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L’ÉDITORIAL de Issa GORAIEB À vos cartes !

Par un de ces miracles du dialogue national, toutes les fractions libanaises, qui pourtant ne s’entendent jamais sur rien, n’avaient pu faire autrement que de se retrouver sur la question. La même et claire, lumineuse, élémentaire évidence est admise par les États arabes les plus soucieux de ménager la Syrie, et Hosni Moubarak en a expressément convenu avec Jacques Chirac qui visitait officiellement l’Égypte. En fait, c’est la planète tout entière qui, par la voix de l’ONU, le dit et le répète avec insistance : il est nécessaire de procéder à un tracé des frontières entre le Liban et la Syrie, comme cela est de mise entre voisins indépendants et souverains, et ce tracé doit inclure le secteur litigieux des fermes de Chebaa. C’est ce que commande la raison pure ; et c’est pour des raisons qui n’échappent naturellement à personne que la Syrie persiste, envers et contre tous, à ne pas vouloir entendre raison. Depuis près de six ans déjà, les fermes de Chebaa jouissent d’une notoriété internationale absolument hors de proportion avec leur modeste superficie. Bien davantage cependant que le fracas épisodique du canon à la frontière libano-israélienne, c’est le séjour aux États-Unis de ce Libanais d’exception qu’est Fouad Siniora qui aura propulsé ce dossier au premier rang des préoccupations internationales. Preuve en est cette réunion spéciale qu’a tenue hier le Conseil de sécurité des Nations unies pour entendre les vues du chef du gouvernement, déjà exposées à Washington devant les plus hauts responsables US : des vues dont le pivot central est l’idée d’un Liban fidèle à ses devoirs arabes certes, et néanmoins pleinement maître de ses destinées. Il est très important pour notre pays, a expliqué Siniora, important pour l’intégrité de son territoire, pour le calme à sa frontière sud, mais aussi pour sa paix et son harmonie internes, que soit universellement reconnue la libanité des fermes de Chebaa. L’ONU, qui a constaté le caractère intégral du retrait israélien de l’an 2000, serait bien tenue alors d’apporter un léger mais précieux rectificatif à la ligne bleue qu’elle a cautionnée. Du coup, et avec le concours de la diplomatie internationale, pourrait être envisagé un revirement d’Israël qui soutient avoir pris les fermes de Chebaa aux Syriens, ajoutant qu’il ne les restituera éventuellement qu’aux seuls Syriens. Perpétuer malgré tout l’occupation, ce serait pour l’État hébreu entretenir ouvertement la tension. Ce serait jouer le statu quo, nourrir délibérément l’abcès. Or rien ne comblerait davantage les vœux à peine travestis de Damas qui, pour récupérer son Golan aussi assoupi qu’occupé, prône la résistance à outrance au Liban-Sud. Les dirigeants syriens n’avaient pas caché leur inquiétude – voire leur dépit ! – lors du retrait israélien de cette région, avant de se rabattre sur la providentielle affaire des fermes de Chebaa. Et ils s’obstinent à exclure toute délimitation des frontières dans ce secteur précis, tantôt sous prétexte qu’un territoire occupé est forcément interdit aux cartographes, et tantôt parce qu’une telle remise en ordre serait un service rendu à l’ennemi. C’est de la même veine que procèdent, au demeurant, les thèses du président Émile Lahoud. Déployer l’armée à la frontière, ce serait veiller à la sécurité d’Israël, professe-t-il de longue date. Et intégrer les combattants du Hezbollah aux effectifs réguliers, comme le propose l’envoyé de l’ONU Roed-Larsen, c’est dessaisir le Liban de sa capacité de résistance et de dissuasion, vient de renchérir le chef de l’État : ce qui, en vérité, n’est pas très flatteur pour la troupe régulière dont il a longtemps été le commandant. Le casse-tête de Chebaa n’est peut-être pas à la veille de trouver son dénouement. Mais en dépit des mauvaises volontés, il est indissociable désormais du dossier plus vaste des frontières libano-syriennes, dont le tracé minutieux est devenu en effet une cause célèbre. De manière plus définitive que toutes les déclarations officielles (invariablement démenties par les actes), c’est un tel tracé qui voudra dire que la Syrie a enfin reconnu dans les faits – et dans un espace dont l’inviolabilité est garantie par la Charte de l’ONU – l’existence de ce même Liban dont elle est malade depuis la fin du mandat français sur les deux pays. D’accord pour tout codifier, du nord jusqu’au sud, à l’exclusion toutefois des fermes de Chebaa, se laissait aller à déclarer il y a quelques jours, sur les ondes d’al-Jazira, le ministre syrien des AE Walid Moallem. D’accord vraiment ? De grâce, qu’on le prenne vite au mot. Qu’on lui dise chiche, tope là, Chebaa attendra bien encore un peu. Qu’on prenne officiellement acte d’une déclaration d’intentions qui, pour topographiquement tronquée qu’elle soit, est une rare occasion de confondre les tenants du double langage, les nostalgiques impénitents de l’empire grand-syrien. Suis le hâbleur jusqu’aux portes mêmes de sa maison, recommande fort judicieusement le dicton libanais. Issa GORAIEB

Par un de ces miracles du dialogue national, toutes les fractions libanaises, qui pourtant ne s’entendent jamais sur rien, n’avaient pu faire autrement que de se retrouver sur la question. La même et claire, lumineuse, élémentaire évidence est admise par les États arabes les plus soucieux de ménager la Syrie, et Hosni Moubarak en a expressément convenu avec Jacques Chirac qui visitait officiellement l’Égypte. En fait, c’est la planète tout entière qui, par la voix de l’ONU, le dit et le répète avec insistance : il est nécessaire de procéder à un tracé des frontières entre le Liban et la Syrie, comme cela est de mise entre voisins indépendants et souverains, et ce tracé doit inclure le secteur litigieux des fermes de Chebaa. C’est ce que commande la raison pure ; et c’est pour des raisons qui...