Le président brésilien Luiz Inacio Lula da Silva a estimé hier que les pays développés ne faisaient pas suffisamment d’efforts pour ouvrir leurs marchés aux pays pauvres, au lendemain des négociations de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) à Hong Kong. « Les pays riches ont approuvé les objectifs de développement du millénaire, mais ils font très peu de choses pour aider les pays pauvres qui ont besoin que les pays riches leur tendent la main », a déclaré le président Lula lors d’une émission de la radio officielle RadioBras. « Il y a des pays qui dépendent uniquement et exclusivement de leur production agricole », a souligné le chef de l’État brésilien, citant l’Amérique latine et l’Afrique. « Si le monde riche n’ouvre pas son marché pour qu’ils puissent vendre le coton, le sucre ou le blé qu’ils produisent (les pays pauvres) ne pourront atteindre les objectifs du millénaire. » Le Brésil s’est battu à Hong Kong pour obtenir une réduction plus rapide des subventions agricoles à l’exportation de l’Union européenne qui s’est engagée à les éliminer fin 2013. L’accord était également loin de faire l’unanimité en Allemagne hier, gouvernement et milieux économiques le jugeant globalement insuffisant, tandis que la presse critiquait l’attitude peu conciliatrice de l’Europe et des États-Unis.
Le ministre de l’Économie Michael Glos, qui a participé à la conférence à Hong Kong, a dénoncé un résultat « en deçà de nos attentes ». « L’an prochain pendant les négociations à Genève il faut que nous représentions avec force les intérêts à l’ouverture des marchés de notre industrie », a-t-il ajouté dans un communiqué. Son collègue à l’Agriculture, le conservateur Horst Seehofer, était pour sa part « très satisfait ». La fin des subventions aux exportations agricoles en 2013 « donne à l’agriculture européenne suffisamment de temps pour s’adapter », selon lui. Les agriculteurs allemands se réjouissent nettement moins et prévoient « un douloureux processus d’adaptation », selon le président de leur fédération, Gerd Sonnleitner. La puissante fédération de l’industrie BDI a déploré que Hong Kong n’ait « apporté aucun progrès significatif sur les thèmes centraux de l’accès aux marchés pour les produits industriels et les services ». Quant aux dirigeants agricoles français, ils craignent surtout dans la foulée une forte réduction des droits de douane pour les produits des pays émergents. « L’accord conclu à Hong Kong est un mauvais coup pour l’agriculture européenne, même si le pire a été évité en repoussant à 2013 la fin des subventions pour l’exportation de certains produits agricoles », affirme Henri Brichart, président de la FNPL (Fédération des producteurs de lait), résumant l’opinion des dirigeants agricoles français. Ce coup de frein aux exportations européennes « entraînera une baisse des prix agricoles à la production de 10 à 20 % avant 2013 », suite à la suppression des aides à l’export d’un total de 2 et 3 milliards d’euros par an pour des secteurs comme la viande bovine, le lait, le beurre, les céréales, la volaille et le porc, affirme Xavier Belin, vice-président de la FNSEA, le principal syndicat agricole français. « Le problème de l’accès au marché européen est dix fois plus important que les subventions à l’exportation », souligne l’économiste Frédéric Chausson, directeur de la FNPL. Bruxelles a en effet offert de réduire de 35 à 60 % ses droits de douane sur les importations de produits agricoles, une proposition déjà améliorée par rapport à des baisses initialement prévues entre 20 et 50 %.
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