Rechercher
Rechercher

Actualités

Commentaire - Le crépuscule d’un souverain pontife (Photo)

par Ralf Dahrendorf* Une fois encore, le pape Jean-Paul II a échappé à la mort d’un cheveu. Il est retourné au Vatican après un séjour dans un hôpital de Rome et nous voyons, à la fenêtre familière, son visage qui exprime sa souffrance et son courage, bien que sa voix soit désormais tout juste audible. Même pour les non-catholiques tels que moi-même, c’est là une occasion de méditer sur ce que le monde perdra lorsque le corps du pape succombera finalement à ses maux. Le portrait qui se dessine est un mélange de couleurs. Pour ceux d’entre eux qui considèrent l’effondrement du communisme en 1989 comme un événement majeur de l’histoire du XXe siècle, le pape Jean-Paul II, est un héros. En Pologne, il était le pivot de toutes les activités de la société civile. Tandis que dans d’autres pays, et plus manifestement en Roumanie, mais également dans ce qui était à l’époque la Tchécoslovaquie ainsi qu’en Hongrie, l’alternative au communisme correspondait à un vide ou, au mieux, à quelques organisations isolées dans la société civile, la Pologne disposait d’une autre source de légitimité. Avant et après son élection, celui qui était alors le cardinal Karol Wojtyla de Cracovie était son représentant le plus efficace. La nomination du cardinal Wojtyla à la papauté avait ainsi une signification qui allait au-delà des confins de l’Église. Lui-même n’aimait pas vraiment que son Église soit identifiée à une société civile. Lors d’une conversation, il s’est élevé contre ce fait : « Non, l’Église n’est pas une société civile, c’est une société sacrée ». Cela nous oriente vers un autre aspect du pontificat de Jean-Paul II, plus parlant aux initiés qu’aux étrangers. En termes de doctrine et d’éthique, Jean-Paul II représentait le point de vue conservateur. Il était le contrepoint du pape Jean XXIII qui, par l’intermédiaire du Deuxième Conseil du Vatican dans les années 1960 et de plusieurs autres façons, a tenté de réconcilier les catholiques avec l’époque moderne. Le pape Jean-Paul II a arrêté ce processus et a même tenté de l’inverser. Pour les théologiens progressistes tels que Hans Küng, il était, et il est encore, une force de l’antimodernisme, voire même un contre-Siècle des lumières. Au même moment, le pape est devenu le premier grand souverain pontife voyageur des temps modernes, presque un symbole d’un monde mondialisé. Cela signifiait que son image, sinon ses mots, atteignait des millions d’individus qui n’appartenaient pas à son Église. Le nombre d’individus qui pourraient être autant reconnus sur toute la surface du globe que l’est Jean-Paul II se compte sur les doigts de la main. Par ce seul fait, il a ajouté une dimension spirituelle à une époque dominée par des préoccupations terrestres, comme la richesse et le show-business. Ceux d’entre nous qui croient en une culture multidimensionnelle lui seront reconnaissants de ses immenses efforts, et donc de son « catholicisme » au sens original du terme, de ses préoccupations englobantes. D’un autre côté, et en dépit de sa portée mondiale, le pape Jean-Paul II ne peut pas être décrit comme étant particulièrement œcuménique. Les débuts de l’œcuménisme chrétien sous ses prédécesseurs n’ont pas beaucoup progressé au cours de ses 25 années de pontificat. Paradoxalement, il a jugé plus facile de tendre la main vers les religions non chrétiennes. Le dialogue entre les catholiques et les juifs en particulier était en de bonnes mains avec lui. Lorsqu’un éminent érudit juif l’a remercié pour tout ce qu’il avait fait pour cultiver les relations entre les catholiques et les juifs, il a répondu : « Ce n’était pas moi, mais la Providence », puis il a ajouté, avec son sourire inimitable : « Et moi. » A-t-il été un homme de paix ? Oui, sans aucun doute. Mais son règne couvre une époque au cours de laquelle de nombreux conflits régionaux sont devenus violents. Il ne pouvait pas faire grand-chose au Kosovo ou au Congo. Les années du pontificat de Jean-Paul II n’ont pas vraiment été une période au cours de laquelle la « puissance douce » pouvait accomplir beaucoup où que ce soit, de sorte que la célèbre question de Staline, « Le pape ! De combien de divisions dispose-t-il, lui ? », est restée d’actualité. Elle était d’autant plus pertinente que le pape Jean-Paul II n’était pas enchanté par les États-Unis. Certains indices laissent supposer qu’il partage le vieux préjudice de l’Europe centrale envers l’Amérique qu’il considère comme une civilisation matérialiste qui fournit les moyens, mais non les idées, pour les actions qui doivent être entreprises. L’héritage du pape est, en d’autres termes, une histoire de grandes forces et d’extrêmes faiblesses. Elle serait toutefois incomplète si elle ne mentionnait pas l’être humain chaleureux, curieux, amical et plein d’humour qui se cache derrière. Le pape Jean-Paul II est, de nombreuses façons, un intellectuel ; il aurait pu être sous-estimé à ce sujet. Il est toutefois également un homme simple qui s’est rapproché d’autrui sans effort. Il a supporté ses souffrances depuis la tentative d’assassinat de 1981 avec dignité. En tant que personne, il n’a jamais manqué d’impressionner ses nombreux visiteurs. Même dans son état diminué actuel dû à sa maladie, le pape Jean-Paul II symbolise le potentiel humain. * auteur de nombreux ouvrages salués par la critique et ancien commissaire européen pour l’Allemagne, il est membre de la Chambre des lords britannique, ancien recteur de la School of Economics de Londres et ancien directeur du St. Antony’s College, Oxford © Project Syndicate/Institut des sciences humaines. Traduit par Valérie Bellot.
par Ralf Dahrendorf*

Une fois encore, le pape Jean-Paul II a échappé à la mort d’un cheveu. Il est retourné au Vatican après un séjour dans un hôpital de Rome et nous voyons, à la fenêtre familière, son visage qui exprime sa souffrance et son courage, bien que sa voix soit désormais tout juste audible. Même pour les non-catholiques tels que moi-même, c’est là une occasion de méditer sur ce que le monde perdra lorsque le corps du pape succombera finalement à ses maux.
Le portrait qui se dessine est un mélange de couleurs. Pour ceux d’entre eux qui considèrent l’effondrement du communisme en 1989 comme un événement majeur de l’histoire du XXe siècle, le pape Jean-Paul II, est un héros. En Pologne, il était le pivot de toutes les activités de la société civile. Tandis que dans d’autres pays, et plus...