«Accorder une plus grande importance au traitement de la douleur postopératoire.» Tel a été le principal message lancé par le Dr Harald Breivik, président de la Fédération européenne des chapitres IASP (EFIC). Et pour cause. «La douleur chronique postopératoire est très commune, explique-t-il. C’est une chose que les patients ignorent ainsi que la majorité des chirurgiens. En effet, 20 à 30%, voire 50% des malades ressentent une douleur des mois, parfois des années durant après la chirurgie. Dans la majorité des cas, cette douleur n’est pas grave, mais elle détériore la qualité de vie. Près de 5 % des patients développent une douleur chronique grave qui les empêche de mener une vie normale.»
Certains facteurs de risque favorisent le développement de ces douleurs à long terme. «Si le patient ressentait une douleur avant l’intervention chirurgicale, le risque de développer une douleur chronique est plus élevé, note le Dr Breivik. Si la douleur aiguë éprouvée les jours qui suivent l’opération n’est pas bien soignée, le risque de souffrir d’une douleur aiguë devient encore plus important. Il en est de même si le patient est resté immobilisé pendant une longue période. Nous savons aussi que le facteur héréditaire joue un rôle important dans l’apparition des douleurs chroniques. C’est la raison pour laquelle l’intensité de la douleur varie d’une personne à l’autre, même si les patients ont subi la même chirurgie chez le même praticien.»
Éviter les chirurgies esthétiques inutiles
Ces douleurs chroniques peuvent surgir suite à n’importe quel type de chirurgie. Elles sont d’ailleurs plus fréquentes lorsqu’il s’agit d’une opération subite au niveau de l’abdomen ou de la poitrine. D’où la nécessité d’éviter les interventions chirurgicales inutiles, principalement celles esthétiques des seins. «La chirurgie des seins est un phénomène très courant en Scandinavie, déplore le Dr Breivik. Il s’agit là d’interventions inutiles, d’autant plus qu’elles peuvent entraîner une hypersensibilité empêchant la femme de se toucher les seins ou de se coucher sur le ventre. Les patientes ignorent ces risques et les chirurgiens omettent de les en aviser.»
«Pour prévenir ces douleurs inutiles, il faudrait éviter les chirurgies inutiles, insiste-t-il. Toutes les chirurgies causent des douleurs chroniques qui sont difficiles à traiter, une fois installées. De plus, il faut que la patiente soit informée de ce risque. Sur un autre plan, il faut que le patient exprime sa douleur. Ne voulant pas décevoir leur médecin, les malades taisent leur douleur. Sans oublier que certains praticiens refusent, de leur côté, de croire que leur patient souffre vraiment et refusent par conséquent de soulager sa douleur. Il est donc primordial de traiter la douleur aiguë postopératoire par une mobilisation précoce du patient, sinon l’immobilité causée par cette douleur favorise la douleur chronique. Et les moyens qui permettent de traiter l’hyperalgésie postopératoire sont légion.»
Et le Dr Breivik de conclure: «Une douleur aiguë postopératoire transformée en douleur chronique est plus compliquée à traiter, puisqu’elle entraîne une anxiété, une dépression et une colère. De plus, ne pouvant plus mener une vie sociale et professionnelle normale, le patient devient plus irritable. Il est donc important d’éviter ces complications et de penser à accorder une attention particulière au traitement de la douleur postopératoire.»
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