Rechercher
Rechercher

Actualités - Opinion

Emballage cadeau de grands principes pour une trêve purement tactique

Ils sont trop verts, dit-il… Comme le renard de la fable, et la saison s’y prête, les ex-opposants n’arrivent toujours pas à sauter assez haut pour happer les raisins de la treille. Et ils se consolent comme ils peuvent, en s’affublant de la toge du désintéressement. C’est la quatrième ou la cinquième fois, en un an, qu’une campagne pour la démission du chef de l’État se trouve soufflée un beau matin, comme ces bougies que le Libanais rationné se remet à empiler dans le placard à balais. Tout comme un état-major militaire parle de simple repositionnement quand il est obligé de battre en retraite, les héros d’hier, les hérauts de la majorité parlementaire, couvrent leur recul sous un tombereau d’arguments ronflants, plus ou moins factices. À les en croire, la trêve est justifiée par la haute et impérative nécessité de conforter la scène locale face aux périls qui la menacent. Brusquement, après avoir si longuement flingué, comme on dit familièrement, la minorité et l’opposition, sans oublier de se tirer dans les pattes, brandissent l’étendard d’un pacifisme inébranlable. Au nom, jurent-elles, la main sur le cœur, de la préservation des grands principes nationaux, comme la coexistence, la cohésion interne, voire l’unité nationale. Et l’esprit du 14 mars. Omettant au passage que ce même esprit commande un balayage, un changement de système. Ce qui, évidemment, ébrèche un peu la notion d’unanimisme puisqu’il faut être au moins deux, et bien séparés, pour faire une bataille. En fait, sous la langue de bois perce la légitime inquiétude de voir se disloquer l’unité non pas nationale mais de la majorité. Sans compter le souci de ne pas se retrouver en confrontation avec le nouveau centre, si l’on peut dire, constitué du duo Amal-Hezbollah. Complotite Ces appréhensions, que souligne l’un des députés de la majorité, ont évidemment un lien avec l’enquête de la commission internationale. Ou, plus exactement, avec les retombées politiques diverses de ses prochaines conclusions. Ce qui signifie d’abord, si l’on veut prendre l’exacte mesure des choses, que l’affirmation de la nécessité de respecter le cours de la justice, de ne pas l’exploiter politiquement, couvre en réalité un besoin pressant de prévenir de redoutables bras de fer ultérieurs. Comme on sait, on ne peut pas négocier quand le canon tonne. Il faut donc calmer le jeu. C’est ce qui se fait. Et c’est ce qui permet de multiplier les concertations, les tractations, en coulisses. Au-delà des considérations politiciennes ou politiques, qui existent certes, il faut reconnaître que cet effort de recollection est éminemment louable. Dans la mesure où il cherche à éviter la radicalisation et la dangereuse confessionnalisation des conflits latents. Bien entendu, ce qu’on dit surtout à l’opinion, c’est qu’il faut se méfier des complots ourdis par des parties étrangères qui tentent de diviser les Libanais. Les sources majoritaires affirment en effet que ces parties propagent à dessein des fuites informationnelles, pour provoquer des remous et attiser les tensions intérieures. Bref, c’est la suspension d’armes. Et d’activités ou de projets politiques. Ainsi, il n’est plus question, pour le moment, de ces nouveaux partis, blocs ou fronts, dont on entendait parler ici ou là. Boutros Harb indique ainsi qu’actuellement le climat ne se prête pas à de telles innovations et qu’il vaut mieux attendre Mehlis. Dont le rapport va sans doute entraîner ipso facto un nouveau tableau politique dans le pays. Dès lors, la priorité est donnée aux contacts dits d’apaisement. Qui permettent d’ailleurs à certaines forces de mieux affûter leurs armes. On sait ainsi, et ils ne s’en cachent pas, que les joumblattistes pensent qu’après le rapport Mehlis, il deviendrait infiniment plus facile de redonner l’assaut au régime. D’autant que les relances actuelles, comme la visite de leur leader à sayyed Hassan Nasrallah, permettent de s’assurer qu’il n’y aurait pas d’opposition marquée ni de soutien massif au contingent présidentiel. D’une manière globale, les stratèges de la majorité plurielle se fixent comme objectif de préparer, en profitant de la trêve, un large consensus au sujet des étapes à venir. Ce qui sous-entend qu’on est en train d’essayer de mettre au point un scénario permettant au régime de sauver la face. Après quoi, on attendrait de lui qu’il se fasse oublier. En d’autres termes, et le marché est classique, le président