Des députés de divers bords se posent la question de savoir si les résultats du dialogue vont engager le pouvoir officiel. Plus précisément un nouveau régime et un nouveau gouvernement, qui pourraient obéir à d’autres impératifs de l’heure, à la lumière des données régionales ou même locales. Il s’agit surtout des résolutions qui seraient prises au sujet des fermes de Chebaa et de l’armement du Hezbollah.
Pour ces parlementaires, les interlocuteurs du dialogue devraient se centrer sur la présidence de la République. Car l’entente sur les autres sujets risquerait de rester lettre morte à cause du désaccord entre le chef de l’État et le gouvernement, comme à cause du climat de tension marqué par de constantes algarades. La coexistence n’étant pas possible, les décisions resteraient bloquées, notamment dans le cadre des réformes administratives, financières, judiciaires et économiques. Réformes qui doivent être engagées pour garantir le succès, ou même simplement la tenue de Beyrouth I. Ainsi, l’hostilité ambiante entre le chef de l’État et le gouvernement a jusqu’à présent empêché des nominations nécessaires au Conseil supérieur de la magistrature, et le conflit sur le Conseil constitutionnel reste sans traitement. Le pays en paye le prix sur les plans économique et social, et ne peut en supporter davantage. Or, c’est l’impasse, et elle risque de durer un an et huit mois, soit le restant du mandat prorogé. Sans compter que pendant ce temps, il semble difficile de former un autre gouvernement, un Exécutif plus cohérent, plus à même de s’entendre avec le président de la République. C’est même le contraire que la majorité souhaite : un gouvernement qui lui serait tout entier acquis et tout entier opposé au locataire actuel de Baabda.
Ces députés estiment dès lors que la solution la plus rapide, comme la plus raisonnable, consiste à s’entendre sur l’élection d’un nouveau chef de l’État. Ce qui permettrait au pays de bénéficier d’un climat politique apaisé, assaini, débouchant sur la formation d’un cabinet d’union nationale qui prendrait en charge les dossiers brûlants comme Chebaa, l’armement palestinien et celui du Hezbollah. Ou encore les relations avec la Syrie, le tracé des frontières, l’échange d’ambassadeurs. Pour ces sources, le nouveau chef de l’État appuierait solidement le gouvernement pour traiter ces problèmes en coopération avec les parties locales, régionales et internationales. Il ouvrirait le dialogue avec la Syrie, car nul président n’a intérêt à tourner le dos à ce pays voisin, comme le relevait déjà, le 26 avril 1976, Ghassan Tuéni dans un article intitulé : « Oui à un président avec la Syrie, et non à un candidat en son nom ». Trente ans plus tard, le thème reste d’actualité.
Mais toute théorie mise de côté, est-il possible que les forces du 8 et du 14 Mars s’entendent ? Qu’elles s’accordent sur un candidat réunissant des qualités qui formeraient des dénominateurs communs ? C’est d’autant plus difficile que nombre de voix défendent le principe de la démocratie. Ce qui signifie qu’il ne devrait pas y avoir un pré-choix, une candidature unique imposée, mais une compétition ouverte. Opposant principalement un candidat du 8 et un autre du 14 Mars.
Ce cas de figure est favorisé, en réalité, par la majorité parlementaire, parce que l’élection se ferait à la majorité simple, dite absolue (la moitié des voix plus une). C’est pourquoi les tenants du 8 Mars sont plutôt d’avis qu’il faut s’entendre sur un candidat de consensus. Et réclament, de plus, des législatives anticipées.
Il ne faut pas non plus oublier que les forces du 14 Mars peuvent se diviser autour de plusieurs candidatures distinctes. Les cartes seraient alors redistribuées, la coalition ne représentant plus qu’une ossature.
Émile KHOURY
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Pour ces parlementaires, les interlocuteurs du dialogue devraient se centrer sur la présidence de la République. Car l’entente sur les autres sujets risquerait de rester lettre morte à cause du désaccord entre le chef de l’État et le gouvernement, comme à cause du climat de tension marqué par de constantes algarades. La coexistence n’étant pas possible, les décisions resteraient bloquées,...