Quand les jeunes ballerines apparaissent enfin sur la scène, c’est un véritable tonnerre d’applaudissements qui les salue. Des remerciements adressés par une assistance sous le charme qui oublie, le temps d’une représentation, les affres des violences et l’insécurité de Bagdad.
Les organisateurs ont tenu un pari difficile : mettre en place un festival de théâtre pour enfants dans une ville violente où tout peut arriver à n’importe quel moment.
Le ballet, Papillons rêveurs, exécuté par une dizaine de fillettes de neuf à douze ans, a marqué samedi dernier le coup d’envoi du festival, quelques jours seulement après l’assassinat par balles de deux des acteurs d’une pièce programmée. Fouad Radi, 20 ans, et Haidar Jawad, 25 ans, sont tombés sous les balles de tueurs anonymes la semaine dernière. Leurs collègues de la troupe « La Famille heureuse » ont tenu à honorer leur mémoire en continuant les répétitions de leur pièce, Le clown et moi, qui sera présentée pendant les 11 jours du festival.
« L’enfant est aussi sacré que la patrie » : le slogan choisi par les organisateurs pour cette manifestation, la première du genre en Irak en 15 ans, sponsorisée par le ministère de la Culture, en dit long sur l’idée derrière le festival. « Nous cherchons à travers ce festival à donner aux enfants un moment de rêve et à les arracher au climat de peur qui règne dans la ville », explique l’auteur de la pièce Le clown et moi, Awatef Naïm. Aucune de ces pièces ne fait allusion à la violence ambiante, elles exhalent le rêve et l’imaginaire et les organisateurs.
Si l’ouverture a fait le plein dans la salle de 200 places du théâtre de la Maison de la culture de l’enfant, créée il y a deux ans, personne ne peut toutefois prévoir combien d’enfants de Bagdad auront la possibilité de voir l’une des 11 pièces programmées.
Les organisateurs espèrent toutefois que le festival donnera un coup de fouet au théâtre irakien en général et celui pour enfants en particulier. Le ministre sortant de la Culture, Nouri Raoui, s’est dit, à l’ouverture de la manifestation, « ravi de voir des écrivains et des hommes de théâtre irakiens s’intéresser aux enfants en dépit des conditions difficiles ». Il s’est toutefois excusé du retard des subventions publiques à la culture d’un gouvernement qui a d’autres priorités, comme celles de combattre la violence et de restaurer les services publics comme l’eau et l’électricité, toujours défaillants trois ans après l’invasion du pays.
Mais le directeur du festival, Nabil Tahar, affirme qu’il ne renoncera pas à vouloir promouvoir le théâtre pour enfants. « La mort de nos collègues est l’une des nombreuses difficultés actuelles des hommes de théâtre en Irak qui risquent parfois, comme on a pu le constater, leur vie », a-t-il dit.
Cet assassinat reste inexpliqué et personne ne peut dire avec certitude s’il était politiquement motivé et si c’était un message aux hommes de théâtre qu’on souhaite faire taire. L’ensemble des représentations du festival se tiennent de jour, car il est impensable de les proposer à une heure tardive en raison du couvre-feu, en vigueur à 20 h. Le quartier de l’ouest de Bagdad où se tiennent les représentations a, en outre, la réputation d’être au cœur d’une zone peu sûre.
L’Irak, en dépit d’une vieille tradition, vit depuis la guerre un désert théâtral. Aucune représentation pour adultes n’a eu lieu ces dernières années, les conditions de sécurité ne le permettant pas.
Du temps de Saddam Hussein, le contenu des pièces faisait l’objet d’une censure stricte, ce qui n’empêchait pas un foisonnement de créations qu’elles soient propagandistes ou du genre populaire comparable au théâtre de boulevard.
Khalil JALIL/AFP
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