Les prosyriens menaçaient jadis, sous Omar Karamé, de la « manifestation du million ». Ils y ont eu droit, mais contre eux, deux fois, le 14 mars et ce dernier 14 février. En principe, tout comme il y a onze mois, le mot des masses doit changer la donne politique sur bien des points. Les discours et les slogans ou les calicots de mardi ont particulièrement insisté sur l’éviction d’Émile Lahoud. Mais comment cela pourrait-il se faire quand les forces du 8 mars, le tandem chiite et Aoun s’y opposent ? Ou posent des conditions qui rendent la chose difficile sinon impossible. Tandis que le régime continue de bénéficier du soutien, de la bénédiction de Damas. Sans compter que des instances religieuses sont contre un déboulonnement par le recours à la rue.
Des professionnels qui se disent réalistes estiment donc que la demande de changement n’est plus qu’un cliché, pour l’usage politique courant. Ils estiment qu’il faut une unanimité nationale, ajoutant que les forces du 14 mars le savent bien. D’autant mieux du reste, toujours selon ces sources, qu’en réalité, elles se retrouveraient divisées sur la succession si Lahoud devait quitter maintenant. Pour ces cadres, la question est uniquement politique car, à les en croire, il n’existe pas de tableau juridique et constitutionnel permettant la destitution.
Un avis que nombre de juristes ne partagent pas. Ils font valoir que l’amendement débouchant sur la prorogation du mandat présidentiel est doublement nul et non avenu. D’abord parce qu’il viole le principe premier qui veut qu’on ne retouche pas une loi fondamentale, donc générale, pour une raison particulière. Ensuite parce qu’il a été imposé à la majorité parlementaire par la contrainte et même les menaces physiques. Pour ces juristes, le président en place est un chef de l’État de facto, de fait accompli et non de jure, de droit. À leurs yeux il y a, volontairement, consciemment ou non, usurpation de fonction. Et le gouvernement, ou la justice, n’aurait qu’à faire intervenir la police pour y mettre bon ordre.
Évidemment, ce sont là des vues théoriques qui n’ont aucune valeur en pratique. Personne n’imagine deux gendarmes se présentant chez le locataire de Baabda pour le mettre dehors.
Il reste que les forces du 14 mars affirment, face aux sceptiques précités, qu’elles ne parlent pas en l’air, pour la consommation locale et qu’elles travaillent effectivement sur le dossier. Par des contacts locaux, régionaux et internationaux visant à trouver un arrangement pour abréger la présidence Lahoud qui a encore devant elle quelque 18 mois. L’argument principal reste que le changement doit être complété, le pays ne pouvant se redresser tant que le pouvoir reste miné de l’intérieur par l’ancien système. Qui s’évertue à mener une guerre d’usure et de blocage systématique paralysant l’État. Ce qui porte un grave préjudice à une économie qui se débat déjà dans de grandes difficultés.
Selon une personnalité qui suit cette question de près, la procédure classique consisterait à faire voter par une majorité aux deux tiers un contre-amendement constitutionnel. Mais cette majorité est introuvable. Et d’autre part, la décision pourrait faire l’objet d’un recours en invalidation auprès du Conseil constitutionnel. Ce qui prendrait des mois. Il serait donc plus raisonnable de parvenir à un consensus politique général. Avec le concours éventuel d’une médiation égypto-saoudienne arrondissant les angles avec la Syrie et ouvrant la voie à une présidentielle anticipée.
Enfin, et en pratique, il est possible qu’après le prochain rapport de la commission internationale d’enquête sur l’assassinat du président Hariri dans quelque cinq mois, la position du régime devienne intenable.
Émile KHOURY
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Les prosyriens menaçaient jadis, sous Omar Karamé, de la « manifestation du million ». Ils y ont eu droit, mais contre eux, deux fois, le 14 mars et ce dernier 14 février. En principe, tout comme il y a onze mois, le mot des masses doit changer la donne politique sur bien des points. Les discours et les slogans ou les calicots de mardi ont particulièrement insisté sur l’éviction d’Émile Lahoud. Mais comment cela pourrait-il se faire quand les forces du 8 mars, le tandem chiite et Aoun s’y opposent ? Ou posent des conditions qui rendent la chose difficile sinon impossible. Tandis que le régime continue de bénéficier du soutien, de la bénédiction de Damas. Sans compter que des instances religieuses sont contre un déboulonnement par le recours à la rue.
Des professionnels qui se disent réalistes estiment donc que la...