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ÉCLAIRAGE - La Syrie tente son hara-kiri en direct

– « Mais qu’il y aille, à Damas, et qu’on en finisse… » – « Qui ? » – « Saad Hariri. » – « Et cela réglerait le problème ? » – « Cela pourrait être un bon début. » – « Sérieusement, tu le vois demander audience à Bachar el-Assad et s’afficher à ses côtés en souriant aux caméras et aux appareils photo ? » – « Peut-être pas, non… » – « Voilà… » Certains instantanés de conversations de salons, de cafés, de rues ont ceci d’édifiant qu’ils sont souvent truffés de bon sens. Le très malin Nagib Mikati l’a dit clairement hier, l’air de ne pas y toucher : la crise à la frontière libano-syrienne a commencé au lendemain de la démission du gouvernement. Son gouvernement. C’est-à-dire lorsqu’il a été évident que le successeur de l’ami du bon docteur Bachar serait un homme de Koraytem. Un ultrahéritier sinon génétique, du moins politique, du président martyr assassiné le 14 février. Bref. Cette crise, cet « inacceptable blocus » a dit hier un Philippe Douste-Blazy qui n’hésite pas, comme l’ensemble des Libanais, à appeler un chat un chat, n’a évidemment rien d’inédit. Ce genre de pratiques coercitives était même monnaie courante avant-guerre, pour un oui ou pour un non. Sauf qu’aujourd’hui, près de trois mois après l’historique retrait syrien du Liban, rien n’est évidemment pareil. Les prétextes avancés par la Syrie – camions « chargés d’explosifs », état des routes, encombrement aux postes frontières, etc. – sont « en apparence sécuritaires, mais il se pourrait qu’il y ait d’autres raisons » cachées, « Dieu sait quoi », a jeté, toujours mine de rien, le même Nagib Mikati. Serait-il en train de mettre publiquement en doute la sincérité des arguments syriens, dans une volonté claire de ne pas prendre, lui, les Libanais et le monde pour d’incurables crétins, ou bien serait-il en train de délivrer un gentil conseil à son successeur ? Ou les deux à la fois ? Peu importe. Parce qu’indépendamment du point de savoir ce qu’attend le régime de Damas en contrepartie de la levée du blocus, force est de constater, les yeux grands ouverts, que la Syrie a cessé de multiplier, notamment depuis le 3 septembre 2004, date de la prorogation du mandat Lahoud, les erreurs de jugement, de tactique, de stratégie. Et de bon sens. Elle est désormais, aujourd’hui, et de plain-pied, dans la faute – la faute grave, décuplée par l’accumulation tous azimuts, et la mutlirécidive. À l’aveuglette. S’engager dans une guerre économique contre le Liban nuit bien entendu au Liban. Beaucoup. Sauf que sur ce même plan économique, la Syrie joue purement et simplement à qui perd gagne. Et risque de s’asphyxier lentement et sûrement. D’autant que sa frontière irakienne est naturellement et totalement impraticable ; la turque inutile à ce niveau, et la jordanienne très opaque. Il n’en faudrait pas beaucoup pour que les autorités libanaises, certes encore très virtuelles, (se) décident à cesser de tendre l’autre joue. Cela a d’ailleurs un peu commencé, ces deux derniers jours, dans le caza de Minié, passage obligé pour les camions syriens, qui ont été arrêtés et fouillés pendant plus de cinq heures par des barrages des forces de l’ordre. Les conséquences sont tout aussi graves sur le plan humain. Retirée du Liban dans des conditions qui n’avaient définitivement rien d’honorables – et c’est elle-même qui a voulu qu’il en soit ainsi –, la Syrie avait fini par atteindre des paroxysmes d’impopularité au Liban. Une impopularité dirigée bien entendu contre le régime de Damas, mais qui a eu des répercussions très négatives entre les deux peuples. Personne n’a oublié les dizaines d’ouvriers syriens agressés au Liban. Et tout cela risque d’être décuplé par la nouvelle – la seule possible ? – guerre d’usure et de pillage que Damas a décidé de livrer contre Beyrouth. Des rumeurs n’ont pas cessé de circuler à propos d’une Libanaise violemment tabassée hier dans un souk en Syrie puis transportée d’urgence dans un hôpital tripolitain, après un échange verbal particulièrement aigre avec un marchand de quatre-saisons. Mais c’est naturellement sur le plan politique que la Syrie risque de payer le prix le plus lourd. Ultramarginalisée par une communauté internationale qui la garde sans relâche dans le top 3 de ses priorités, drastiquement privée de sa carte libanaise, sans compter l’obsédant tic-tac d’un rapport Mehlis qui pourrait lui être fatal, elle se retrouve aujourd’hui de nouveau en plein épicentre du séisme. Officiellement, le communiqué des ministres européens des AE reste dans les limites de la civilité : la Syrie est très cordialement invitée à autoriser la libre-circulation des marchandises avec le Liban, à soutenir le nouveau gouvernement (Émile Lahoud et Bachar el-Assad ont-ils évoqué ce sujet au cours de leur conversation téléphonique d’hier ?), et à promouvoir la stabilité dans la région. Officieusement, une proposition a été émise à Bruxelles. Elle dit en substance que l’accord de partenariat entre l’UE et la Syrie ne sera pas signé tant que cette dernière ne lèvera pas son blocus. Rien, dans cette stratégie syrienne, n’a fonctionné pour l’instant. Et cela a peu de chances de changer. Plus que de présenter sur un plateau d’argent un martinet pour se faire fouetter, la Syrie donne la très nette impression d’être en train d’essayer de se suicider en direct. Le comble, c’est qu’elle semble ne même pas s’en rendre compte. Un peu comme les Libanais d’ici, écartelés entre un cabinet sortant privé de toute marge de manœuvre et un gouvernement introuvable, qui continue de subir de plein fouet à la fois les illuminations maronites aiguës d’Émile Lahoud et l’entêtement obstiné de Koraytem & Co. Ziyad MAKHOUL

– « Mais qu’il y aille, à Damas, et qu’on en finisse… »
– « Qui ? »
– « Saad Hariri. »
– « Et cela réglerait le problème ? »
– « Cela pourrait être un bon début. »
– « Sérieusement, tu le vois demander audience à Bachar el-Assad et s’afficher à ses côtés en souriant aux caméras et aux appareils photo ? »
– « Peut-être pas, non… »
– « Voilà… »
Certains instantanés de conversations de salons, de cafés, de rues ont ceci d’édifiant qu’ils sont souvent truffés de bon sens. Le très malin Nagib Mikati l’a dit clairement hier, l’air de ne pas y toucher : la crise à la frontière libano-syrienne a commencé au lendemain de la démission du gouvernement. Son gouvernement. C’est-à-dire lorsqu’il a été évident que le successeur de l’ami du bon docteur Bachar...