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Actualités - Chronologie

Un mur d’incompréhension entre le pape et les féministes (PHOTO)

Les multiples hommages rendus à Jean-Paul II ne reflètent pas l’opinion des féministes catholiques, qui lui reprochent d’avoir laissé de côté la moitié de l’humanité. Ardent défenseur des doctrines traditionnelles du Vatican, Karol Wojtyla s’est opposé à la contraception, à l’avortement ou encore à l’accès des femmes à la prêtrise. Le Saint-Père et ses conseillers conservateurs ont même tenté à certains moments du pontificat de revenir sur les réformes engagées par le concile Vatican II (1962-1965) qui accordèrent un rôle plus actif aux femmes dans la liturgie, comme la mixité des enfants de chœur. Les femmes libérales sont une minorité dans l’Église catholique, et sont essentiellement des Occidentales ayant un haut niveau de scolarité. Une goutte d’eau comparée à leurs sœurs plus attachées aux traditions des pays du tiers-monde. Elles représentent néanmoins une des franges les plus critiques du pontificat qui s’est achevé samedi soir. Leurs critiques mettent en exergue une question de fond à laquelle l’Église devra s’atteler : les femmes catholiques peuvent-elles accepter que leur statut dans l’Église reste ce qu’il est alors que de nombreuses barrières ont été levées à l’école, dans le monde du travail ou dans la vie privée sur la voie de la parité ? « Un pape du Ve siècle » « Il restera dans l’histoire comme un pape qui n’a pas compris les femmes et qui n’a pas été chaleureux avec elles », assure Frances Kissling, présidente des « Catholics for a Free Choice », une organisation basée à Washington. « Il lui aurait été impossible de refermer plus violemment qu’il ne l’a fait la porte à la question de l’ordination des femmes. C’est un pape du Ve siècle en ce qui concerne la place des femmes », poursuit-elle. Une lettre aux évêques « sur la collaboration de l’homme et de la femme dans l’Église et dans le monde », publiée en juillet 2004 par le cardinal Joseph Ratzinger, préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi, a cristallisé les critiques. Constatant que « la femme, pour être elle-même, s’érige en rival de l’homme », ce document doctrinal affirme que l’évolution des rapports hommes/femmes « a inspiré en réalité des idéologies qui promeuvent par exemple la mise en question de la famille, de par nature biparentale, c’est-à-dire composée d’un père et d’une mère, ainsi que la mise sur le même plan de l’homosexualité et de l’hétérosexualité, un modèle nouveau de sexualité polymorphe ». « Cette lettre aurait pu être écrite sans peine par un imam d’al-Azhar (principale université sunnite au Caire) », avait alors réagi l’ancienne commissaire européenne Emma Bonino. Jean-Paul II assurait qu’il rendait hommage aux femmes en soulignant la dignité du rôle que leur avait octroyé Dieu au sein de l’Église : « séparée mais égale ». Pour Helen Hull Hitchcock, présidente de l’organisation conservatrice Women for Faith and Family, à Saint-Louis, Missouri, le Saint-Père ne faisait de fait rien d’autre que « réaffirmer l’enseignement constant de l’Église depuis 2 000 ans ». Une préoccupation de privilégiées ? Parmi ces avocats, d’autres soulignent que cette question du « féminisme catholique » est un épiphénomène, une préoccupation de privilégié(e)s vivant dans le confort des pays riches et guère, voire pas du tout partagée dans les pays en développement. En Argentine, relève par exemple le docteur Zelmira Bottini de Rey, chercheuse à l’Institut de bioéthique de l’Université catholique, les femmes approuvent pour l’essentiel la doctrine du pape et ne remettent pas vraiment en question la structure de l’Église et la place qu’elle accorde aux femmes. La juriste irlandaise Ivana Bacik voit toutefois, quant à elle, dans l’opposition au divorce ou à la contraception, une doctrine dépassée, et une explication au rapide déclin de l’Église en Irlande, naguère haut lieu de la foi catholique. « La religion est de plus vue comme sans rapport avec ce que vivent les populations. Sa doctrine sur la femme et la sexualité joue à l’évidence un rôle important dans ce déclin », juge-t-elle. Le rejet du préservatif – et son impact sur la lutte contre le sida en Afrique –, l’opposition au contrôle des naissances et à la planification familiale dans les pays du tiers-monde, la condamnation de l’avortement de Bosniaques – majoritairement musulmanes – violées en 1992-95 par des soldats serbes : les prises de position de Jean-Paul II fournissent nombre d’angles d’attaque pour les féministes. Dans le même temps, les spectaculaires scandales de mœurs et les affaires de pédophilie qui ont impliqué des prêtres sont autant d’arguments pour les partisans de l’ordination sacerdotale des femmes, ou leur accès au diaconat. Enfin, l’Église, qui compte sur les femmes pour transmettre la foi aux enfants, ne peut prendre le risque de s’aliéner ces « relais informels » en pleine crise des vocations : « L’Église doit être extrêmement prudente pour que les femmes ne versent pas dans l’anticléricalisme, sinon, nous serons dans une situation grave », souligne ainsi le père Thomas Reese, rédacteur en chef de l’hebdomadaire jésuite America.

Les multiples hommages rendus à Jean-Paul II ne reflètent pas l’opinion des féministes catholiques, qui lui reprochent d’avoir laissé de côté la moitié de l’humanité.
Ardent défenseur des doctrines traditionnelles du Vatican, Karol Wojtyla s’est opposé à la contraception, à l’avortement ou encore à l’accès des femmes à la prêtrise. Le Saint-Père et ses conseillers conservateurs ont même tenté à certains moments du pontificat de revenir sur les réformes engagées par le concile Vatican II (1962-1965) qui accordèrent un rôle plus actif aux femmes dans la liturgie, comme la mixité des enfants de chœur.
Les femmes libérales sont une minorité dans l’Église catholique, et sont essentiellement des Occidentales ayant un haut niveau de scolarité. Une goutte d’eau comparée à leurs sœurs plus...