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Actualités - Reportage

RENTRÉE THÉÂTRALE Variations pour un lever de rideau à la Godot

Ne regardez pas ce qui se passe à Avignon, San Francisco ou ailleurs… Le Libanais est incomparable : dans le bon ou le mauvais sens, car c’est toujours de représentation et de théâtre qu’il s’agit avec lui. Même si en politique cela vire à la mauvaise grosse farce, avec traits charbonneux au fusain noir… Le thermomètre, pour sonder la température culturelle ambiante, est peut-être pipé, mais qu’importe, la procession avance, la vie continue et le « show, plus flashy que jamais, must go on »… C’est vrai, malgré de titanesque efforts, les salles de théâtre beyrouthines, souvent miteuses, sentant la moisissure, aux lampes éclopées, aux sièges branlants, aux tentures délavées, ne sont pas ce qu’il y a de mieux pour attirer les spectateurs et, sans nul doute, ne font-elles pas, depuis belle lurette, ni recette ni florès. Pas de subventions étatiques, des taxes injustement lourdes (pour les quelques ouvertures aléatoires des jours gras) mais parfois, pour suppléer aux creux vertigineux, des donations salvatrices. Que Dieu garde les mécènes car un brillant et notoire metteur en scène confie, humblement, toute honte bue et sourire aux lèvres, s’être transformé en « mendiant professionnel ! » Néanmoins, si certaines de ces salles, indignes des gens de l’art qui se battent comme des lions et se dévouent encore totalement à leur passion, désertées ou financièrement aux abois, ont fermé leurs portes, c’est aujourd’hui, et contre toute attente, pour mieux les rouvrir ailleurs ! Vite, comme un Phénix (et pas avec un visage hermétique de Sphinx) qui renaît de ses cendres, voilà qu’elles ont pignon sur d’autres rues… Rues plus intéressantes avec un public (moins bourgeois, moins snob, plus sympa dans son bariolage populaire) déjà super-curieux des activités qu’elles offrent… Si ce n’est pas miraculeux, du reste c’est surprenant quand on mesure la gravité de la situation et qu’on écoute, à raison, le cortège de plaintes et de jérémiades qui escortent le quotidien des Libanais pris dans les rets de la sinistrose et du marasme ambiants… Et cela sans parler de l’atroce et éhonté ravalement des valeurs culturelles qui sévit surtout au niveau de la télé avec des présentateurs qui taillent de façon malsaine dans la provoc gratuite en assénant des programmes souvent « débilisants » et des chansonnettes avec bimbo sans voix, dépoitraillées et fesses en l’air ou gogoboys bellâtres aux muscles gonflés faisant les mijaurées avec vocalises « carrusoéennes », gondolées et discordantes… Le théâtre, de tous les arts pratiqués au Liban, est celui qui a fait probablement le plus peau de chagrin. On convient, la tête et le cœur des citoyens sont ailleurs. Quant à leur bourse, c’est là une autre question… Les moyens financiers des uns et des autres (une paupérisation galopante, avec une répartition des richesses nationales et des revenus des moins justes), c’est-à-dire gens du théâtre et public, sont aujourd’hui plus que modestes ou limités. De sombres météores se sont abattus sur le pays du cèdre et la situation économique est loin d’être reluisante. À part le Festival de théâtre universitaire international à la LAU cet été, grâce à l’élan et au souffle estudiantins (où, paradoxalement, la plupart des gens de la profession locale ont, hélas, brillé par leur absence tout comme l’État, indifférent ou impuissant, une énigme de plus, dans cette confusion générale), peu de productions importantes et marquantes. On ne parle pas, bien entendu, des spectacles superproductions à la manière « rahbanienne » qui sont devenus des « trademark » de l’art de la scène tel que pratiqué au Liban : un peu de musique, un zeste de chorégraphie et quelques pompeuses tirades par des acteurs amidonnés, transformés en marionnettes sans vie. Mais le vrai théâtre, sans confetti, ni dorure, ni tape à l’œil, celui des théâtres où l’on se recueille religieusement, celui des performances saisissantes, des textes qui prennent aux tripes, des mises en scène, sans moyens pharaoniques, qui laissent pantois, des cris de