2006 se profile comme une nouvelle année d’« argent facile » pour les gouvernements occidentaux, qui profitent de la marée de liquidités mise à disposition par l’Asie et les pays producteurs de pétrole pour s’endetter à très bon compte.
Tous les économistes s’accordent à dire que le monde fait actuellement face à un afflux exceptionnel : les pays asiatiques, désireux d’empêcher leurs devises de s’apprécier pour garantir leur compétitivité, accumulent les emprunts d’État américain et les payent en fabriquant de la monnaie.
Quant aux producteurs de pétrole, qui croulent sous les pétrodollars grâce au triplement des cours du brut depuis 4 ans, ils en achètent eux aussi de grandes quantités.
Cette appétence est venue nourrir un phénomène de « surliquidité » des marchés financiers apparu au moment de la crise asiatique de 1998.
La crainte de contagion au reste de l’économie mondiale avait poussé les grandes banques centrales à injecter massivement de l’argent dans leurs économies pour maintenir l’activité. Plusieurs rappels ont suivi lors d’événements comme le passage à l’an 2000 ou l’éclatement de la bulle Internet. Et de l’avis général, la marée n’est pas près de se retirer.
En pratique, cela signifie que les taux d’intérêt qui rémunèrent les prêts demeurent très bas en comparaison historique, à quelque 4 % aux États-Unis et 3,5 % en Europe pour des titres obligataires d’État sur dix ans. Au point que le président de la Réserve fédérale Alan Greenspan s’en était publiquement ému en février dernier, avouant sa perplexité devant cette « énigme ». Ce phénomène a cependant pour travers d’encourager l’endettement : « Aujourd’hui, les États se refinancent sans aucune difficulté. On est à une époque d’argent facile », constate Emmanuel Ferry, économiste de BNP-Exane, qui rappelle que le gouvernement français a récemment émis pour la première fois des emprunts sur 50 ans dont le succès fait des émules dans d’autres pays.
En temps ordinaire, les investisseurs se montreraient plus sélectifs et donc plus exigeants en termes de rémunération auprès des pays jugés à risque.
D’où une grande vulnérabilité en cas de retournement du marché. « Dans un monde surendetté et dopé aux excès financiers, le pire scénario imaginable est une violente remontée des taux d’intérêt à long terme », note Emmanuel Lechypre, responsable du Centre de prévisions de l’Expansion. « L’immobilier n’y résisterait pas », au risque de casser la croissance : « Heureusement, ce scénario est peu probable en 2006 », juge-t-il.
Les États-Unis sont les premiers concernés. Leur déficit courant va continuer à se creuser cette année, et pourrait atteindre 6,7 % du produit intérieur brut.
Mais bien que le spectre de la remontée des taux hante les marchés depuis maintenant trois ans, les économistes ne sont pas franchement inquiets. Rien ne laisse supposer pour l’instant que l’arrangement perçu comme gagnant-gagnant qui lie l’Amérique à l’Asie depuis quelques années vienne à être rompu cette année, mettant au passage en danger l’équilibre du marché, pronostiquent-ils. De plus, l’inflation reste solidement sous contrôle et les grandes banques centrales, certes engagées dans des cycles de resserrement de leurs taux directeurs, font preuve de prudence.
La Réserve fédérale américaine devrait bientôt cesser de relever ses taux (après l’avoir fait 13 fois d’affilée, de 1 % à 4,25 %). Quant à la Banque centrale européenne (BCE), elle devrait se contenter d’un resserrement très limité, avec un plafond attendu à 3 % contre 2,25 % actuellement, selon les experts.
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Tous les économistes s’accordent à dire que le monde fait actuellement face à un afflux exceptionnel : les pays asiatiques, désireux d’empêcher leurs devises de s’apprécier pour garantir leur compétitivité, accumulent les emprunts d’État américain et les payent en fabriquant de la monnaie.
Quant aux producteurs de pétrole, qui croulent sous les pétrodollars grâce au triplement des cours du brut depuis 4 ans, ils en achètent eux aussi de grandes quantités.
Cette appétence est venue nourrir un phénomène de « surliquidité » des marchés financiers apparu au...