Par David Hale*
Un des plus grands défis que la Chine doit relever avant l’entrée en vigueur du traité de l’OMC en 2007 est de préparer le système bancaire du pays à la privatisation et à la concurrence avec les banques étrangères. Le gouvernement a créé une nouvelle administration, la société centrale d’investissement Hujin, pour gérer et recapitaliser les grandes banques d’État avant qu’elles ne soient vendues. Hujin a déjà injecté 60 milliards de dollars des réserves de changes chinoises dans la Banque de Chine, la Banque de construction chinoise et la Banque industrielle et commerciale. La Banque de l’agriculture nécessitera également de nouveaux capitaux bien que le gouvernement ne prépare pas encore sa privatisation.
Les politiques de sauvetage du gouvernement semblent fonctionner. Ces deux derniers mois, la Bank of America a annoncé des investissements de 2,5 milliards de dollars pour une prise de participation de 9 % et la holding Temasek, basée à Singapour, a réglé 1,4 milliard de dollars pour une prise de participation de 5,1 % dans la Banque de construction chinoise. La Royal Bank of Scotland dirige un groupe d’investisseurs qui va investir 3,1 milliards de dollars dans la Banque de Chine, tandis que Goldman Sachs et l’Allemand Allianz sont prêts à signer un accord pour acquérir 9,9 % de la Banque industrielle et commerciale pour un montant similaire. Le gouvernement espère que ces investissements étrangers prépareront le terrain pour la mise sur le marché public de ces banques sur les places boursières de Hong Kong et d’ailleurs en 2006, tandis que les banques étrangères investissent dans l’espoir de pénétrer le marché chinois, qui est énorme. Les trois grandes banques d’État possèdent des réseaux étendus de succursales et emploient des centaines de milliers de personnes. Les banques étrangères ne peuvent espérer mettre en place une telle couverture sans un partenaire local. Elles se concentreront dans un premier temps sur les secteurs des cartes de crédit et pourraient par la suite développer d’autres partenariats. HSBC a également annoncé un investissement majeur dans les assurances Ping An qui pourrait préparer le terrain pour des expériences avec Bancassurance à l’avenir.
La Banque des communications est cotée sur le marché boursier de Hong Kong depuis l’investissement de la HSBC, de sorte qu’elle peut offrir au marché plus d’informations que ne le peuvent les banques qui sont encore en attente de privatisation. Goldman Sachs adopte des positions agressives, persuadé que la banque peut enregistrer une croissance de 17 % de ses prêts cette année, une amélioration de 20 points de base des marges et une croissance significative des revenus taxés.
La préoccupation principale cependant porte sur les signes évidents d’un volume croissant de prêts qui ne rapportent pas. Les performances de la Banque des communications suggèrent que le boom sur les prêts que la Chine connut en 2003 et 2004 a mené à une vague de défauts de paiement cette année-là et la suivante. En 2004, la part des investissements dans le PIB s’élevait à 45 %, un des niveaux les plus élevés jamais enregistrés dans l’histoire de la finance, du fait des banques finançant un important développement des capacités dans l’immobilier et la fabrication. Aujourd’hui, les plus grandes banques déclarent des augmentations significatives dans les défauts de remboursement des prêts tandis que l’excès de nouvelles capacités industrielles implique que certaines entreprises ne pourront servir un intérêt adéquat contre le paiement de leur dette.
Bien que la Banque de Chine ait réduit la croissance de ses prêts jusqu’à 6 % l’an dernier du fait de ces inquiétudes quant à la qualité du crédit, de nombreuses nouvelles banques locales ont étendu leurs prêts de manière agressive et pourraient souffrir de grosses pertes maintenant que l’économie ralentit et que la solvabilité des entreprises s’affaiblit.
Dans ces circonstances, la privatisation aura des conséquences profondes sur l’économie chinoise. Le boom récent de dépense de capitaux a produit une rafale de prêts spéculatifs en 2003 et 2004, car le système bancaire était encore aux mains de l’État et soumis aux pressions politiques, jusqu’à ce que le gouvernement lui-même impose un contrôle des crédits en avril 2004 pour prévenir une augmentation aiguë des prêts qui ne rapportent pas.
Dans le prochain cycle, les banques chinoises seront privatisées pour la première fois depuis 1949. Elles accorderont leurs prêts sur la base de critères commerciaux plutôt que de leurs relations avec de grandes entreprises d’État. Elles seront moins vulnérables face aux pressions politiques exercées par les administrations locales pour le financement de projets de développement. Elles accorderont plus d’importance probablement aux prêts à la consommation, particulièrement les prêts immobiliers et les cartes de crédit. Les prêts immobiliers chinois ne représentant que 10 % du PIB, par rapport aux 60 à 70 % des pays anglo-saxons, le potentiel de croissance est énorme. La transformation du système bancaire chinois, accompagnée de la récente décision de réévaluer la devise chinoise, nécessitera des changements majeurs dans la conduite des politiques monétaires. Jusque récemment, un rattachement de la monnaie aux changes dominait la politique monétaire en Chine et les taux d’intérêt restèrent inchangés pendant neuf ans, jusqu’en octobre 2004, quand le gouvernement tenta de gérer les prêts via un suivi administratif et un contrôle du crédit.
À l’avenir, la Chine devra s’appuyer bien plus sur les taux d’intérêt pour gérer sa politique monétaire à l’aide du coût du capital et non plus de considérations politiques pour influencer les décisions économiques des entreprises.
La transformation du système bancaire chinois est complexe et difficile parce qu’elle implique un changement dans sa nature fondamentale. Cependant, si l’économie ne souffre d’aucune catastrophe majeure, ces changements auront un impact positif puisque la distribution des capitaux en sera d’autant plus efficace. L’accent mis sur les prêts aux ménages devrait également permettre de créer un meilleur équilibre dans l’économie entre la dépense de capitaux et la dépense des consommateurs qu’il ne fut possible lors de la croissance de 2002 à 2004.
* David Hale est un spécialiste du système bancaire chinois et le président fondateur de Hale Advisers, LLC et China Online, qui fournit des informations professionnelles sur la Chine au quotidien.
© Project Syndicate 2005. Traduit de l’anglais par Catherine Merlen.
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