Plus d’une semaine après une réévaluation historique, la Banque centrale chinoise est de nouveau confrontée à la spéculation sur une nouvelle hausse du yuan, en dépit de ses assurances qu’aucun projet n’existe en ce sens.
Après plus d’un an de pression intense de la part des États-Unis, qui accusaient la sous-évaluation du yuan de déséquilibrer leurs échanges avec la Chine, Pékin a relevé le 21 juillet le taux de change sa monnaie de 2,1 % par rapport au dollar.
Le lien qui la liait depuis onze ans au seul billet vert a aussi été abandonné, au profit d’un panier de devises à la composition non dévoilée.
Le yuan s’échange désormais dans un fourchette très étroite autour de 8,11 pour un dollar, contre 8,28 pour un auparavant.
Le nouveau système de changes est censé refléter davantage l’offre et la demande, mais observateurs et marchés restent sceptiques.
Le gouverneur de la Banque centrale, Zhou Xiaochuan, a promis que des détails sur le fonctionnement du nouveau mécanisme seraient bientôt rendus publics, mais sans s’engager sur une date.
« La réévaluation de 2 % n’a pas calmé, mais seulement intensifié les spéculations sur une (autre) réévaluation », a déclaré dans un colloque Zhang Shuguang, économiste et ancien membre de l’Académie chinoise des sciences sociales.
La Banque centrale a tenté de contrer mardi ces mouvements en déclarant que « l’ajustement de 2,1 % ne signifie pas que l’appréciation du taux de change du yuan est un premier pas et qu’il y en aura d’autres ».
Mais en dépit de ces assurances, la banque JP Morgan prédit toujours une appréciation de la monnaie chinoise de 7,4 % d’ici à la fin de l’année.
« La Banque centrale doit gérer les attentes en contrôlant le rythme de l’appréciation du yuan », a estimé pour sa part Ma Jun, économiste de la Deusche Bank à Hong Kong.
À la fin de la semaine, la monnaie chinoise s’échangeait à 8,1056 par rapport au dollar, soit 0,04 % en hausse par rapport à son nouveau cours pivot.
Mais pour empêcher le yuan se s’apprécier fortement, la Banque centrale a dû intervenir sur le marché des changes.
Par rapport au billet vert, sa nouvelle marge de fluctuation est de 0,3 % vers le haut et vers le bas, mais les autorités ne veulent pas l’utiliser pleinement dans l’immédiat, selon les analystes.
Le nouveau système ressemble donc pour l’instant fortement à l’ancien, lorsque le yuan évoluait dans une bande très étroite de 8,276 à 8,28 pour un dollar.
Selon certains observateurs, la Banque centrale était pour une réforme plus radicale, mais les dirigeants du pays, pour lesquels la stabilité est le maître mot, n’y sont pas favorables.
Chez les tenants du pouvoir, « la balance penchait fortement pour un petit ajustement », selon Fred Hu, de la banque Goldman Sachs.
Mais une telle prudence a aussi ses inconvénients. Les capitaux spéculatifs affluent dans l’attente d’une hausse et la Banque centrale doit absorber des devises en émettant soit des yuans, soit des obligations, gonflant la masse monétaire en circulation et créant une pression inflationniste.
Pékin craint toutefois que son système financier soit trop faible et ses outils encore insuffisamment développés pour fonctionner avec des taux de change flottants.
« C’est une période de transition, la Banque centrale doit élaborer des politiques pour aider les entreprises chinoises à s’adapter graduellement à la fluctuation tout en donnant aux banques le temps d’achever leurs réformes », explique Sun Lijian, un économiste de l’Université Fudan de Shanghai.
« Un taux de change comparativement stable du yuan est nécessaire, et il y aura davantage d’interventions du gouvernement », ajoute M. Sun.
À Washington, Chuck Schumer et Lindsey Graham, deux sénateurs américains à l’origine d’un projet de loi pour imposer des droits de douane de 27,5 % à toutes les importations chinoises aux États-Unis, ont déclaré jeudi leur intention de soumettre à nouveau leur texte à un vote du Congrès, après avoir différé cette décision dans l’attente d’une réévaluation.
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