rage, de révolte et de cœur qui bouleversent une vie, des éclairages qui sculpent le monde sans dépenser une fortune, tout cela va ces jours-ci à vau-l’eau. Pas de quoi fouetter un chat, des chats qui se sont d’ailleurs évaporés dans la nature… Pas le temps de « culturiser » et de philospher quand le ventre crie famine avec l’insécurité et la précarité qui guettent chaque coin de rue… Et pourtant tous les ténors et les divas qui ont fait la gloire de l’âge d’or des années 1970-75 du théâtre libanais sont encore presque tous là. Eux aussi peut-être, et sans nul doute, n’en reviennent pas de ce qui arrive sur nos rives. Et pourtant, malgré une lamentable ère de décadence culturelle, la plupart bataillent encore vaillamment pour garder la tête hors de l’eau. Surtout garder vivace et vivant, non la nostalgie des jours heureux, mais un présent bouillonnant et indiscernable encore. Car après tout, le théâtre est et restera le reflet, amplificateur ou réducteur, de la réalité humaine, le reflet d’une vie sociale et politique avec ses multiples préoccupations. En ces temps durs, de disette et d’anarchie, le verbe, s’il n’est pas totalement suspendu, cafouille ; et l’élairage, guère très clair ou éclairant, vacille. Tournons résolument la page de l’année dernière suffisamment chargée d’une série de très sombres et dramatiques épisodes et tâchons de regarder, avec plus d’optimisme, les éventuels futurs levers de rideau, authentiques actes de résistance. Car c’est par la culture qu’on résiste. Souvenez-vous des paroles de Gibran. Croire, c’est déjà réaliser ! Avant les rituels trois coups pour l’entrée en scène des acteurs, petite visite impromptue de certaines personnes ou « centres » vitaux qui font l’événement du spectacle. « Probable » rentrée théâtrale pour emprunter un terme « houelbecquien » tellement à la mode… Une grande dame du théâtre libanais, une battante, un emblème national : Nidal Achkar. Masrah al-Madina a fermé ses portes à la rue Clemenceau, mais les voilà rouvertes à Hamra (emplacement du Saroulla). Espace magnifique (à peu près 2 000m2, qui dit mieux ?) restauré et déjà presque prêt à accueillir le public avec ses cinq salles, de différentes dimensions. Vêtue de noir, très baba cool, baskets aux pieds, les cheveux en bataille, boucles d’oreille orientales turquoises, la voix plus rauque que jamais, Nidal Achkar est heureuse dans son nouveau « domaine sarcocollier ». Une lampée de café, un verre d’eau fraîche, des ordres à droite et à gauche (messieurs les ministres appelés à la rescousse), l’œil toujours pétillant et d’une étincelante vitalité, la femme d’affaires et la comédienne font absolument bon ménage chez elle. Volubile et toujours inspirée, elle confie : « On porte notre mémoire comme des bédouins. Faut-il toujours tout construire parce que nous détruisons tout ? Comment transporter ces odeurs, ces parfums, ces atmosphères, ces moments d’un endroit à un autre ? J’avais promis au public, quand le théâtre de Clemenceau a fermé, que j’ouvrirais ailleurs. Je ne savais pas exactement où en ce moment-là mais voilà, chose promise chose due, et cela s’est fait. Mon coup de cœur, après la visite de toutes les salles de Beyrouth, fut pour le Saroulla. » Lieu mythique est certainement Hamra, où Nidal Achkar, du Horse Shoe, tout juste à proximité du Saroulla, point de rencontre et de ralliement des intellectuels d’autrefois, a fait descendre la révolution dans la rue et a prêté sa voix impérieuse à un verbe aux débordements irrépressibles, qui ne s’est guère cantonné sagement aux lumières de la rampe. Animée du même feu, plus d’un quart de siècle plus tard, la comédienne n’a pas fini de livrer ses combats. D’une énergie décapante, elle reprend le fil de ses confidences : « Un espace pour les répétitions avec la salle Joan Littlewood (hommage à son prof et amie), un espace pour l’écriture avec la salle Saadallah Wannous, un théâtre de poche incluant des projections de films, la salle polyvalente Noha Radi… Sans oublier un grand dépôt pour les accessoires, les décors et les costumes. Tout cela est ouvert à la jeunesse pour s’exprimer en toute liberté. Parmi nos nombreux projets, on