C’est l’histoire du diagnostic kinésithérapique français.
Nul n’est autorisé dans l’Hexagone, selon le code de déontologie médicale, à poser un diagnostic médical s’il n’est pas titulaire d’un doctorat en médecine. Le terme « diagnostic » n’était alors employé que par les médecins.
En 1984, le diagnostic infirmier fait son entrée. Puis, dans un décret officiel du 8 octobre 1996, « c’est au tour de la kinésithérapie de s’affirmer parmi les professionnels de santé et de s’approprier le droit d’établir un diagnostic kinésithérapique », raconte M. Michel Gedda, directeur de l’école de physiothérapie de Berck-sur-Mer, en France, et chef de projet du service des recommandations professionnelles de la Haute Autorité de Santé. « Les professions paramédicales en France sont réglementées, explique-t-il. On ne peut pas s’installer en tant qu’infirmier ou physiothérapeute (masso-kinésithérapeute) sans avoir fait des études régies par un décret spécifique. Il en est de même pour l’emploi du terme diagnostic qui était jusqu’alors réservé aux médecins et, dans une étape ultérieure, aux infirmiers. Finalement, en 1996, les kinésithérapeutes français ont été autorisés à prononcer leur propre diagnostic. »
La loi en question n’est toutefois pas explicite quant à la définition du diagnostic. « Ce mot complexe porte à confusion, poursuit M. Gedda, puisqu’il n’a pas une définition médicale ni dans la littérature juridique ni dans la littérature professionnelle. »
Quelle différence peut-on donc établir entre un diagnostic médical et un diagnostic kinésithérapique ? « En réalité, il n’existe pas de guerre de territoire, dit-il, parce qu’on ne parle pas de la même chose. Le diagnostic médical traite de la pathologie. Il va donc identifier une fracture, à titre d’exemple. Les conséquences fonctionnelles de cette fracture, et qui touchent à la gestuelle et à l’autonomie du patient, sont traitées par le diagnostic kinésithérapeute. » Ces deux disciplines sont interdépendantes et se complètent.
« La kinésithérapie confronte en réalité deux entités dans son diagnostic : les possibilités physiques, motrices et fonctionnelles d’une part, et le projet personnel du patient avec ses besoins d’autre part », indique M. Gedda, soulignant qu’il est par conséquent difficile de prescrire quantitativement et qualitativement un traitement kinésithérapique avant d’établir le diagnostic qui le justifie.
De la prescription à l’indication
kinésithérapique
« Je pense que le diagnostic thérapeutique entre dans une dimension de responsabilisation des professionnels de santé et dans une ère de partage et de communication », estime M. Gedda.
Le diagnostic invite le kinésithérapeute à assumer sa responsabilité. « Jusqu’à une période récente, les médecins nous disaient comment faire les choses, remarque-t-il. Nous pouvions toujours rejeter la responsabilité sur le médecin, qui fixait même le nombre des séances à faire suivre au patient. »
Ce qui est toujours le cas actuel de plusieurs pays, en l’occurrence le Liban.
« Actuellement en France, on ne parle plus de prescription mais d’indication, signale M. Gedda. Si les médecins souhaitent vraiment préciser un objectif très particulier, ils le mentionnent à l’occasion d’un dialogue. Ce n’est plus une obligation. Cette communication est le début d’un échange entre les deux spécialités. Je ne suis plus contraint de respecter un nombre de séances qui m’est imposé ou les moyens thérapeutiques à adopter. Bien au contraire, je dois me justifier et discuter du cas avec le médecin traitant. »
Et M. Gedda de conclure : « Tout professionnel devrait être conscient des limites que lui impose sa profession et doit, par conséquent, être capable de minimiser ses propres risques. C’est une liberté qu’il faut donc assumer, comme toute autre liberté. »
La question qui se pose à ce niveau est celle de savoir si les physiothérapeutes actuellement en service au Liban sont prêts à porter un tel poids de responsabilisation à l’égard de leur profession.
« En 2004, l’OPTL a déjà soumis au gouvernement libanais un projet de loi réclamant les mêmes droits et principes que ceux accordés à nos collègues français , note M. Georges Boueiri, ancien président de l’OPTL. Jusqu’à présent le projet de loi n’a pas été approuvé à la Chambre. »
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