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Actualités - Opinion

Commentaire - La prochaine révolution démocratique sera-t-elle égyptienne ?

par Mona Makram-Ebeid* L’initiative américaine pour la démocratie au Moyen-Orient a été accueillie sans grand enthousiasme. Les gouvernements arabes n’apprécient pas que le président Bush agisse sans les consulter. L’Égypte a donc appuyé, lors d’un sommet de la Ligue arabe en mai dernier, une autre proposition, la déclaration d’Alexandrie, et le président Moubarak a annoncé récemment que les candidats de l’opposition pourraient se présenter face à lui dans la course à la présidence. Manœuvre politique ou véritable perspective de réforme ? Il est évident que les élections récentes en Irak et en Palestine, ainsi que les manifestations contre l’influence syrienne au Liban ont relancé le débat sur la réforme politique en Égypte. Certains membres de l’opposition soutiennent que le pays doit se réformer de lui-même si on ne veut pas que le changement soit imposé de l’étranger. Le directeur d’un journal va même plus loin en avançant que le fait de retarder les réformes politiques et constitutionnelles comme s’il s’agissait d’une prime aux citoyens – et non pas de leur plein droit – reviendrait à encourager une intervention étrangère dans les affaires égyptiennes. Selon lui, la démocratie arabe est désormais une préoccupation nationale aux États-Unis, et les présidents américains auront donc du mal à ignorer les abus des régimes arabes amis, comme ils l’ont fait par le passé. Dans le monde arabe, les gouvernements autoritaires privent la population de libertés politiques, civiles et intellectuelles depuis des décennies. Pour les jeunes citoyens, en particulier islamistes, les voies ordinaires de participation politique sont fermées, et ils se tournent donc vers des mouvements extrémistes clandestins. La pauvreté, le favoritisme et la corruption de l’Administration renforcent le mécontentement populaire. Dans ce contexte, l’élan en faveur des réformes en Égypte prend de l’ampleur. On se souvient avec nostalgie de la dernière expérience libérale (des années 1920 à la révolution de 1952), un modèle pour les autres pays arabes. À l’époque, le dynamisme de la vie politique, de la presse et de la culture était soutenu par une idéologie de nationalisme laïc et d’harmonie religieuse. L’Égypte était une démocratie parlementaire multipartite, avec un système judiciaire indépendant et l’un des premiers mouvements au monde pour l’émancipation des femmes. Les réalisations et les aspirations de cette époque rassemblent aujourd’hui les Égyptiens réformateurs. Elles ont même inspiré la naissance d’un nouveau parti politique, Hizb al-ghad (le Parti de demain), fondé par un jeune parlementaire, qui réfute l’argument selon lequel la démocratie encouragerait l’extrémisme et soutient que l’absence de réforme est le plus grand danger. Hizb al-ghad a récemment rédigé un projet de Constitution de 48 pages, visant à relancer la vie politique égyptienne. Le préambule, qui s’ouvre par les mots « Nous, le peuple égyptien », est une attaque cinglante contre le régime actuel, et exige la fin de la peur et du despotisme. Le document propose notamment la fin de l’état d’urgence imposé depuis l’assassinat du président Sadate en 1981 – une « urgence » apparemment sans fin qui a entraîné la restriction, voire la suspension des libertés individuelles et politiques. Il propose en outre de limiter les pouvoirs importants accordés au président par la constitution de 1971 et d’introduire des élections présidentielles directes avec plusieurs candidats. Ce projet de Constitution ferait de l’Égypte une République parlementaire. Le Parti national démocratique (PND) dominant n’est pas de cet avis et soutient que l’évolution politique est possible sans réforme constitutionnelle. Le PND semble convaincu que la démocratisation commence par la modification de la culture politique et la diffusion de valeurs démocratiques. Ces étapes précéderaient des réformes juridiques et constitutionnelles concrètes, comme celles proposées par Hizb al-ghad. Jusqu’à présent, le PND n’a jamais saisi ses chances d’obtenir le soutien populaire avec un programme de réforme conçu pour augmenter véritablement la participation. C’est pourquoi les déclarations de Moubarak en faveur d’une élection présidentielle multipartite n’ont pas vraiment enflammé l’électorat égyptien. De fait, le gouvernement préfère proposer des initiatives creuses, centrées sur l’économie. Le conflit entre ces deux conceptions ne doit pas dissimuler l’existence d’un consensus : des réformes importantes sont nécessaires et n’ont que trop tardé. Plus encore, les voix libérales qui s’élèvent en Égypte ne sont pas une simple réponse aux initiatives démocratiques des États-Unis. Elles représentent un défi national à l’immobilisme et s’inscrivent dans un important courant historique. *Mona Makram-Ebeid, ancienne députée du Parlement égyptien, enseigne les sciences politiques à l’Université américaine du Caire. © Project Syndicate, 2005. Traduit de l’anglais par Emmanuelle Fabre.
par Mona Makram-Ebeid*
L’initiative américaine pour la démocratie au Moyen-Orient a été accueillie sans grand enthousiasme. Les gouvernements arabes n’apprécient pas que le président Bush agisse sans les consulter. L’Égypte a donc appuyé, lors d’un sommet de la Ligue arabe en mai dernier, une autre proposition, la déclaration d’Alexandrie, et le président Moubarak a annoncé récemment que les candidats de l’opposition pourraient se présenter face à lui dans la course à la présidence. Manœuvre politique ou véritable perspective de réforme ?
Il est évident que les élections récentes en Irak et en Palestine, ainsi que les manifestations contre l’influence syrienne au Liban ont relancé le débat sur la réforme politique en Égypte. Certains membres de l’opposition soutiennent que le pays doit se...