Sur la base militaire française de La Valbonne, dans l’Ain, des soldats en treillis s’entraînent au tir, tandis que de blanches brebis mènent le combat contre les mauvaises herbes du camp.
Pour la première fois en France, une exploitation agricole a été inaugurée hier dans l’enceinte d’un camp militaire, afin de sauvegarder la biodiversité du site, menacée par des broussailles de plus en plus envahissantes.
À première vue, rien ne laisse supposer que les terrains de manœuvres de La Valbonne, qui abrite un régiment d’artillerie et un régiment médical à une trentaine de km au nord-est de Lyon, recèlent des richesses naturelles. Mais dans les steppes, plutôt sèches en cette fin d’été, des orchidées côtoient des oiseaux protégés comme les outardes canepetières ou les cochevis huppés.
« Nous avons dix fois plus d’espèces rares sur les 1 600 hectares du camp militaire que sur n’importe quel autre site protégé de Rhône-Alpes », explique Nicolas Greff, coordinateur du Conservatoire Rhône-Alpes des espaces naturels (CREN), maître d’œuvre du projet. Petit à petit, les broussailles ont cependant commencé à coloniser l’espace, privant les autres espèces de ressources.
Il y a une dizaine d’années, des associations écologistes ont alerté les militaires sur la situation et proposé d’introduire des ovins. « Il a fallu du temps pour faire aboutir le projet, car nous ne venons pas de mondes habitués à travailler ensemble », explique le lieutenant-colonel Didier Mattei, responsable du projet pour l’armée.
Mais éleveurs, militaires, écologistes, chasseurs et élus se sont finalement entendus sur le partage du terrain et 200 brebis viennent de s’installer dans deux anciens dépôts de munitions. À terme, le troupeau devrait être de 450 bêtes.
Pour promouvoir la variété des espèces, le cheptel est constitué d’une race savoyarde menacée, Thônes-et-Marthod, dont les représentants se distinguent par leur museau et leurs oreilles noirs.
Pour gérer l’exploitation, qui vise la rentabilité économique grâce à la vente de la viande, Sophie Oliveux, une bergère de 27 ans, a été recrutée par le CREN. « Je voulais m’installer à mon compte, quand j’ai vu l’annonce », raconte-t-elle. « Pour moi, travailler ici ne change pas grand-chose. La seule spécificité, c’est que je dois partager l’espace. Si je veux mener mes bêtes sur un terrain, je dois prévenir les militaires et m’assurer qu’il n’y aura pas de manœuvres au même moment. »
« Elle doit se plier à des contraintes lourdes, nuance le lieutenant-colonel Mattei. On tire à balles lourdes, il ne faudrait pas qu’elle se retrouve au milieu des tirs. »
En plus de la discipline, la bergère devra aussi faire preuve de souplesse, car les « objectifs opérationnels de l’armée restent prioritaires », rappelle Didier Mattei. D’ailleurs, le ministère de la Défense, qui met gracieusement ses terres à disposition, se réserve le droit de les récupérer « en cas de coup dur ».
Mais si le fracas des guerres ne se fait pas trop entendre, les clochettes de vaches – de la race menacée Villard-de-Lans – pourraient bientôt s’ajouter aux bêlements des brebis et aux rafales des mitraillettes.
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Pour la première fois en France, une exploitation agricole a été inaugurée hier dans l’enceinte d’un camp militaire, afin de sauvegarder la biodiversité du site, menacée par des broussailles de plus en plus envahissantes.
À première vue, rien ne laisse supposer que les terrains de manœuvres de La Valbonne, qui abrite un régiment d’artillerie et un régiment médical à une trentaine de km au nord-est de Lyon, recèlent des richesses naturelles. Mais dans les steppes, plutôt sèches en cette fin d’été, des orchidées côtoient des oiseaux protégés comme les outardes canepetières ou les cochevis huppés.
« Nous avons...