Dans ce qui semble être devenu une tradition tournée vers l’avenir, Offre-joie a encore une fois transfiguré la place du Musée, mercredi soir, dans un événement dont la date, le lieu et les acteurs sont hautement symboliques.
L’association a ainsi commémoré à sa manière la date du 13 avril 1975, le jour où la guerre du Liban avait commencé. Tout comme l’année dernière, elle a également choisi le Musée pour dire non à cette guerre, un emplacement qui a longuement symbolisé les fractures et divisions des années 70 et 80, lorsqu’il avait séparé les deux zones belligérantes. Enfin, les participants ont à leur tour donné à la cérémonie une toute autre dimension.
En effet, Offre-joie a réédité l’exploit de réunir, au même endroit et au même moment, les représentants de toutes les communautés qui composent le tissu social libanais, et qui ont entonné ensemble un même appel à la paix au Liban et dans le monde. Cet appel spirituel (le douaa’) a le mérite – exceptionnel – de rassembler toutes les communautés autour d’un seul texte porteur des mêmes valeurs, non pas pour unifier le dogme, mais pour marier les prières afin que le Liban ne revive plus l’invivable.
Mais ce n’était pas seulement les religieux qui étaient présents. Les citoyens libanais, qui ont été les premières victimes de la guerre et de ses ravages, étaient également au centre de l’événement, représentés dans toutes leurs générations. Il était possible de voir des grand-mères, leurs filles et leurs petites-filles prendre successivement la parole pour raconter, respectivement, leur peur de voir le Liban incapable de sortir de son passé, et leur crainte de voir ce passé se transformer en avenir. Et au-delà des mots, c’est dans le timbre même des voix que l’on pouvait découvrir la guerre, la paix et surtout la peur. Des moments intenses, qui ont tous convergé vers un appel à l’union des Libanais pour conjurer et dompter le passé, conformément au slogan d’Offre-joie à cette occasion, « Le salut dans l’union ».
Après un déferlement d’enfants en couleur sur les escaliers du Musée, prières, chansons et souhaits se sont finalement mélangés dans l’hymne national entonné à l’unisson par les centaines de participants qui sont venus d’un peu partout, avec leurs familles, crier leur refus de la guerre.
Un message qu’a développé pour L’Orient-Le Jour l’un des responsables d’Offre-joie, Melhem Khalaf. « Où que nous allions ces temps-ci, nous nous heurtons au matraquage de la guerre. Ici, nous avons voulu qu’il y ait le matraquage de l’espérance », a-t-il commencé par dire, soulignant la nécessité d’investir l’espace public libanais dominé par la violence, verbale et idéelle, par le biais d’un message d’espoir. Un « cri » face à l’histoire, mais aussi face à l’indifférence, qui pourrait constituer aujourd’hui le meilleur partenaire de la guerre au Liban.
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