a la priorité de promouvoir la création dramaturgique libanaise. Cinq chantiers en cours dont une pièce d’Élie Karam, la traduction des Variations énigmatiques de Schmidt avec Kerbage et Andary, Khibz Arabi de Hicham Jaber et une mise en scène de moi, d’un auteur libanais dont je tairai le nom pour une meilleure surprise au public ! En fait, j’aimerais aussi dire que nous accueillons tout texte intéressant (aussi bien arabe que français ou anglais) pour éventuellement le monter sur scène. Il y a un comité de lecture qui sélectionnera les œuvres retenues. Et ainsi une production suivra. À noter aussi l’Atelier d’art dramatique pour les enfants. Pour moi, c’est un atelier capital et j’en rêvais depuis toujours… Deux séances par jour sont prévues à partir de janvier. Pour le cinéma, il y une salle Art et essai mais aussi, pellicules de tous horizons et de tous crins sont prévues. On a déjà projeté six films. Quant à l’écriture dramaturgique, elle se concrétise par l’atelier“Écriture vagabonde” où plusieurs pays arabes et européens sont invités à participer à la rédaction de textes pour les feux de la rampe. On s’est toujours plaint qu’il n’y a pas d’émergence de dramaturges libanais, voilà l’occasion de pallier cette carence… Et ce que j’aime le plus dans tous ces projets, c’est la naissance de la troupe de Nidal Achkar appartenant au Masrah al-Madina, troupe habilitée à sélectionner et former des comédiens pour la création de pièces nouvelles. Bienvenues sont aussi les œuvres venues de l’étranger (Angleterre, France, Tunisie, Canada, Espagne) qui feront l’événement dans nos salles dont les programmations sont déjà dûment remplies. » Lieu d’affrontement culturel C’est un monde qui bouge avec Nidal Achkar. Bouillonnement d’idées et d’activités, comme faisant fi des événements de la rue. « On ne peut pas travailler dans la création sans avoir la foi, dit-elle, car créer est un mouvement permanent. L’âme flâne là où les politiciens ne peuvent l’atteindre… surtout ceux qui gouvernent le Liban ! Je lis tous les textes qu’on m’envoie : je dévore tout comme les sauterelles ! Les jeunes viennent au théâtre et l’on n’a pas le choix, on a besoin et l’on doit toujours créer. Si les gouvernants avaient bien disséqué les causes de notre guerre, on n’en serait certainement pas là aujourd’hui. Il faut surtout un projet pour la culture au Liban, du Akkar au Sud, et pas seulement à Beyrouth ! Bibliothèque, théâtre et tutti quanti, avec formation de la jeunesse. C’est alors que le pays sera sain ! Nous résistons par la culture en faisant vivre la mémoire et en donnant de l’espoir à la jeunesse qui, finalement, trouve refuge auprès du théâtre. Ce théâtre n’est pas pour l’élite, au contraire il est populaire et devra nous conduire très loin… » À un autre bout de la capitale, au rond-point de Tayouné, sur l’axe du boulevard Sami el-Solh, rencontre avec un autre pilier des planches libanaises qui a fait la gloire du théâtre aussi bien francophone qu’arabe. Pour Roger Assaf, maître des lieux, s’appuyant sur une canne, séquelle d’un accident (ironie du sort) devant le ministère de la Culture, voilà un parcours émaillé de succès et riche en rebondissements, surprises et autres coups de théâtre, en association avec sa femme, Hanane Hajj Ali, comédienne à part entière et mordue du monde des planches. Roger Assaf reçoit aujourd’hui à Shams (Tournesol) dans un local flambant neuf (1500m2 de superficie) transformé en centre culturel autour des arts du spectacle. Une véritable tribune libre, avec théâtre, salle d’exposition, studio, bureaux et salle de répétition…« Un chantier important dont la mise en œuvre nécessite du temps, précise Roger Assaf. C’est pour cela qu’on est un peu en retard sur la saison. Notre but premier est de mettre un programme et une structure. Le lancement aura lieu en mars. Structure d’accueil pour des spectacles et des activités, en particulier pour enfants. Avec une formule nouvelle au Liban : on a mis sur pied un partenariat de 5 groupes de travail : Shams, Khayal (troupe Karim Dakroub, théâtre et activités pour enfants), Icare (atelier d’audio-visuel), Mada (écologie et développement humain), Massar (les jeunes et la politique). Programme varié, avec des activités multidisciplinaires (danse, art plastique, musique, théâtre vidéo) axées sur les rencontres et le dialogue. Par ailleurs il y a aussi l’aspect théâtre et atelier avec des invités comme le groupe Alis, et l’on jette un pont avec l’Asie, notamment l’Inde et le Japon, aux expériences enrichissantes avec marionnettes, vidéo et spectacles nô, tout en continuant la collaboration avec les pays européens, la Tunisie et l’Égypte (Familia Teatro, Warcha, Le Garage)… sans oublier l’espace culturel multimédia de Marseille. Un réseau pour échanger spectacles et artistes afin de faire circuler les rencontres transméditerranéennes. Avec des créations locales, bien entendu, dont un spectacle de Bernadette Hodeib, mais c’est déjà en 2006 ! On inaugure aussi une autre formule nouvelle, avec, une fois par semaine, la “stand up comedy” avec des comiques libanais, tels Issam Boukhaled, Mounzer Baalbacki, Iad Sfeir, Khouloud Nasser. Tout cela, en plus de l’organisation, demande énormément de travail et beaucoup de mendicité… Je suis plus que jamais un mendiant professionnel, à la recherche de mécène, de financier et de sponsors… Car les taxes, les permis, les frais d’électricité , la bureautique coûtent. Heureusement qu’il y a des taxes, sinon il n’y a pas de lien avec l’État ! » De l’humour mordant certes, mais qui n’en cache pas moins une amère et honteuse vérité. Et l’avenir, comment le voit-il cet acharné de travail, cet impénitent « workaholic » : « Et puis (l’orageux humour assafien !) si on ne peut pas travailler, on a au moins un abri… L’avenir ?… Mais restons souriants ! On travaille comme si tout allait bien. Mais tout compte fait, je tiens à souligner l’importance géographique de ce lieu, très proche de Chiyah, Aïn el-Remmaneh, Dahié, Achrafieh, Mazraa et Basta…Ce choix est volontaire et on veut l’impliquer dans notre programme. Rencontrer pour travailler ensemble. On a ici comme un “khat al-tammas”, non une ligne de démarcation, un affrontement militaire, mais par-delà des zones qui s’effleurent, un lieu d’affrontement culturel… » De la générosité tous azimuts Au cœur de la capitale, aux antipodes de Masrah al-Madina, un autre foyer de rayonnement théâtral, mais estudiantin. Beaucoup d’activités intéressantes (qui feraient pâlir de jalousie de bien prétentieux professionnels !) avec la LAU qui a tenu le flambeau haut cet été avec un Festival international estudiantin de théâtre qui ne manquait ni d’originalité ni de talents prometteurs sortant du rang. Pour la rentrée, Hala Masri affirme qu’il y a 20 productions (en langues anglaise et arabe) et deux autres dites « majeures » qui font habituellement la joie des amateurs du bon théâtre alliant qualité et moyens « décents » de production. Pas de titre encore, à part la Mademoiselle Julie de Strindberg. Pour Byblos, Maurice Maalouf, metteur en scène, comédien et aujourd’hui professeur associé à la LAU, confirme de son côté deux productions majeures et de nombreuses nouvelles créations. Surprises garanties et souvent dans le bon sens. Du côté de l’opérette, les grandes productions, à part celles des Rahbani, se font plutôt rares. Roméo Lahoud, qui a brillé aussi dans ce genre de divertissement, a troqué les pinceaux de peinture (eh oui il peint aussi) contre les feux de la rampe. Même perplexes, ses propos le ramènent à nouveau sous les sunlights : « J’ai plein de projets, dit-il, et j’ai remis en état l’Athénée. Le théâtre est là, je suis là, mais la situation ne permet pas… » Du côté du théâtre d’expression francophone, les adeptes des planches sont actifs. Le vétéran ou doyen du métier, Alain Plisson, est « très fier d’être le seul à avoir monté en avril dernier Angelo, tyran de Padoue de Hugo », dit-il. Et d’ajouter : « Un succès ! » Infatigable, le voilà qui s’attaque déjà, pour novembre prochain, avec onze acteurs sur le plateau, à une adaptation de Lysistrata d’Aristophane. Mais dans ce secteur voué aux subtilités de la langue de l’Hexagone, la palme de la générosité et de l’amour, sans réserve, pour le théâtre et par le même biais pour une noble cause humanitaire, va sans