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Et si les colons tiraient profit du retrait...

Pendant des décennies, le mouvement des colons a constitué une force puissante dans la vie politique israélienne. Il n’est pas certain pourtant que le retrait de la bande de Gaza provoque son affaiblissement durable. Aux termes du plan de désengagement promu par le Premier ministre, Ariel Sharon, les 8 500 colons juifs répartis dans les 21 implantations de la bande de Gaza seront évacués, de même que quatre des 120 colonies de Cisjordanie. À coup sûr, le retrait de Gaza est un revers pour les partisans de la colonisation des « terres bibliques » d’Israël, longtemps soutenus et favorisés par Sharon. « Si le désengagement se passe comme prévu, en effet, l’idée d’un Grand Israël est une idée morte », commente Gadi Taub, de l’Université hébraïque de Jérusalem en utilisant une expression inventée par la droite israélienne pour englober toutes les terres sous mandat britannique après la Première Guerre mondiale. « C’est un processus que nul ne peut stopper une fois qu’il est engagé. C’est comme si la France ne s’était retirée que de la moitié de l’Algérie (en 1962) », assure-t-il. Divorce avec l’opinion publique israélienne Le mouvement des colons trouve son origine dans l’immigration sioniste du XIXe et du début du XXe siècles, dont l’arrivée a contribué à la création de l’État juif dans les frontières reconnues par les Nations unies après la Seconde Guerre mondiale. Vingt ans plus tard, la victoire israélienne lors de la guerre des Six-Jours (1967) l’a relancé. L’affirmation de droits « bibliques » sur ces terres situées au-delà de la « ligne verte » tracée par l’Onu et la volonté stratégique de certains « faucons », dont Sharon, de doter Israël d’un rempart face aux ennemis arabes ont alimenté l’implantation de colons en Cisjordanie. Et les campements improvisés du début des années 1970 se sont progressivement organisés et aménagés pour former les quelque 140 implantations juives actuelles de Cisjordanie, où vivent plus de 240 000 personnes. À l’origine, la perspective de logements à prix réduit et de réductions fiscales l’emportait sur l’idéologie. Mais le noyau dur du mouvement des colons a conservé ses racines nationalistes et religieuses et se voit en « Bloc des croyants ». Le processus d’Oslo, la signature des accords intérimaires de paix israélo-palestiniens et le transfert sous administration palestinienne de villes de Cisjordanie et de la bande de Gaza ont remis en question dans les années 1990 le mouvement d’implantations. Cependant leur croissance s’est accélérée, leur population doublant dans les dix ans qui ont suivi. L’éclatement de la seconde intifada, en 2000, a valu aux colons un regain de sympathie aux yeux de l’opinion israélienne. « Mais l’opinion publique israélienne ne s’identifie pas vraiment à eux, et, surtout, les colons sont seuls. Ce n’est pas seulement la sympathie qu’ils demandent, ce qu’ils veulent, c’est un soutien de l’opinion publique à leur cause, et ça, ils ne l’ont pas », analyse Michael Feige, sociologue à l’Université Ben-Gourion du Néguev. Le plan Sharon, majoritairement soutenu par la population israélienne, a accentué cette division. Cela dit, au-delà du retrait de Gaza qui ne concerne finalement qu’un très faible nombre de colons, le gouvernement n’a aucun projet similaire en réserves. « En fait, le retrait pourrait les renforcer », estime même Akiva Eldar, éditorialiste au quotidien Haaretz, marquée à gauche, qui s’attend comme d’autres observateurs à ce que Sharon imprime un virage à droite à sa politique d’ici aux prochaines élections prévues pour 2006 ou 2007. Si le retrait de Gaza se passe mal, s’il s’accompagne d’images traumatisantes, il sera en outre difficile pour tout gouvernement israélien à venir d’envisager des initiatives similaires portant sur les 96 % de colons que ne concerne pas le plan Sharon. Le Premier ministre israélien a d’ores et déjà indiqué qu’on ne toucherait pas aux grands blocs d’implantation de Cisjordanie. Il souligne aussi que le retrait de Gaza, qu’il présente comme un moyen de désengager Israël du conflit avec les Palestiniens, ne signifie pas la reprise des négociations de paix et que la relance de ces dernières dépend du démantèlement par l’Autorité autonome des groupes armés. « À court terme, il y aura peut-être un déclin (du mouvement des colons) », relève Uri Ariel, un député d’extrême droite qui s’est installé dans la bande de Gaza. « Je ne veux pas dire que cela n’est pas mauvais pour nous, mais de là à prétendre que c’est un coup mortel ? La construction des colonies se poursuivra. » Allyn FISHER-ILAN/Reuters

Pendant des décennies, le mouvement des colons a constitué une force puissante dans la vie politique israélienne. Il n’est pas certain pourtant que le retrait de la bande de Gaza provoque son affaiblissement durable.
Aux termes du plan de désengagement promu par le Premier ministre, Ariel Sharon, les 8 500 colons juifs répartis dans les 21 implantations de la bande de Gaza seront évacués, de même que quatre des 120 colonies de Cisjordanie.
À coup sûr, le retrait de Gaza est un revers pour les partisans de la colonisation des « terres bibliques » d’Israël, longtemps soutenus et favorisés par Sharon. « Si le désengagement se passe comme prévu, en effet, l’idée d’un Grand Israël est une idée morte », commente Gadi Taub, de l’Université hébraïque de Jérusalem en utilisant une expression inventée par la...