de la République se retirerait avec les honneurs, moyennant quoi il ne ferait plus de politique. Précautions Cet accord devrait en outre protéger la majorité d’éventuelles mauvaises surprises, par rapport à ses propres pulsions conflictuelles internes. On sait en effet, et ils le reconnaissent, que pour plusieurs questions importantes, les joumblattistes, les haririens, les gens de Kornet Chehwane ou les FL sont loin de penser la même chose. On peut citer dans ce cadre, et pour commencer, la prochaine présidentielle. Certes, Hariri, Joumblatt et le duo Amal-Hezbollah ont fini par convenir qu’il faut laisser aux chrétiens le droit de dire leur mot. Mais on voit mal les uns ou les autres se résigner si le choix premier qui leur serait présenté devait beaucoup trop leur déplaire. Alors, sans trop le crier sur les toits, beaucoup d’éléments défendent dans les salons ce qu’ils appellent le droit de veto. En soulignant au passage que pour éviter d’y avoir recours, le mieux c’est que dès le départ la majorité et ses alliés électoraux chiites soient associés en tant qu’observateurs-commentateurs à la procédure de sélection. Une idée comme ça est en l’air, mais les sympathisants de Bkerké la rejettent. En répétant avec le patriarche qu’après tout, les chiites ont imposé la réélection de Berry sans tenir compte de l’avis des autres, généralement hostiles à un retour qui brise la chaîne du changement. En tout cas, des modérés conseillent, pour conforter l’apaisement, qu’on n’évoque pas avec trop d’insistance le mouvement du 14 mars. Pourquoi ? Parce qu’à leur avis, cela inciterait naturellement la partie d’en face à se coaguler autour du souvenir de son 8 mars à elle. Et il y aurait deux camps en présence, avec risque d’affrontement. Alors qu’il vaut mieux travailler sur l’entente nationale, à partir de dénominateurs communs. Le voyage Pour ces sources, il vaut donc mieux ne pas trop pinailler, ne pas perdre son énergie en vaines escarmouches. Ce qui signifie qu’à leur avis, le voyage présidentiel à New York, il ne faut pas en faire tout un plat. D’autant que selon eux, les deux mots que le président va prononcer, au sommet et à l’Assemblée générale, ne vont pas lui apporter grand-chose. Au contraire même, toujours à leur avis, il faut le laisser faire en souriant, car il va commettre une erreur. Du fait qu’à New York tout le monde, c’est le mot, va le regarder à travers le prisme de l’enquête internationale, qui fait grand bruit, sur l’assassinat du président Rafic Hariri. Surtout après l’arrestation de quatre généraux, dont son propre chef de garde, considérés comme constituant son staff politico-sécuritaire. Ces sources se demandent comment le chef de l’État réagirait, à l’ONU, à des questions embarrassantes qui lui seraient posées. De plus, les Américains le boudent, et à New York, ils ne vont pas lui parler. Aux demandes libanaises d’audience à la Maison-Blanche ou à New York, il a été répondu, diplomatiquement, que l’agenda de Bush, et des autres, est trop chargé. Le temps de la visite de Rice à Baabda est déjà loin, à cause des progrès de l’enquête Mehlis. Ainsi, l’ambassadeur Feltman ne se rend plus à Baabda. La semaine dernière, il a accompagné des parlementaires de son pays chez Berry et chez Siniora, mais pas chez le président Lahoud. Interrogé en privé par un politicien local sur ce camouflet évident, le diplomate a répondu qu’il avait reçu des instructions. Et sur Rice, il a soutenu, toujours en privé et off record comme on dit, que sa démarche à Baabda était en fait un message fort adressé à la Syrie, qu’elle ne pouvait évidemment pas visiter, et non pas un renflouement du régime libanais. Il reste à savoir si Siniora va être du voyage. Philippe ABI-AKL
Ils sont trop verts, dit-il… Comme le renard de la fable, et la saison s’y prête, les ex-opposants n’arrivent toujours pas à sauter assez haut pour happer les raisins de la treille. Et ils se consolent comme ils peuvent, en s’affublant de la toge du désintéressement. C’est la quatrième ou la cinquième fois, en un an, qu’une campagne pour la démission du chef de l’État se trouve soufflée un beau matin, comme ces bougies que le Libanais rationné se remet à empiler dans le placard à balais. Tout comme un état-major militaire parle de simple repositionnement quand il est obligé de battre en retraite, les héros d’hier, les hérauts de la majorité parlementaire, couvrent leur recul sous un tombereau d’arguments ronflants, plus ou moins factices. À les en croire, la trêve est justifiée par la haute et...