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Actualités - Analyse

Éclairage Les radicaux musulmans indonésiens, modèles de piété ou simples voyous ?

Qui est le Front des défenseurs de l’islam (FPI) qui vient d’obtenir au nom de la moralité la suspension du magazine « Playboy » en Indonésie ? Selon les avis, il s’agit de l’ultime rempart contre le vice occidental ou d’un simple groupuscule de délinquants. Les membres du FPI affirment être plusieurs milliers dans le pays musulman le plus peuplé du monde (220 millions d’habitants) : leur réputation n’est pas liée à leur taille, mais aux actions coup de poing dont ils sont spécialistes. Arborant la tenue des musulmans traditionalistes – tunique et calotte blanches –, ils se sont fait connaître en 1999 en menant des raids contre certains bars de Djakarta jugés licencieux. Armés de bâtons, ils ont brisé les bouteilles d’alcool et le mobilier, choquant les clients et faisant la une de la presse. Leur dernier fait d’arme a fait le 12 avril le tour de l’actualité mondiale : les défenseurs de l’islam ont lapidé le bureau du magazine de charme Playboy, dont la première édition en Indonésie était sortie le 7 avril. Convoqué à la police, le rédacteur en chef a annoncé jeudi la suspension de Playboy. Le premier numéro de la version indonésienne du magazine était pourtant paru sous une forme très édulcorée, sans photos libertines et avec des femmes peu dévêtues. L’an passé, la biennale d’art contemporain de Djakarta avait dû fermer ses portes après des menaces du FPI contre une œuvre d’art présentant un couple partiellement dénudé. Un groupe de rock accusé d’avoir utilisé un logo imitant la calligraphie arabe d’Allah est par ailleurs actuellement poursuivi après une dénonciation du FPI. Les observateurs s’étonnent fréquemment de la propension des autorités à plier devant les musulmans radicaux. Les leaders politiques indonésiens, craignant de passer pour de mauvais musulmans, évitent de condamner de front les actions des groupes extrémistes. « Dans une société libertaire confuse comme la nôtre, l’anarchie est glorifiée et les agents du chaos se voient conférer l’autorité », a regretté mardi le quotidien The Jakarta Post. Dans un éditorial intitulé La voyoucratie fait la loi, le journal a raillé les « troupes d’assaut de Dieu » en comparant les militants du FPI aux chemises noires fascistes de Mussolini. Environ 88 % des Indonésiens se disent musulmans et dans leur immense majorité pratiquent un islam tolérant. Selon Bambang Harymurti, rédacteur en chef de l’hebdomadaire Tempo, les conservateurs se font simplement davantage entendre. « Je ne suis pas sûr que le plus de bruit représente le plus de monde », a-t-il dit à l’AFP. Comment expliquer l’inaction, voire le ralliement de la police après les voies de fait du FPI et d’autres groupes radicaux minoritaires ? « La police est considérée comme corrompue par la société, alors ils sont un peu effrayés par des gens qui agissent au nom de la moralité », analyse M. Harymurti. Le sujet est qualifié de « sujet politique brûlant » par Martin Hughes, de l’institut d’analyses Control Risks. « Si elle (la police) était vue en train de réprimer le FPI, beaucoup penseraient que la police soutient Playboy ». Les manifestations anti-Playboy s’inscrivent dans un vaste débat sur un projet de loi censé réprimer la pornographie et pour lequel se mobilisent des organisations musulmanes nettement plus importantes que les groupuscules type FPI. Plus généralement, des intellectuels redoutent la volonté d’une frange minoritaire d’Indonésiens de transformer le pays en un État islamique. « Il y a des groupes en Indonésie qui aimeraient que l’islam s’applique selon le concept des talibans », a déclaré à l’AFP Leo Batubara, chef du conseil de la presse indonésienne. Marianne KEARNEY (AFP)

Qui est le Front des défenseurs de l’islam (FPI) qui vient d’obtenir au nom de la moralité la suspension du magazine « Playboy » en Indonésie ? Selon les avis, il s’agit de l’ultime rempart contre le vice occidental ou d’un simple groupuscule de délinquants.

Les membres du FPI affirment être plusieurs milliers dans le pays musulman le plus peuplé du monde (220 millions d’habitants) : leur réputation n’est pas liée à leur taille, mais aux actions coup de poing dont ils sont spécialistes. Arborant la tenue des musulmans traditionalistes – tunique et calotte blanches –, ils se sont fait connaître en 1999 en menant des raids contre certains bars de Djakarta jugés licencieux. Armés de bâtons, ils ont brisé les bouteilles d’alcool et le mobilier, choquant les clients et faisant la une de la presse....