nul doute à la dynamique et talentueuse Nadine Mokdessi. Un cœur grand comme ça et une foi à soulever des montagnes… Plus de 14 pièces, d’un succès inégalé, tant pour les bons comédiens sous les feux de la rampe que le choix judicieux et sympathique des textes. En mars, la jeune metteur en scène et animatrice de l’atelier Toctoctoc, qui a déjà offert aux associations caritatives un montant plus que rondelet et substantiel (quand d’autres gens du métier font les cigales), présente au Monnot Un vrai bonheur ! de Didier Caron. On la croit sur parole. Bonheur de voir Nadine Mokdessi « radioscoper » et disséquer, avec son rire perlé, en toute légèreté et dérision, les malaises du couple à travers les vagues de l’amour et une brochette de personnages farfelus. Sans oublier, en juin, des pièces pour enfants (chut on taira les titres juste pour qu’ils restent sages comme une image) avec l’aide, à l’atelier, de Manal Yaacoub et de Joe Abi Aad. De la politique gauchisante à la métaphysique et l’appel de Dieu, le parcours de Jalal Khoury, qui a signé avant la guerre des textes arabes percutants, a transporté ses batailles, au fil des ans, des villages frontaliers où sévissait Geha au cœur des hommes touchés par la grâce divine. Après l’attachante figure de la religieuse Hindiyé, portée sous les feux de la rampe, Jalal Khoury, surpris dans une randonnée à la vallée des saints à Annoubine, déclare qu’il « donnera à voir le 9 février au Monnot al-Tarik ila Cana (Le chemin vers Cana), une évocation pour quatre comédiens et un chanteur, un projet qui l’empêche de dormir depuis plus d’un an ! Que penser, théâtralement, de l’année qui vient ? Une saison qui s’inscrit dans le cadre de la crise du théâtre libanais… » Avant de clôturer, le témoignage d’une comédienne bardée de prix (aussi bien au théâtre, au cinéma qu’au petit écran), Julia Kassar, plébiscitée par le public et aimée des gens du métier. Elle vient d’incarner, cet été à Byblos, Mary Gaskell dans le musical Gibran et le prophète de Oussama Rahbani (15 000 entrées en 5 jours), œuvre qui sera reprise probablement en janvier à Beyrouth. « Non, depuis Mary Haskell je ne fais rien de… théâtral ! Pas bien… Mais un autre paradoxe dans ma vie, si je ne joue pas, je n’existe pas, dit-elle dans un sourire un peu embarrassé. Et puis comment parler d’art, de culture et de théâtre quand tout ne va pas… Par ailleurs, j’ai fait la plupart de mes pièces durant la guerre. Une situation tout aussi paralysante actuellement, mais quand je vois l’aspect kamikaze de tous mes collègues, la manière qu’ils ont de se démener et de bouger, cela me stimule et me donne du courage. Tout compte fait, je me dis aussi souvent que notre génération a droit à un peu de paix, ce paradis perdu… Oui, entre-temps je continue… Du côté cinéma, cela marche plutôt bien ! Un court, un moyen et un long métrage, tous bien accueillis. Côté théâtre, pour le moment rien, sauf un projet avec des Espagnols pour un extrait de Don Quichotte de Cervantès… Au fond, je devrais m’enquérir sur ce sujet ! poursuit-elle un peu songeuse. Il y a eu tellement de désastres et de catastrophes dans le monde cette année que j’ai acheté déjà l’agenda 2006, juste pour me débarrasser de cette année noire… On attend Godot, on attend tout ce que vous voulez, mais je sais qu’on attend… » Dossier réalisé par Edgar DAVIDIAN
Ne regardez pas ce qui se passe à Avignon, San Francisco ou ailleurs… Le Libanais est incomparable : dans le bon ou le mauvais sens, car c’est toujours de représentation et de théâtre qu’il s’agit avec lui. Même si en politique cela vire à la mauvaise grosse farce, avec traits charbonneux au fusain noir… Le thermomètre, pour sonder la température culturelle ambiante, est peut-être pipé, mais qu’importe, la procession avance, la vie continue et le « show, plus flashy que jamais, must go on »… C’est vrai, malgré de titanesque efforts, les salles de théâtre beyrouthines, souvent miteuses, sentant la moisissure, aux lampes éclopées, aux sièges branlants, aux tentures délavées, ne sont pas ce qu’il y a de mieux pour attirer les spectateurs et, sans nul doute, ne font-elles pas, depuis belle lurette, ni...