Excédées par la campagne de terreur contre les notables de la région de Hawija, les tribus sunnites de ce bastion de la rébellion au nord de Bagdad ont déclaré la guerre aux groupes affiliés à al-Zarqaoui, chef d’el-Qaëda en Irak. Les chefs de tribu et les notables de Hawija (située à 220 km au nord de Bagdad) ont proclamé, dans un communiqué qu’« ils allaient combattre tous ceux qui commettent de tels actes, notamment le groupe d’el-Qaëda ».
Au cours des cinq dernières semaines, le chef de la tribu al-Nouaïm, Ibrahim al-Nouaïmi, et un des chefs de la puissante tribu des Joubour, Ahmad Mehdi Saleh, ont été assassinés. Un médecin, Khaled Abel Hussein, de l’hôpital général de Hawija, a été tué par des hommes armés qui ont fait irruption dans l’établissement et l’ont criblé de balles. Le général Hatem Khalaf Matroud al-Obaïdi, chef des opérations de la police et représentant arabe au sein de la direction de police de Kirkouk, a été tué par balles alors qu’il se rendait à son travail.
« Il s’agit d’une campagne de terreur organisée contre nos personnalités les plus en vue, et nous n’allons pas nous taire et nous laisser faire. La résistance contre l’occupant est une affaire irakienne. Mais que des groupes terroristes et takfiris (extrémistes musulmans) tuent, kidnappent, pillent nos régions et terrorisent la population, cela nous ne pouvons l’accepter », a affirmé à l’AFP cheikh Abdel Rahmane Mounched al-Assi, de la tribu des Oubaïd. « Nous déclarons légitime de verser le sang de ces takfiris, qu’ils soient des partisans de Zarqaoui ou d’autres groupes », a dit ce cheikh tout en rendant hommage aux « forces honnêtes qui luttent contre l’occupation ».
Hawija, qui se trouve à 50 km à l’ouest de la ville pétrolière de Kirkouk et qui est traversée par les oléoducs exportant le pétrole vers la Méditerranée, est un des bastions de la rébellion sunnite. Cette région avait même été baptisée la Kandahar de l’Irak, allusion à la place forte des talibans en Afghanistan.
« Des attaques ont eu lieu contre l’armée et la police. Des oléoducs et des gazoducs ont été sabotés, et des techniciens et experts pétroliers visés par cette campagne, ce qui porte atteinte aux intérêts de l’Irak et de la région de Kirkouk », déclarent ces dignitaires dans leur communiqué. « Nous n’avons jamais été un refuge pour les terroristes et les personnes recherchées en fuite. Tous ceux qui offrent un abri aux terroristes seront traités comme des terroristes », affirment-ils.
Combattre les terroristes est « du ressort de la police et à l’armée qui doit juger et exclure tout membre des forces de sécurité qui faillit à sa mission », soulignent-ils avant d’appeler les imams des mosquées à insister dans leur prêche sur « le rejet de la violence et du meurtre de civils dans les régions arabes » sunnites.
Un membre du conseil local de Hawija, Hussein Ali al-Joubouri, a affirmé sa détermination à « lutter contre les takfiris, ces forces des ténèbres qui frappent tous les Irakiens et leurs symboles religieux, que ce soit des mausolées chiites ou des mosquées ».
« Nous sommes contre toute action provoquant des pertes dans les rangs des forces (de sécurité) irakiennes, car cela va les affaiblir et retarder le retrait des forces occupantes » américaines, a-t-il dit. « Ces actions menées par le groupe de Zarqaoui ou autre aggravent les peines de notre peuple, les privent d’électricité, d’eau et de carburant », a-t-il poursuivi. « Nous cherchons au contraire à redonner vie à nos villes et à les rebâtir. Aussi, nous demandons aux forces américaines de cesser les arrestations de chefs tribaux de la région », a-t-il souligné. Les tribus, dans leur communiqué, ont demandé un geste en ce sens des Américains.
La démarche des tribus sunnites de Hawija a été saluée par le chef de l’armée irakienne de Kirkouk, le général Anouar Hama Rahmeh, qui a fait part de son entière disposition à coopérer pour lutter contre les terroristes.
Marwan IBRAHIM (AFP)
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