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Actualités - Opinion

« Caveant consules ! »*

C’est par ce message impétueux et lapidaire qu’à Rome, le Sénat émettait l’avertissement aux consuls pour que, toutes affaires cessantes, ils reprennent en main la situation du pays devenue inquiétante. Ici, depuis le dernier attentat, les observateurs perspicaces voyaient déjà la détérioration en train de s’installer. Mais il a fallu la « journée al-Qods » pour que l’opinion entière se sente secouée, dans sa somnolence, par la bruyante célébration de cette nouvelle solennité décidée autrefois par l’imam Khomeiny et docilement imitée au Liban. Le Hezbollah, en effet, n’a pas manqué cette occasion en or pour donner un grand coup, et un coup retentissant. Car cette « journée » fut pour lui comme un tremplin pour déployer sur la scène libanaise son organisation à la fois impeccable et puissante, et la présence de certains ministres en a souligné l’éclat. Les protagonistes étaient tellement pleins de suffisance, qu’ils ont même signalé avec regret l’absence du Premier ministre... Le chef du parti (attention de dire « milice ! ») a pris la parole sur un ton autoritaire, supérieur à celui d’un homme d’État. Il a lancé des interpellations aux plus hautes instances de l’organisation internationale, dans une attitude altière, martelant chacun de ses propos. Le président Siniora a lui-même été éclaboussé, lui « qui se serait engagé à appliquer la 1559 », alors que « dans la déclaration ministérielle, il n’y a rien de tel » (cf. L’Orient-Le Jour du 29/10/05). Tout cela pour préciser à l’adresse de « qui de droit » que, « pour nous, le dialogue vise à trouver les moyens de protéger le Liban ». Ainsi, l’orateur semble faire allusion à la naïveté des autorités qui croient encore que le dialogue annoncé a pour but d’aboutir au retrait des armes... Venons-en à la parade militaire : ce fut quelque chose de sensationnel : quelque cinq mille soldats (des 10 000) ont défilé dans une discipline impeccable, presque de l’automatisme, à un rythme proche de la perfection, devant une foule médusée, délirante d’enthousiasme, agitant une mer de fanions du parti, tolérant avec indulgence quelques rarissimes drapeaux libanais émergeant des flots. « On se croirait en Corée du Nord », chuchota un journaliste. Et c’est ici qu’il faut redire aux responsables l’avertissement du Sénat romain : prenez garde ! Ces soldats que vous avez vus, pourquoi sont-ils formés et entraînés, et pour combattre qui ? À quelle guerre se préparent-ils ? Celle contre l’ennemi (celui-là encore !) de la fameuse guerre de juin 1967 ? Ou contre celui de la campagne de Suez ? Sinon, à quoi cela pourrait-il servir ? Dans tous les cas, l’atmosphère de la journée « al-Qods », que les responsables ont vécue en direct – ou vue à la TV –, n’est pas une atmosphère de paix. Que les consuls – les gouvernants – prennent garde ! Albert SARA * Consuls, prenez garde !
C’est par ce message impétueux et lapidaire qu’à Rome, le Sénat émettait l’avertissement aux consuls pour que, toutes affaires cessantes, ils reprennent en main la situation du pays devenue inquiétante.
Ici, depuis le dernier attentat, les observateurs perspicaces voyaient déjà la détérioration en train de s’installer. Mais il a fallu la « journée al-Qods » pour que l’opinion entière se sente secouée, dans sa somnolence, par la bruyante célébration de cette nouvelle solennité décidée autrefois par l’imam Khomeiny et docilement imitée au Liban. Le Hezbollah, en effet, n’a pas manqué cette occasion en or pour donner un grand coup, et un coup retentissant. Car cette « journée » fut pour lui comme un tremplin pour déployer sur la scène libanaise son organisation à la fois impeccable et puissante, et...