Le président ougandais, Yoweri Museveni, a lancé un pavé dans la mare en déclarant que l’accident de son hélicoptère, qui a coûté la vie le 30 juillet à John Garang, n’était « peut-être pas un accident », et l’absence de preuves laisse circuler différentes hypothèses ou spéculations. L’accident intervient à un « moment critique », selon une source à l’ONU : six mois après la signature de l’accord historique entre l’ex-armée rebelle et Khartoum, qui a mis fin à près de 22 ans de guerre, et trois semaines seulement après que M. Garang eut pris ses fonctions de Premier vice-président du Soudan, conformément à l’accord.
Dès le début, le Mouvement populaire de libération du Soudan (SPLM) de M. Garang a évoqué un « tragique accident ». Cependant, de nombreux Soudanais du Sud ne croient pas à la thèse de l’accident, accusant Khartoum et les opposants au processus de paix d’avoir pu causer le crash. C’est l’origine des émeutes meurtrières entre Sudistes et Nordistes, la semaine dernière, dans la capitale soudanaise et dans plusieurs villes du Sud.
Le successeur de M. Garang à la tête du SPLM et comme Premier vice-président du Soudan, Salva Kiir, a lui-même accusé les « ennemis de la paix de profiter de l’occasion pour ne pas permettre la paix ».
Une autre hypothèse circule : des rebelles de la rébellion ougandaise de l’Armée de résistance du seigneur (LRA) auraient abattu l’hélicoptère, croyant qu’il transportait M. Museveni, contre qui ils se battent depuis 1988. La LRA opère dans le nord de l’Ouganda mais dispose de bases dans le sud du Soudan, de l’autre côté de la frontière.
Enfin, dernière supposition : un acte de sabotage par des membres du Mouvement populaire de libération du Soudan (SPLM) de M. Garang, traversé par différents courants. M. Garang était accusé de diriger son mouvement de façon autoritaire : en 22 ans d’existence, la SPLA n’a tenu qu’une convention, en 1994. En décembre dernier, une réunion de crise a été organisée à Rumbek, pour discuter de ces dissensions. Deux groupes se sont affrontés, celui de M. Garang, l’autre derrière M. Kiir et d’autres. « Salva Kiir n’a pas réussi à s’imposer », explique un professeur d’université soudanais, Francis Deng, en poste au États-Unis, ajoutant toutefois immédiatement, pour couper court à toute autre spéculation : « Comploter n’est pas son genre, la trahison ne fait pas partie de son caractère . »
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