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Actualités - Opinion

Commentaire Bolivie : les révolutions se suivent et se ressemblent

Par Roberto LASERNA* La Bolivie est à un tournant de son histoire. Elle vient de découvrir une nouvelle source de richesse : du gaz naturel. Toutefois ce pays pourrait être la nouvelle victime de ce qu’on appelle la « malédiction des ressources naturelles ». Aveuglés par leur désir d’embrasser des politiques de développement qui se sont pourtant avérées vouées à l’échec, tous les candidats de l’élection présidentielle prévue pour le 18 décembre semblent tout à fait ignorants de ce risque. Il s’agit pourtant d’un risque considérable. Les preuves ne manquent pas qui montrent qu’aucun pays n’a jamais été capable de développer une économie forte et juste basée sur les exportations de minéraux ou de pétrole. Par contre, il est prouvé qu’une économie fondée sur des ressources naturelles ralentit la croissance économique et répand la pauvreté et les inégalités. Inutile d’examiner des pays d’Afrique ou du Moyen-Orient pour comprendre le problème. L’expérience même de la Bolivie suffit. Les montagnes d’argent du Potosi et d’étain de l’Oruro ont disparu, sans laisser de trace de développement ou de bien-être derrières elles. Blâmer les conquérants espagnols ou les empires économiques du vingtième siècle ne peut masquer le fait que d’énormes sommes d’argent ont financé des gouvernements corrompus, des administrations inefficaces, des projets de « développement » aussi grands qu’inutiles comme des usines industrielles ou de traitement des minerais, ou une grande variété de subventions pour acheter de grands groupes d’intérêts. Plus de 50 billions de mètres cubes de gaz naturel et des espérances trompeuses sont sur le point de recréer ce schéma de sous-développement en Bolivie. Les exportations n’ont pas encore commencé que la menace de la malédiction des ressources naturelles plane déjà. Le Mouvement vers le socialisme (MAS), mené par le chef paysan Evo Morales, propose un modèle d’industrialisation dirigé par l’État basé sur les revenus du gaz, dont une partie est aussi supposée soutenir les petits agriculteurs, commerçants et artisans de toutes sortes. Le gouvernement sera installé au cœur de ce projet, centralisant et redistribuant les revenus, fournissant des subventions et « stimulant » l’économie. Sans doute imaginé avec les meilleures intentions du monde, le modèle de Morales donne un espoir aux Boliviens les plus déshérités, mais il ne fera que préparer le terrain aux espoirs frustrés, ce qui n’est pas non plus nouveau en Bolivie. Trente ans après la révolution nationale de 1952, le revenu bolivien par tête est pratiquement resté le même, et la pauvreté est constante, touchant plus de 50 % de la population. Un modèle de développement mené par l’État en Bolivie est condamné à échouer, car il nécessite des institutions fortes, la citoyenneté pour tous et l’État de droit. À l’heure actuelle, aucun de ces éléments n’existe en Bolivie, ce qui signifie que l’argent centralisé par l’État sera sans doute redistribué par des moyens clientélistes et patrimoniaux, siphonné par la corruption et soumis à des pressions sociales de toutes sortes. Ce qu’il restera pour les investissements publics ne manquera pas d’être gaspillé, car les projets ont tendance à éviter l’analyse coûts/bénéfices lorsque le financement provient de l’argent facile généreusement fourni par Mère Nature. Mais le mouvement d’Evo Morales n’est pas le seul à être pris au piège des illusions du dirigisme. Elles sont partagées dans une grande mesure par les partisans de l’ancien président Jorge Quiroga et de Samuel Doria Medina. On trouve dans leurs programmes la même idée de base de laisser l’État redistribuer les revenus du gaz, bien qu’avec des objectifs différents. Comme il est paradoxal en effet que tous les candidats en Bolivie promettent le changement social et économique tout en cherchant l’inspiration dans le passé et en restant esclaves du même modèle de développement. En fait ils sont tous ardemment, profondément conservateurs. Recréer une économie dirigée par l’État, basée sur le gaz naturel, va favoriser une forme de corporatisme léthargique et avide de rentes. Les promesses que font tous les candidats de s’occuper des pauvres et des démunis s’avéreront aussi vides que les autres plus anciens discours sur la justice et l’égalité que les Boliviens ont entendus au cours de leur longue et triste histoire. Le plus grand défi que devra relever le prochain gouvernement sera de reconnaître les risques et les dangers de la malédiction des ressources naturelles, et de mettre en place un nouveau modèle créatif pour l’éviter. Le principal ennemi repose sur la routine, les habitudes et les mentalités profondément marquées. Celles-ci peuvent et doivent être changées pour qu’il soit possible de permettre à chaque Bolivien de devenir un citoyen digne, un travailleur respecté et un consommateur satisfait. *Roberto Laserna enseigne les sciences sociales à l’Universidad Mayor de San Simón, à Cochabamba, en Bolivie. © Project Syndicate, 2005. Traduit de l’anglais par Bérengère Viennot

Par Roberto LASERNA*

La Bolivie est à un tournant de son histoire. Elle vient de découvrir une nouvelle source de richesse : du gaz naturel. Toutefois ce pays pourrait être la nouvelle victime de ce qu’on appelle la « malédiction des ressources naturelles ». Aveuglés par leur désir d’embrasser des politiques de développement qui se sont pourtant avérées vouées à l’échec, tous les candidats de l’élection présidentielle prévue pour le 18 décembre semblent tout à fait ignorants de ce risque.
Il s’agit pourtant d’un risque considérable. Les preuves ne manquent pas qui montrent qu’aucun pays n’a jamais été capable de développer une économie forte et juste basée sur les exportations de minéraux ou de pétrole. Par contre, il est prouvé qu’une économie fondée sur des ressources naturelles...