La chute de Bagdad et l’effondrement du régime baassiste, symbolisés le 9 avril 2003 par la mise à terre d’une grande statue de Saddam Hussein, ont changé à jamais le visage de l’Irak, mais, trois ans après, le pays se trouve plongé dans le chaos et au bord de la guerre civile.
En vingt jours seulement, les troupes américaines, venues du Sud, ont atteint Bagdad qu’on disait imprenable. Ses habitants ont tenté en vain de renverser la statue de Saddam Hussein place Ferdaous, au cœur de la ville, et il a fallu l’accrocher à un char américain pour qu’elle vacille enfin. La scène, filmée en direct, a fait le tour du monde comme les pillages qui ont saisi la ville, où les bâtiments publics fracassés par les bombes envoyaient des colonnes de fumée dans le ciel.
Trois ans après, la statue n’est plus là, et la place Ferdaous, face aux hôtels Sheraton et Palestine, où logeait la presse internationale, a été lourdement chargée par des chicanes en béton et des fils de fer barbelés. Une minuscule sculpture a remplacé sur le piédestal la statue de l’ancien maître de l’Irak, aujourd’hui jugé pour les crimes commis par son régime.
La place Ferdaous, ce qui signifie paradis en arabe, reflète à elle seule l’enfer de Bagdad et de l’ensemble de l’Irak. La ville habitée par plus de 6 millions d’âmes brûle ses ordures dans la rue, la circulation démente y est compliquée par les murs de protection dressés partout et les services publics font défaut alors que l’insécurité y règne.
À l’approche de l’été torride, un responsable du ministère des Municipalités a mis en garde contre la pénurie de l’eau potable en indiquant que seuls 59 % des besoins seront satisfaits. L’approvisionnement en électricité est épisodique et les files s’allongent à l’infini devant les stations-service.
En plus, il n’y a pas un jour qui passe sans qu’au moins un attentat ne vienne ajouter aux difficultés de la vie, faisant de la ville, avec ses kidnappings et ses attaques, l’une des plus dangereuses au monde. « Nous avons vécu trois ans avec l’espoir de voir la situation s’améliorer, mais elle n’a jamais été pire. On n’est pas triste pour Bagdad, mais pour l’état de Bagdad, trois ans après sa chute », se lamente Yasser al-Moussaoui, un habitant de 28 ans. « Saddam n’est plus là, les salaires ont augmenté, mais le terrorisme nous étouffe », souligne Ahmad Hadi, un fonctionnaire qui dit avoir été incapable de sortir sa femme dans Bagdad en cinq mois de mariage.
« On est mille fois mieux que sous Saddam Hussein », avait récemment clamé un religieux chiite, Sadreddine al-Koubanji, en conduisant une prière dans la ville sainte de Najaf, au sud de Bagdad. « D’un côté, il y a Saddam Hussein avec son million de morts et ses 300 000 victimes enterrées dans les fosses communes et, de l’autre, il y a l’Irak d’aujourd’hui avec ses libertés politiques et culturelles », avait-il déclaré.
Mais tout le monde ne partage pas cette vision, comme M. Moussaoui, qui déplore l’émergence de sentiments confessionnels et les manœuvres actuelles d’hommes politiques incapables de s’entendre sur un gouvernement. « Les hommes politiques semblent plus préoccupés de leurs intérêts personnels que d’autre chose et c’est le citoyen qui trinque », a-t-il affirmé.
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