Sur le plan clinique, la personne déprimée voit tout en noir. « Cette noirceur ou cette bile noire résulte de l’atteinte fondamentale de l’humeur, explique le Dr Chawki Azouri. Habituellement, l’être humain est d’une humeur soit euphorique, soit dépressive, soit stable. Lorsqu’on est d’une humeur euphorique, on voit que tout est beau. On se sent puissant et on a envie de tout faire. On parle alors d’une humeur expansive, maniaque ou hypomaniaque. À l’inverse, la personne déprimée est triste et les idées ou les tentatives de suicide s’inscrivent dans cette vision du monde que le sujet a et qui se résume par une seule question : “À quoi ça sert de vivre ?” Les idées et les tentatives de suicide émanent de cet état d’âme. »
Du point de vue psychopathologique, la personne déprimée intériorise en elle ce qu’elle a perdu : un objet d’amour, un être cher, un idéal, un projet, un rêve… « La dépression nous permet de faire face à la perte. » On tend donc à garder ce qu’on a perdu, en l’intériorisant en soi. « Mais le déprimé réalise progressivement qu’il l’a vraiment perdu, constate le Dr Azouri. Il y a donc un phénomène interne de lutte entre soi et l’objet qu’on a mis en soi. Cette lutte interne, appelée aussi conflit d’ambivalent, c’est-à-dire d’amour et de haine, détruit la personne de l’intérieur et lui fait perdre toute son énergie. Prise dans cette logique de l’amour-haine, le déprimé se dit : “À quoi bon vivre, je tue l’autre en moi et je me tue avec lui”. C’est une logique mélancolique. »
Tout être humain est sujet, à un moment ou à un autre de sa vie, à la dépression, « ce qui est parfaitement normal ». « C’est la raison pour laquelle nous ne devons pas avoir peur de la dépression, d’autant que de nos jours, il est possible de soigner cette maladie sur les plans psychopharmacologique et psychothérapeutique, insiste le Dr Azouri. Il ne faut pas avoir honte de la dépression. C’est une forme de deuil et un état normal dans l’existence d’un individu. »
La dépression se manifeste par quatre symptômes : inhibition psychomotrice et aboulie (disparition de l’envie de bouger), anorexie, insomnie et angoisse. Ces symptômes peuvent s’accompagner d’idées ou de tentatives de suicide. « Les antidépresseurs agissent tous sur les symptômes dépressifs, avec une certaine électivité, signale le Dr Azouri. Ils agissent au niveau de la sérotonine, un des neurotransmetteurs cérébraux, en élevant de nouveau son niveau dans le sang et par conséquent dans le cerveau. » Ce qui restitue à l’individu son humeur stable.
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