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Actualités - Analyse

ÉCLaIRAGE L’effendi s’est transformé hier en une ADM politique

Décidément, c’est la pandémie au sein du pouvoir et de son tuteur syrien, et la maladie s’appelle le déni et la déréalité – son principal symptôme étant cette rapidité, cette facilité, à occulter un événement de la taille de l’assassinat de Rafic Hariri, à faire comme si de rien n’était. Deux fois forcé de quitter le Sérail sous les coups de boutoir de la rue – et même s’il a assuré hier que ce n’est pas vrai –, Omar Karamé a pourtant réussi à trouver hier de quoi se transformer (et, à travers lui, le pouvoir et la Syrie) en véritable matamore. Assénant ainsi au monde sa certitude d’être désormais doublement superlégitimité, il a oublié que l’immense partie des 71 députés qui l’ont nommé ont obéi au mot d’ordre syrien ; oublié également qu’il faudra attendre des législatives propres, saines et débarrassées des ingérences du tandem des SR pour déterminer quelle rue, quel pourcentage de la population, quelles forces politiques et quel ensemble de communautés représente cette majorité qu’il s’est arrogée au palais de Baabda au nom de la rencontre d’Aïn el-Tiné ; oublié enfin qu’il n’est pas un responsable syrien ni un cadre hezbollahi, mais Omar Karamé, ex-membre, aux côtés des Moawad, Harb, Husseini ou autres Hoss, du Front national pour la réforme... Et au nom de cette superlégitimité brandie comme une arme politique nucléaire aussi bien que comme une insulte à l’intelligence des Libanais et de la communauté internationale, Omar Karamé a leurré et menacé. Il a leurré en rabâchant à l’infini que son appel au dialogue est dénué de la moindre condition ; que n’importe quel sujet, de la démission des sept au retrait syrien total, en passant par l’enquête internationale, peut être évoqué en Conseil des ministres, n’importe quelle revendication mise à exécution à condition d’être adoptée par le gouvernement d’union nationale. Mais de quel gouvernement d’union nationale parle le PM désigné ? Un cabinet au sein duquel l’opposition draguée par l’épée serait minoritaire, symbolique, folklorique – dans ce cas, il prend réellement l’opposition pour une idiote écervelée ? Un cabinet au sein duquel les deux parties se neutraliseraient – dans ce cas, que soit mis sur pied un cabinet véritablement neutre, débarrassé de tout candidat aux législatives ? Un cabinet au sein duquel l’opposition serait majoritaire, capable donc d’enclencher son programme – ce que le pouvoir et son tuteur, incapables d’évaluer l’avant et l’après-14 février, refuseraient catégoriquement, surtout que le champ politique est le seul désormais à même de compenser un retrait militaro-sécuritaire inéluctable ? Un gouvernement dont les portefeuilles principaux échoieraient à la Rencontre du Bristol – Intérieur, Justice, AE, Défense, Finances, etc. ? L’évidente volonté du pouvoir et du tuteur incarnés hier par Omar Karamé de ne donner aucune garantie à l’opposition pour l’encourager à ajourner l’exécution de son cahier des charges est non seulement étrange, mais inquiétante. Le PM désigné a également menacé. D’abord d’une « destruction » économico-monétaro-financière au cas où l’opposition s’obstinerait dans son refus. Cette menace, qui ressemble beaucoup aux interminables et inadmissibles accusations de traîtrise en tout genre, se double dans ce cas d’une mauvaise foi évidente, puisque Omar Karamé en impute la responsabilité à la seule opposition, innocentant d’avance son camp pourtant tout aussi obstiné. Interrogé par L’Orient-Le Jour, l’économiste Kamal Hamdane – selon lequel le facteur temps est « décisif » et pèse lourd dans l’aggravation d’une crise déjà au seuil critique – estime que « seule une réunion des deux parties autour d’une même table, quelle que soit l’intensité de leurs revendications, pourrait rassurer un minimum les agents économiques et inverser leurs anticipations ». Il va même au-delà : l’aboutissement éventuel de ce dialogue pourrait même, dans le contexte actuel, enclencher le processus de réformes politico-économiques. Autre menace, et non des moindres, mais cette fois dénuée de bon sens à l’aune de l’acharnement international en faveur d’élections libres et équitables : « Si le délai est dépassé et qu’il n’y a toujours pas de gouvernement, cela veut dire que les élections seront ajournées », a prédit Omar Karamé, soulignant qu’il allait prendre (et qu’il pouvait prendre) tout son temps pour consulter avant que d’éventuellement former. « Nous les attendrons jusqu’à ce qu’ils soient convaincus, et qu’ils assument la responsabilité du temps qui passe », a-t-il même asséné. Le sous-texte est véritablement étonnant et laisse, encore une fois, un angoissant arrière-goût de crime politique prémédité : et si le pouvoir et son tuteur ne veulent ni former de gouvernement ni tenir des législatives, convaincus finalement que, dans un cas comme dans l’autre, ils perdraient à cause de l’opposition et de la rue les derniers acquis qui subsistent au lendemain de l’entrée en vigueur – pour l’instant un peu pépère – du discours du 5 mars de Bachar el-Assad ? Les conséquences de cette hallucinante stagnation sont évidemment énormes, et si cette supposition se vérifiait, la balle serait véritablement dans le camp de l’opposition. Jusqu’où pourrait-elle tenir, à l’ombre d’un gouvernement fantoche expédiant les affaires courantes ? Dans quelle mesure Nabih Berry (qui tient, lui, une clé en or) pourrait-il empêcher le Parlement d’adopter la loi électorale perdue entre ses commissions à l’ombre, toujours, d’un Karamé II démissionnaire ? Et si ce vide constitutionnel, cette impasse s’éternisaient, est-ce que les organismes économiques réagiraient comme en 1952, lorsque Béchara el-Khoury avait démissionné ? Après le discours du 5 mars à Damas et l’étalage du 8 à Riad el-Solh, Omar Karamé a été (ou s’est) transformé en une arme de destruction massive politique. Ziyad MAKHOUL

Décidément, c’est la pandémie au sein du pouvoir et de son tuteur syrien, et la maladie s’appelle le déni et la déréalité – son principal symptôme étant cette rapidité, cette facilité, à occulter un événement de la taille de l’assassinat de Rafic Hariri, à faire comme si de rien n’était.
Deux fois forcé de quitter le Sérail sous les coups de boutoir de la rue – et même s’il a assuré hier que ce n’est pas vrai –, Omar Karamé a pourtant réussi à trouver hier de quoi se transformer (et, à travers lui, le pouvoir et la Syrie) en véritable matamore. Assénant ainsi au monde sa certitude d’être désormais doublement superlégitimité, il a oublié que l’immense partie des 71 députés qui l’ont nommé ont obéi au mot d’ordre syrien ; oublié également qu’il faudra attendre des...