Une question qui préoccupe aussi bien le pays économique et social, que les professionnels de la politique: comment limiter les dégâts si le pouvoir, continuant à s’entêter, reporte les élections ? Que faire s’il défie la volonté populaire et la communauté internationale ? Comment éviter de perturber la paix civile si la confrontation entre loyalistes et opposants, allant crescendo, devait se transposer dans la rue ? Le danger est bien là. Car, à ce jour, le pouvoir, visiblement soutenu par les tuteurs, donne tous les signes de vouloir s’accrocher. De refuser de céder la place, d’ouvrir la voie à un changement salutaire. Même en sachant qu’en agissant de la sorte, il frappe de plein fouet l’intérêt bien compris du pays.
Walid Joumblatt a pris l’initiative de dialoguer avec les piliers de la Rencontre de Aïn el-Tiné, les présidents Berry et Karamé ainsi que sayyed Nasrallah. Pour tenter de parvenir à des dénominateurs communs. Et, surtout, d’obtenir que les élections aient lieu aux dates prévues. Pour prévenir des embûches aussi bien internationales que régionales ou locales. Joumblatt s’est montré souple. Pour qu’on cesse d’imputer à l’opposition, accusée de dureté, la responsabilité de la confrontation, du blocage ou du saut dans l’inconnu. Dans ce contexte, le leader progressiste évite de se braquer au sujet du découpage électoral. Pour lui la priorité va, plutôt qu’au caza, à la tenue des élections en temps dû. Il pense ainsi qu’il ne faut pas laisser éclater un conflit sur le découpage, car cela provoquerait forcément l’ajournement du scrutin. Ce qui ferait les affaires du pouvoir et des loyalistes.
Mais d’autres opposants ne partagent pas cet avis. Pour eux, la question de la configuration des circonscriptions est essentielle. Et ils préfèrent qu’elle prenne le pas sur les délais. Le débat est lancé, l’opposition prenant soin cependant de proclamer que quelle qu’en soit l’issue, elle restera unifiée. Les tenants de la priorité aux dates estiment que même avec le mohafazat, l’opposition décrocherait la majorité des sièges à la Chambre. Ils misent sur le climat politique ambiant, sur la vague déferlante de popularité qui a pris corps à la suite de l’assassinat du président Hariri. Pour eux, il risque d’y avoir reflux progressif si le scrutin était reporté à septembre ou octobre. Leurs vis-à-vis répondent que le caza garantit la victoire de l’opposition, quelle que soit la date des élections. Tandis que le mohafazat, à leur avis, favoriserait les loyalistes en rééditant parachutages, bus et bulldozers. Ils ajoutent que l’ajournement, qu’il faut certes combattre, constituerait finalement un handicap pour le pouvoir et ses partisans, car ils devraient en assumer les multiples conséquences négatives. Dont le vif mécontentement de la communauté internationale et des grandes puissances.
L’opposition fait pression, comme on sait, pour abréger au maximum les procédures. Elle joint de la sorte ses efforts pour que toute proposition concernant la loi électorale soit inscrite comme projet d’amendement au texte transmis antérieurement par le gouvernement à la Chambre. Autrement dit, on ferait l’économie d’un va-et-vient, le gouvernement ne reprenant pas ce texte, comme le demande la Rencontre de Aïn el-Tiné. Et acceptant donc que la proposition du mohafazat et de la proportionnelle, défendue par ce même groupe, soit définie comme simple amendement soumis directement à l’approbation ou au rejet de la Chambre.
En tout cas, l’opposition reste sur ses gardes, mobilisée à fond. Et elle fait savoir que si les élections devaient être reportées, elle appellerait de nouveau à des manifestations de masse et à des grèves.
Certains proposent un compromis : on retiendrait le mohafazat, ou le mohafazat coupé en deux, et on garderait à peu près les dates, les élections ayant lieu au plus tard en juin.
Mais il reste actuellement tout à fait évident qu’aucun accord ne peut encore être conclu sans que la Syrie l’appuie auprès de ses alliés. Car elle retire certes ses troupes et ses services de renseignements, mais continue, de par la volonté de ces mêmes alliés, à faire la pluie et le beau temps dans le camp loyaliste. Cependant, selon certaines sources informées, la Syrie n’interviendrait dans le sens d’une décrispation que si les États-Unis et la France le lui demandaient. Afin que ces puissances concèdent que l’on a toujours besoin d’elle au Liban. Et qu’elles lui en paient le prix. Par exemple, pour ce qui est des Américains, en cessant d’encourager les opposants syriens.
Émile KHOURY
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Walid Joumblatt a pris l’initiative de dialoguer avec les piliers de la Rencontre de...