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Actualités - Opinion

ÉCLAIRAGE Cette semaine, la Syrie a un premier rendez-vous avec son destin

Si les États-Unis et (donc) le monde ont eu leur 11 septembre en 2001, le Liban, la Syrie et, dans une moindre mesure, le Proche-Orient ont eu le leur en 2005, c’était le 14 février dernier. Et c’est cette semaine qu’aura lieu une (des plus sérieuses) réplique(s) de ce gigantesque séisme, qui connaîtra un premier aboutissement avec la publication du rapport Mehlis. Lieu du mini-tremblement de terre : les rives du Barada. Qui accueilleront avec toutes les appréhensions et les crampes du monde, dans trois ou quatre jours, l’inexorable juge allemand. Detlev Mehlis arrivera à Damas armé jusqu’aux dents. Tout le monde le savait depuis plusieurs jours, et le très sérieux et très crédible intelligence.online a confirmé ce secret de Polichinelle qui continue de faire jaser dans tous les salons : Rafic Hariri, malgré sa répugnance, dit-on, à user de telles méthodes, portait sur lui un stylo enregistreur lors de son dernier et ultrabref entretien avec Bachar el-Assad. Ce stylo, qui lui a été remis, après les conseils avisés de son ami Jacques Chirac, par la DGSE, l’équivalent français de la CIA, est une mini-bombe à lui tout seul : « Il serait utile que tu saches que (le mandat de) Lahoud sera prorogé, quoi qu’il arrive. Et je ne te permettrai pas de le changer par quelque personne que ce soit. Tu dois comprendre que je suis capable de détruire le Liban et toi avec – et si je suis obligé de quitter le Liban, je n’y laisserai que ruines. Ton allié Walid Joumblatt doit savoir également quel destin l’attend. » Fin de l’enregistrement. Le stylo a rempli sa mission, et trois copies de ce phénoménal indice audio ont été envoyées aux présidents français Jacques Chirac, américain George W. Bush et pakistanais Pervez Musharraf. Mais il n’y a pas que ça. Detlev Mehlis se rendra à Damas avec, dans ses bagages, toujours selon intelligence.online, des empreintes digitales recueillies dans un appartement beyrouthin qui aurait servi à préparer l’attaque contre le convoi de Rafic Hariri, ainsi que des enregistrements de conversations téléphoniques recueillies à partir d’une base britannique à Chypre. Sans compter des indices indiscutables que le magistrat allemand a pu obtenir pour étayer les révélations que lui a faites à deux reprises aux bords du lac Léman un transfuge des renseignements militaires syriens, Mohammed Safi – un véritable détonateur : cet homme aurait permis à l’enquête Mehlis de faire des bonds de géant. Mais il y a encore plus. Selon le quotidien koweïtien al-Qabas, le procureur réserve à la Syrie une micro-bombe nucléaire en cas de refus de sa part de coopérer effectivement, malgré tout ce que rabâchent les médias syriens officiels : une conférence de presse où il balancerait sans états d’âme aucuns les noms, tous les noms, des « suspects » – suspects, pas témoins – syriens dans l’assassinat de Rafic Hariri. Sans compter que Damas aura réellement fort à faire avec le personnage Mehlis, et sa redoutable connaissance de la psychologie humaine. Lui qui, selon le New York Times, déteste le tout noir ou tout blanc, auquel il préfère l’ensemble des variations de gris ; lui qui n’aime rien d’autre que développer une relation personnelle avec les suspects, « essayer de savoir ce qu’ils ont fait et pourquoi ils l’ont fait », Mehlis qui, lorsqu’il hérite d’une mission, « y va jusqu’au bout », Mehlis enfin qui a trouvé dans l’attentat du 14 février ce qui ressemble à s’y méprendre à l’affaire de sa carrière, son climax. Le plafond est dangereusement en train de baisser et risque bientôt de toucher le plancher. Toujours selon al-Qabas, une fois le rapport Mehlis publié, des raids aériens contre des camps d’entraînement terroristes en Syrie seraient prévus par les États-Unis et leurs alliés. Mais il y a le pire, pour Damas : l’avenir du régime baassiste en général, celui de Bachar el-Assad en particulier. Al-Siyassa a évoqué ces derniers jours l’existence d’un « scénario arabo-international visant à changer, dans le calme et avec le moins de dommages collatéraux possibles, le régime en Syrie ». Et les sources citées par le quotidien koweïtien affirment que Washington, Paris et Londres se seraient déjà mis d’accord sur le nom du successeur, « pendant une période transitoire », de Bachar el-Assad, « qui renoncera au pouvoir et quittera la Syrie, écoutant ainsi les conseils de la quasi-totalité des dirigeants arabes avec lesquels il est entré en contact ». Le nom de ce successeur, ultralibéral, partisan acharné des réformes tous azimuts, pro-occidental, Abdallah Dardari, l’actuel vice-Premier ministre syrien pour les Affaires économiques, ramené en 2000 par… Bachar el-Assad. Sans oublier des informations selon lesquelles l’épouse (détentrice de la nationalité britannique) du président syrien, Asma, serait déjà installée avec enfants et « quatorze malles » chez son frère à Londres. Sans oublier surtout l’escale familiale à Paris qui s’éternise du beau-frère du n° 1 syrien, le très controversé et très SR Assef Chawkat, qui serait soit en train de négocier un deal avec les Français en faveur du frère de sa femme, soit d’essayer de les convaincre de l’infondé des révélations de Safi. Soit les deux. Paris où se sont également (durablement ?) installés Abdel-Halim Khaddam, un intime de feu Rafic Hariri, ainsi que le toujours surprenant Hekmat Chéhabi. Sans compter l’opposition syrienne qui prépare un congrès élargi à Paris. Bref. En un mot comme en cent, cette semaine s’annonce cruciale pour la Syrie. Avec, en toile de fond, l’attentat de Jeitaoui (qu’elle y soit impliquée ou non n’y change rien), la suite des aveux du quartette de Roumieh, et, sans doute, de nouvelles arrestations à Beyrouth. Il est des séismes qui ne pardonnent pas – qui ne peuvent simplement pas pardonner. Ziyad MAKHOUL
Si les États-Unis et (donc) le monde ont eu leur 11 septembre en 2001, le Liban, la Syrie et, dans une moindre mesure, le Proche-Orient ont eu le leur en 2005, c’était le 14 février dernier. Et c’est cette semaine qu’aura lieu une (des plus sérieuses) réplique(s) de ce gigantesque séisme, qui connaîtra un premier aboutissement avec la publication du rapport Mehlis. Lieu du mini-tremblement de terre : les rives du Barada. Qui accueilleront avec toutes les appréhensions et les crampes du monde, dans trois ou quatre jours, l’inexorable juge allemand.
Detlev Mehlis arrivera à Damas armé jusqu’aux dents.
Tout le monde le savait depuis plusieurs jours, et le très sérieux et très crédible intelligence.online a confirmé ce secret de Polichinelle qui continue de faire jaser dans tous les salons : Rafic Hariri, malgré...