doit soutenir le secteur privé en lui proposant des aides (terrains, électricité et télécoms bon marché, crédits à taux réduits, subvention des cotisations sociales, flexibilité de l’embauche, centres d’information et d’orientation, aides à l’exportation) qui doivent être limités dans le temps, pour ne pas en faire des secteurs assistés.
Cela permettrait de développer les régions pauvres, rurales ou lointaines, et de rééquilibrer les donnes socio-confessionnelles. À travers la relance économique, et non la subvention aveugle et les aides sociales improductives. Et, donc, de mettre l’économie au travail pour amortir la crise du politique.
Fouad KHOURY HÉLOU,
économiste
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats