L’apparition de kamikazes nés et élevés en Grande-Bretagne illustre le malaise de certains jeunes de la deuxième génération de l’immigration en Europe occidentale, mêlant difficultés d’intégration et crise d’identité, selon les experts.
Leur malaise est aggravé par le contexte international, la guerre en Irak, l’impasse au Proche-Orient, qu’ils peuvent suivre à loisir sur les télévisions et les sites Internet, selon ces experts.
Les auteurs des attentats du 7 juillet à Londres étaient nés en Grande-Bretagne, dans des familles immigrées, dans des communautés particulièrement mal loties : trois d’entre eux étaient d’origine pakistanaise, le dernier d’origine jamaïcaine. « Les musulmans, pakistanais et bangladeshis, sont au bas de l’échelle d’après tous les indicateurs : réussite scolaire, conditions de logement, emploi, santé », explique Daniele Joly, du Centre de recherches sur les relations ethniques de l’Université de Warwick. Un quart des jeunes d’origine pakistanaise sont sans emploi, alors que le taux de chômage national est de 2,8 %. 45 % des musulmans britanniques en âge de travailler ont un emploi, contre 75 % pour l’ensemble de la population et 60 % pour les minorités ethniques dans leur ensemble, selon les chiffres gouvernementaux.
Les Britanniques originaires des Caraïbes connaissent aussi des difficultés d’intégration, alors que les Indiens, autre groupe important d’immigrés originaires des anciennes colonies britanniques, réussissent au contraire très bien. « En plus de se sentir en marge de la société, les jeunes ont un conflit de génération avec leurs parents. Ils ne savent pas très bien s’ils sont britanniques ou pakistanais, et ont perdu leur identité », explique Tahir Abbas, professeur de sciences sociales à l’Université de Birmingham. « Même s’il y a en Grande-Bretagne une politique forte de lutte contre les discriminations, ils ressentent le racisme et l’islamophobie », ajoute-t-il. « À cela s’ajoute le contexte international de la guerre contre le terrorisme, de la période qui a suivi les attaques du 11 septembre, avec les guerres en Afghanistan et en Irak », explique M. Abbas. « Partout en Europe, on retrouve ce phénomène de la seconde génération des immigrants, chez les Pakistanais en Grande-Bretagne, les Maghrébins en France, les Turcs en Allemagne », ajoute-t-il. « Partout, c’est le même scénario avec des jeunes enfermés dans des ghettos où règnent la pauvreté, des conditions de vie médiocres, des perspectives d’avenir limitées. À cela s’ajoute le contexte mondial qui affecte l’identité de ces jeunes », indique-t-il. Tout ces facteurs créent chez certains jeunes un sentiment de colère. « Les jeunes sont plus idéalistes et s’emportent pour des questions de justice, de violence, c’est un caractère de la jeunesse. L’intervention des États-Unis, partout dans le monde, pour imposer un modèle libéral, la situation au Proche-Orient et en Irak, qu’ils peuvent suivre sur les télévisions ou sur Internet, révoltent particulièrement les jeunes musulmans », estime Daniele Joly. Selon un récent sondage, un quart des Britanniques de confession musulmane comprennent les motivations des auteurs des attentats du 7 juillet qui ont fait 56 morts et 700 blessés à Londres. 6 % ont même estimé que ces attentats étaient justifiés.
Même si plusieurs facteurs contribuent à un malaise des jeunes musulmans britanniques, ils ne suffisent pas à expliquer le passage à l’acte. « Ce sont avant tout des individus fragiles qui basculent, connectés à des groupes qui les endoctrinent. Ils ne sont pas représentatifs de l’ensemble de leur communauté », relève Christophe Bertossi, chercheur à l’Institut français des relations internationales (IFRI).
Catherine FAY de LESTRAC (AFP)
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