«Je suis un guerrier de l’armée d’Assad », le président syrien Bachar el-Assad, lance un officier syrien en uniforme à bord de la dernière voiture du dernier convoi qui franchit la frontière libanaise, avec un salut de la main auquel nul ne répond. Même si des officiels libanais ont rendu hommage hier aux soldats syriens, la population de la plaine de la Békaa a boudé leur départ, réservant sa joie au retour de l’armée libanaise, après trois décennies de domination syrienne, rapporte Nayla Razzouk, de l’AFP.
Ce n’était pas une journée de grande foule, même si l’occasion était historique. Les derniers soldats syriens ont traversé à bord d’autobus de l’armée le poste-frontière de Masnaa en saluant les quelques dizaines de Libanais qui se trouvaient sur leur route, mais ceux-ci sont restés impassibles à leur passage.
Une fois ces soldats partis, l’ambiance a basculé. Dans la poussière soulevée par les derniers véhicules syriens qui disparaissaient à l’horizon, la foule de Libanais a formé un cercle et dansé la « dabké », faisant flotter le drapeau libanais au vent.
« La Syrie est désormais dehors ! » scandaient-ils, complétant le slogan repris par des centaines de milliers de Libanais qui se sont rassemblés des semaines durant sur la place des Martyrs au cœur de Beyrouth pour réclamer le retrait syrien après l’assassinat, le 14 février, de l’ancien Premier ministre Rafic Hariri.
Au milieu d’un petit groupe, deux femmes voilées brisent avec force une jarre. « C’est une tradition chez nous qui signifie : partez et ne revenez plus », explique l’une d’elles. Rassemblés sur le bord de la route, quelques habitants de Majdal Anjar, localité musulmane sunnite qui jouxte le poste-frontière, sont restés cois au passage des convois syriens. Mais dès leur départ, ils ont envahi la chaussée par dizaines, munis de banderoles en hommage à Rafic Hariri et son fils Saad, désigné pour prendre sa relève.
Debout sur une fourgonnette équipée d’un porte-voix diffusant des chants composés après la mort de Hariri, des jeunes gens scandaient des slogans d’appui à l’opposition libanaise antisyrienne et à Saad Hariri. « Nous sommes contents. Nous fêtons la liberté, la souveraineté et l’indépendance », dit à l’AFP l’un d’eux, Khaled Saleh.
« Nous ne pouvons plus garder le silence : ils nous ont tout pris, nos biens et nos emplois, et dix jeunes gens du village sont portés disparus », lance Itidal Abdel Rahmane, une femme d’une cinquantaine d’années. « Il nous était interdit de demander de leurs nouvelles, et notre joie ne saurait être complète avant d’avoir des informations sur leur sort et d’obtenir leur libération », ajoute-t-elle.
« Nous voulons ta tête, Rustom ! » crie la foule, à l’adresse du général Rustom Ghazalé, désormais ancien chef des puissants services de renseignements militaires syriens au Liban, qui faisaient la pluie et le beau temps au pays du Cèdre.
« Nous ne serons vraiment heureux que lorsque les prisonniers libanais détenus en Syrie seront libérés », renchérit Khaled Saleh. Ce dernier, qui affirme n’appartenir à aucun parti politique mais soutient que son « cœur est avec le courant de Rafic Hariri », insiste sur la nécessité de « juger les officiers syriens responsables de leur arrestation, et à leur tête Rustom Ghazalé ». Il s’engouffre ensuite dans un convoi de quelques voitures, pleines de jeunes arborant des drapeaux libanais, qui ont sillonné les routes du village klaxons bloqués et scandant : « Nous voulons ta tête, Rustom ! » « Nous ne voulons au Liban d’autre armée que l’armée libanaise ! »
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Ce n’était pas une journée de grande foule, même si l’occasion était historique. Les derniers soldats syriens ont traversé à bord d’autobus de l’armée le poste-frontière de Masnaa en saluant les quelques dizaines de Libanais qui se trouvaient sur leur route, mais ceux-ci sont restés...