Toutes les conditions semblaient réunies au Liban pour une débâcle financière : une dette publique considérable au regard de son économie, une chute des indispensables revenus du tourisme et une crise politique ponctuée par une succession d’attentats, rapporte l’agence Reuters.
Et pourtant, des analystes constatent que, malgré cela, les investisseurs au Liban, les Libanais eux-mêmes ou des habitants d’autres pays du Proche-Orient, se montrent plus patients que les investisseurs dans d’autres pays émergents et qu’ils semblent disposés à attendre encore, à condition que la crise ne dure pas encore trop longtemps.
Le pays a basculé dans la plus grave crise politique depuis la guerre civile de 1975-1990 après l’assassinat, le 14 février, de l’ancien Premier ministre Rafic Hariri.
Or jusque-là, la fuite des capitaux vers l’étranger est restée limitée malgré un attrait croissant pour l’épargne en dollars à l’intérieur même du pays, et les ponctions opérées sur les réserves de la Banque centrale en raison des pressions subies par la livre libanaise sont restées supportables. « Personne ne bouge, attendant voir ce qui va arriver. Tous ceux qui voulaient retirer leur argent l’ont déjà fait il y a un mois », constate Daniel Ragette, premier vice-président de la Middle East Capital Group, à Beyrouth.
« Cela s’explique uniquement par le fait que l’on croit que les choses vont bientôt s’améliorer (...). Chacun devra réexaminer la situation dans deux mois », ajoute-t-il.
De l’avis des analystes, ce calme pourrait ne pas se prolonger si les élections législatives prévues en mai étaient repoussées ou si le gouvernement constitué après ces élections ne mettait pas en œuvre les réformes depuis longtemps promises, qu’il s’agisse de privatisations, de la réduction de la dette ou de la dérégulation de l’économie. Or un report des élections semble de plus en plus probable compte tenu du retard intervenu dans la formation d’un nouveau gouvernement après la démission du précédent, conséquence de vives dissensions politiques.
Pressions sur la livre
Le pays « pourra résister à la tempête jusqu’après les élections, à la condition que ces élections aient lieu comme prévu. Les problèmes commenceront à apparaître si les incertitudes politiques durent plus longtemps », estime l’analyste Richard Fox, de l’agence de notation de dette Fitch.
Les réserves de la Banque centrale ont fondu de près de deux milliards de dollars, à quelque 9,5 milliards, depuis la mi-février en raison des interventions opérées par la BDL pour défendre la parité de la livre dans la fourchette de 1,501 à 1,514 pour un dollar.
Des banquiers précisent que les pressions sur la livre ont été surtout sensibles dans les semaines qui ont suivi l’assassinat de Hariri, cet attentat ayant dissuadé les étrangers de venir au Liban, alors que le tourisme constitue en temps normal une importante source de revenus.
Un calme relatif est revenu depuis sur le marché des changes, malgré quatre nouveaux attentats en l’espace de deux semaines à Beyrouth et dans ses environs.
Solidité du secteur bancaire
Autre signe rassurant, la Banque centrale a annoncé à la mi-mars que l’équivalent de 609 millions de dollars avait été transféré à l’étranger au cours des deux semaines précédentes. Cela ne représente en fait qu’une minuscule fraction des quelque 55 milliards que totalisent les sommes déposées dans les banques du pays et qui équivalent à près de trois fois l’économie libanaise.
La situation s’est quelque peu stabilisée ensuite, a rapporté un banquier local, qui a dit ne pas éprouver d’inquiétude, vu la dimension et la liquidité du secteur bancaire, précisant que les dépôts des banques libanaises à l’étranger dépassent les dix milliards de dollars. Les analystes expliquent la relative sérénité affichée par la clientèle des banques par le fait qu’ils résident pour la plupart au Liban même ou dans d’autres pays du Proche-Orient, en particulier dans les pays pétroliers du Golfe.
« Au Proche-Orient, les déposants sont plus largement des investisseurs locaux, préparés à faire face à des événements inattendus, certainement beaucoup plus qu’en Amérique latine », observe Richard Fox, chez Fitch.
D’autres soulignent que les Libanais ont été beaucoup plus habitués à l’instabilité que les habitants de la plupart des autres pays et qu’ils espèrent que la crise actuelle débouchera sur la mise en place d’un meilleur gouvernement après que les Syriens auront quitté le pays.
Toutefois, leur patience risque d’atteindre ses limites, comme le note un cambiste libanais qui déclare : « On prend les choses comme elles viennent, au jour le jour. Il n’est pas facile actuellement de prévoir la situation sur le long terme .»
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Et pourtant, des analystes constatent que, malgré cela, les investisseurs au Liban, les Libanais eux-mêmes ou des habitants d’autres pays du Proche-Orient, se montrent plus patients que les investisseurs dans d’autres pays émergents et qu’ils semblent disposés à attendre encore, à condition que la crise ne dure pas encore trop longtemps.
Le pays a basculé dans la plus grave crise politique depuis la guerre civile de 1975-1990 après l’assassinat, le 14 février, de l’ancien Premier ministre Rafic Hariri.
Or jusque-là, la fuite des...