Le premier pas accompli par le président Bush pour faire amende honorable après le désastre du cyclone Katrina, assorti de mesures volontaristes, laisse persister des interrogations sur sa capacité à reprendre le dessus.
aSalué jusque dans l’opposition démocrate, le discours à la nation prononcé jeudi soir par George W. Bush dans une Nouvelle-Orléans crépusculaire et déserte est assuré de faire remonter de quelques points sa cote de popularité, estime le professeur de sciences politique Larry Sabato. « Mais ce n’est en aucun cas la fin de ses ennuis », ajoute cet enseignant de l’Université de Virginie, interrogé par l’AFP. « Un discours n’est qu’un discours, c’est le suivi qui compte, et ce suivi va être extrêmement coûteux et difficile », ajoute-t-il.
M. Bush, assumant sa responsabilité pour les erreurs commises dans la gestion du désastre, a promis jeudi soir un réexamen complet de toutes les procédures visant à faire face à des situations d’urgence, catastrophes naturelles ou attentats, et s’est engagé à lancer un effort de reconstruction sans précédent dans le Sud dévasté par Katrina.
Il faut encore trouver un moyen de « remplacer toutes les images de ce qui n’a pas fonctionné par des images de choses qui fonctionnent, les gens vont vouloir voir de vrais résultats », a expliqué à l’AFP M. Corbin. Selon lui, « la reconstruction doit commencer dès que possible, il faut rouvrir la ville (de La Nouvelle-Orléans), il faut que les employés du bâtiment déferlent sur la région ». « Après le 11 septembre, une des images restées dans l’esprit des Américains, c’est les travaux après l’effondrement des tours (du World Trade Center), et (...) cela suffisait à faire sentir aux Américains qu’on allait de l’avant », explique encore ce professeur.
Deux semaines et demie après le cyclone, la popularité du président, déjà au plus bas avant Katrina sous l’effet notamment des difficultés persistantes en Irak, s’est encore dégradée. Un sondage pour le Wall Street Journal et la chaîne de télévision NBC publié jeudi a notamment montré que 55 % des personnes interrogées désapprouvent la politique générale du président Bush contre 40 % qui l’approuvent.
Pour le Washington Post d’hier, si le discours « portait sur la reconstruction de La Nouvelle-Orléans et de la côte du golfe (du Mexique), en lisant à travers les lignes, il s’agissait de la reconstruction d’une présidence tombée à son point le plus bas et confrontée à d’énormes défis simultanés tant à l’intérieur qu’à l’étranger, avec en outre un pays divisé politiquement et racialement ».
David Gergen, ancien conseiller des présidents Nixon, Ford, Reagan et Clinton, a justement salué la reconnaissance par M. Bush du facteur aggravant qu’a été la pauvreté dans le désastre Katrina, des milliers de personnes n’ayant pu être évacuées faute de moyens. « Cette pauvreté a ses racines dans une histoire de discrimination raciale, qui a exclu plusieurs des générations des chances qu’offre l’Amérique », a dit M. Bush jeudi. « Je crois que c’est la première fois que le président évoque » ce problème, a relevé M. Gergen sur CNN.
En revanche, M. Bush a laissé de côté les soucis d’intendance : il n’a pas chiffré l’effort fédéral, ni annoncé comment il serait financé, alors que les partisans de l’orthodoxie financière, jusque dans son propre parti républicain, commencent à s’inquiéter des dépenses à fonds perdus. « Il a négligé de lancer un appel aux sacrifices », s’inquiète aussi M. Sabato, qui souligne que l’Administration s’apprête « à entasser 200 milliards de dollars de dettes sur une dette publique qui est déjà énorme ».
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