L’appel du pape copte Chenouda III à voter pour le président égyptien Hosni Moubarak fait grincer les dents des réformistes de la minorité chrétienne, mais la majorité des fidèles semble lui donner raison.
Avant d’entreprendre un voyage aux États-Unis, le patriarche a multiplié les déclarations hagiographiques en faveur du président Moubarak, le qualifiant « de personnage remarquable » et de « leader épris de sagesse et de tolérance ». Toute la hiérarchie de cette église qui compte officiellement 6 millions de fidèles, et 10 millions, selon elle, sur 72 millions d’Égyptiens, lui a emboîté le pas.
Ainsi, dans certaines paroisses, comme dans l’église de la Vierge Marie, à Matariya, une banlieue populaire du Caire, des vade mecum pour aller voter le 7 septembre y sont distribués, frappés de l’effigie de Hosni Moubarak.
« Le pape nous dit de voter pour Moubarak, il sait qu’il est bon pour nous », affirme le père Salib, à l’église d’Om el-Misriin dans le quartier de Giza. À Manchieyet el-Sadr, un autre quartier populaire, Sobhi et Shoukri, les gardiens de l’église Saint-Georges, clament leur soutien au chef de l’État car « il sait tenir le pays », ce qui pour eux signifie qu’il fait barrage aux débordements islamistes.
Un jeune ingénieur copte du Caire, Bassem Refaya, votera aussi pour le raïs, car « le pays n’est pas prêt pour un révolutionnaire comme Ayman Nour », le candidat le plus virulent contre le chef de l’État. Selon lui, les coptes voteront pour Moubarak « parce que les autres candidats (tous musulmans, comme l’exige la Constitution) pourraient être moins tolérants ».
En dents de scie depuis les années 70, les relations entre les coptes et le régime sont aujourd’hui plus apaisées. En janvier, le président Moubarak a souligné que « le chrétien n’est pas minoritaire en Égypte, c’est un Égyptien d’origine et de sang ». Des heurts sanglants entre coptes et musulmans surviennent cycliquement en Haute-Égypte. De plus, des rumeurs de conversions forcées de jeunes filles coptes, relayées par la presse locale, enflamment périodiquement les deux communautés.
Mais l’appui inconditionnel de Chenouda III au président Moubarak suscite aussi de vives critiques au sein de la plus importante communauté chrétienne d’Orient.
Mounir Abdel Nour, l’un des deux seuls coptes parmi les 454 membres du Parlement, condamne la démarche du patriarche : « C’est un religieux, il peut avoir des opinions politiques mais ne peut en aucun cas les imposer à ses dix millions d’ouailles. » Aujourd’hui, « c’est le grand flirt entre le pouvoir et l’Église copte », déplore M. Nour, un des chefs du Wafd (opposition), le plus ancien parti égyptien qui fait figurer dans son emblème le croissant et la croix, les symboles de l’islam et de la chrétienté.
Pour le chercheur copte, Kamal Zakhar, « les déclarations du pape sont contraires à la démocratie ». « S’il agit comme cela, c’est par peur du régime », a-t-il estimé.
« Il est inacceptable qu’une institution religieuse prenne position en politique », dénonce également Gamal Assad, un ex-député copte, dans le quotidien indépendant Nahdet Misr. « Il est interdit d’utiliser la religion dans le processus électoral », ajoute-t-il.
Les rebelles de l’Église sont toutefois punis par leur hiérarchie. Un prêtre d’une église proche des Pyramides, Flobatir Gamil, avait pris parti pour le candidat du Ghad (opposition) Ayman Nour. Il a été suspendu pour un mois et demi, et ne pourra reprendre sa place en chaire qu’après l’élection.
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Avant d’entreprendre un voyage aux États-Unis, le patriarche a multiplié les déclarations hagiographiques en faveur du président Moubarak, le qualifiant « de personnage remarquable » et de « leader épris de sagesse et de tolérance ». Toute la hiérarchie de cette église qui compte officiellement 6 millions de fidèles, et 10 millions, selon elle, sur 72 millions d’Égyptiens, lui a emboîté le pas.
Ainsi, dans certaines paroisses, comme dans l’église de la Vierge Marie, à Matariya, une banlieue populaire du Caire, des vade mecum pour aller voter le 7 septembre y sont distribués, frappés de l’effigie...