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L’identité et ses pièges

Qu’ils soient chrétiens ou musulmans, jeunes ou vieux, de gauche ou de droite, qu’ils aient ou non des sympathies françaises, les Libanais ne peuvent évidemment rester indifférents à la contestation violente dont l’Hexagone est depuis une douzaine de jours le théâtre. Confusément, de près ou de loin, ils se sentent même concernés par cette tornade venue soudain secouer un pays qui a joué – et continue de jouer – un rôle aussi capital dans la formation, puis la pérennité du Liban moderne. Le plus frappant cependant, c’est cet irrésistible besoin de se livrer à des rapprochements, d’établir des parallèles, qui semble s’être emparé de bon nombre de nos compatriotes. La France n’est certes pas le Liban, pas plus que le Liban n’est la France. Ici, en effet, un conglomérat de communautés, un confessionnalisme tantôt conflictuel et tantôt consensuel ; et là, une doyenne de démocratie tirant légitime fierté de sa laïcité républicaine. Voilà bien pourtant deux sociétés foncièrement libérales qui, à des degrés d’inconscience divers (et en écartant un moment, il est vrai, d’autres paramètres non moins importants), n’ont pas adéquatement traité le brûlant problème de ces ceintures de misère qui les entouraient : ces sociétés n’ont pas réalisé qu’elles étaient assises sur un volcan assoupi. Le Liban, refuge des minorités, et la France, patrie des droits de l’homme, ont également en commun d’avoir cultivé leur vocation de terre d’asile. Entreprise généreuse certes, mais n’excluant pas dans certains cas quelques avantages, tel celui de disposer d’une main-d’œuvre bon marché pour toutes les humbles tâches que dédaigne le commun des citoyens. Là s’arrête le parallèle cependant, si parallèle il peut réellement y avoir. La France est dramatiquement rattrapée aujourd’hui par un passé colonial qu’elle n’a pas encore entièrement, parfaitement assumé, et cela de l’aveu même de ses propres dirigeants. L’ironie du sort veut même que pour instituer l’état d’urgence et rétablir ainsi l’ordre et le calme dans les banlieues en émeute, il ait fallu exhumer une loi d’exception datant… de la guerre d’Algérie : initiative qui dans un paysage politique invariablement enclin à la chicane et à la polémique est aussitôt devenue matière à débat. Toujours est-il que cette masse de travailleurs immigrés, surtout maghrébins, la France l’a accueillie pour des raisons en bonne partie économiques. Elle en a fait des citoyens français ; elle s’est engagée à les intégrer, mais ne l’a fait qu’à moitié, et des décennies de laxisme face à l’immigration clandestine n’ont guère arrangé les choses. La prolifération des ghettos devenus de véritables ilôts d’insécurité, la discrimination en matière d’emploi ne sont pas hélas phénomènes bien nouveaux. Et c’est pour éteindre un incendie prévisible sinon annoncé que l’Autorité se trouve maintenant acculée à brandir d’une main le bâton et de l’autre une carotte passablement passée de saison : c’est-à-dire un train de mesures socio-économiques en faveur des banlieues déshéritées. La misère, c’est bien connu, est le terreau idéal où croît et se développe la contestation : laquelle, dans le choc furieux des racismes, fanatismes et intégrismes, a vite fait de se muer en affrontement des cultures, lui-même une aubaine pour la manipulation et la subversion. Il n’est pas vrai que la globalisation a fait de la planète un vaste village : en ce début de 21e siècle, jamais les particularismes nationaux, religieux ou autres n’ont au contraire paru plus nombreux, plus vivaces. C’est un singulier pari que se doit de gagner en ce moment la France : celui d’amener tous ces Français pas comme les autres à se reconnaître pleinement enfin dans leur identité d’adoption. Sans pour cela qu’elle y perde, elle-même, son âme. Issa GORAIEB
Qu’ils soient chrétiens ou musulmans, jeunes ou vieux, de gauche ou de droite, qu’ils aient ou non des sympathies françaises, les Libanais ne peuvent évidemment rester indifférents à la contestation violente dont l’Hexagone est depuis une douzaine de jours le théâtre. Confusément, de près ou de loin, ils se sentent même concernés par cette tornade venue soudain secouer un pays qui a joué – et continue de jouer – un rôle aussi capital dans la formation, puis la pérennité du Liban moderne. Le plus frappant cependant, c’est cet irrésistible besoin de se livrer à des rapprochements, d’établir des parallèles, qui semble s’être emparé de bon nombre de nos compatriotes.
La France n’est certes pas le Liban, pas plus que le Liban n’est la France. Ici, en effet, un conglomérat de communautés, un...