Le général Michel Aoun confirme sa candidature à la présidence de la République. Il estime, d’après ses dires, y avoir le plus droit, ainsi que les aptitudes et la popularité requises. Il relève cependant qu’il est encore trop tôt, dans ce sens qu’à son avis, il ne faudrait pas lier le sort du président en place au rapport Mehlis. La question de la présidence restant, selon lui, tributaire d’un changement des donnes comme du climat politique sur la scène locale. Il est donc candidat pour plus tard. Recueillant de suite des appuis marqués. D’abord de la part de Sleimane Frangié qui, à Rabieh même, a souligné qu’il faut un président de la République qui représente sa communauté, car c’est le cas dans ce pays, faisant par là allusion aux présidents Berry et Siniora. Ensuite de l’émir Talal Arslane qui a proclamé son soutien, au nom du rejet du confessionnalisme, de la lutte contre la corruption, de la réforme, de l’édification de l’État de droit et des institutions, ajoutant que le général est la meilleure figure représentant le Liban.
L’ancien directeur des SR, ancien ambassadeur à Paris, Johnny Abdo a, de son côté, dans une interview à la LBCI, indiqué sa préférence pour le général Aoun, qui, à son avis, donnerait de l’autorité à l’État, et partant à ses services. Il a répliqué à ceux qui redoutent l’avènement répété d’un militaire, comme Dory Chamoun, que Michel Aoun ne l’est plus, qu’il est député au Parlement. Cependant, Abdo trouve que le discours politique du général comporte souvent des dérives et qu’il devrait y prendre garde, pour être mieux compris des gens.
Premier à être candidat, du moins à la candidature puisqu’il ne veut pas brûler les étapes, Aoun a-t-il des chances sérieuses d’accéder à la présidence ? Selon un vétéran, son premier avantage reste que nul ne lui conteste une large représentativité au niveau chrétien. En principe, et en toute égalité, les chrétiens devraient avoir le droit de choisir leur représentant au sein du panier des présidences. Mais, observe cette personnalité, ce sont en général les députés musulmans qui font pencher la balance. Cela avait été le cas, successivement, pour Béchara el-Khoury, Camille Chamoun et Fouad Chéhab. Ensuite, en 70, si aucun des trois du Helf (Chamoun, Eddé, Gémayel) n’avait pu postuler, c’est parce qu’il leur aurait manqué des voix musulmanes. Et Frangié, soutenu par el-Assaad et Salam, l’avait remporté face à Sarkis. Auparavant, les pôles chrétiens et musulmans s’étaient rabattus sur Hélou parce qu’il n’avait pas la popularité de Eddé. Ce qui avait fait dire à Édouard Honein, s’adressant au Amid du Bloc national : « Votre force fait votre faiblesse ; et la faiblesse de Hélou en fait la force. » Sans compter que les leaders de la montagne préfèrent que le président de la République ne provienne pas de leur propre région, afin d’y rester influents.
L’observateur cité souligne que les chances de Aoun ne lui semblent pas meilleures que celles de Raymond Eddé qui, jadis, malgré le fort soutien populaire et chrétien dont il bénéficiait, n’avait pu se faire élire. Se trouvant handicapé de fait tant par sa popularité, justement, que par sa probité, son attachement aux constantes nationales, son libanisme qui hérissait les partisans de l’arabisme.
D’après cette source, il faut en tout cas que les trois présidents soient également approuvés par les musulmans et les chrétiens. À son avis, Berry et Siniora, présentés comme représentant leurs communautés respectives, n’auraient pas été retenus s’ils n’avaient l’aval d’une majorité parlementaire comprenant des chrétiens aussi bien que des musulmans. Il ne suffit donc pas que les chrétiens s’entendent, le cas échéant, sur la candidature Aoun. Il faut encore, et c’est évident, qu’elle recueille l’approbation de cette majorité, qui englobe le Courant du futur et la Rencontre démocratique. Or ces formations lui sont hostiles et il les accuse de vouloir monopoliser le pouvoir, en désignant elles-mêmes le prochain président de la République. En reproduisant pour leur compte la méthode discrétionnaire syrienne, selon ses dires.
De plus, et toujours selon la même personnalité, la majorité ne voudrait pas d’un président fort. Mais d’un modéré, d’un homme de consensus.
Émile KHOURY
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