Dix jours avant d’être expulsé avec 28 membres de sa famille de son foyer à Jérusalem-Est, Riyad Ghozlan a reçu une injonction d’un tribunal israélien de payer un quart de million de dollars d’arriérés de loyers. « Ils étaient près de 80 à venir mercredi à l’aube nous donner 30 minutes pour partir. Ils ont jeté dehors nos biens, fermé les portes et placé de nouveaux verrous », dit ce Palestinien d’une cinquantaine d’années. Les huissiers accompagnés de vigiles ont délogé 29 personnes de trois bâtiments adjacents, où ils vivaient depuis 40 ans, le terrain étant considéré comme « propriété juive ».
Le terrain, situé dans le quartier arabe de Silwan, avait été acquis en 1923 par le Fonds national juif (Keren Kayemet), puis était passé sous le contrôle jordanien entre 1949 et 1967. Après la conquête et l’annexion de Jérusalem par Israël en juin 1967, il est redevenu propriété juive en vertu d’une loi israélienne et a été récemment vendu à une association ultranationaliste religieuse Elad, qui veut « judaïser » la partie orientale de la ville sainte. « Elad ne va pas donner de détails sur ses activités dans le secteur de Silwan », a déclaré à l’AFP un porte-parole de l’organisation.
La famille Ghozlan menait depuis 18 ans une bataille juridique devant les tribunaux israéliens pour ne pas être expulsée, après avoir rejeté des offres d’indemnisation substantielles pour quitter les lieux.
L’association pacifiste Rabbins pour les droits de l’homme a dénoncé cette expulsion. « C’est d’autant plus scandaleux que les ancêtres de la famille Ghozlan avaient sauvé en 1929 des voisins juifs menacés d’être massacrés lors des troubles dans le quartier », a déclaré le rabbin Arik Asherman. « Israël leur a même donné un certificat pour les remercier, je crois qu’ils l’échangeraient volontiers contre leur maison », ironise le rabbin.
Fin 1882, des juifs venus du Yémen s’étaient installés à Jérusalem dans des grottes proches du cimetière juif du mont des Oliviers. Un riche donateur décidait alors de construire des maisons en pierre pour ces immigrants très pauvres, achetant plusieurs hectares de terre à Silwan, qui se trouve sur le site le plus antique de Jérusalem, vieux de 3 000 ans, dit la « cité de David ».
En 1885, les trois premières maisons étaient inaugurées en présence des personnalités juives de Jérusalem, alors sous contrôle ottoman. Six ans plus tard, 65 familles vivaient dans le quartier. Cette communauté, qui entretenait de bons rapports avec ses voisins arabes, avait été menacée par les émeutes arabes de 1929. Les autorités britanniques, ne pouvant assurer sa sécurité, l’avaient évacuée en 1938 durant la grande révolte arabe. Trois associations ultranationalistes achètent depuis des années des terres et des maisons dans des quartiers arabes de Jérusalem-Est afin d’y installer des juifs. En 2004, une quarantaine de colons s’étaient installés dans le quartier après des heurts avec les résidents.
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Le terrain, situé dans le quartier arabe de Silwan, avait été acquis en 1923 par le Fonds national juif (Keren Kayemet), puis était passé sous le contrôle jordanien entre 1949 et 1967. Après la...