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Actualités - Reportage

MOde DÉPART ANNONCÉ Christian Lacroix se sépare de LVMH (Photos)

C’est par voie de presse, la première semaine de janvier, que Christian Lacroix, le plus littéraire des grands couturiers français, a appris la vente de sa signature au groupe américain de duty-free Falic. En pleins préparatifs de sa collection printemps-été, le créateur a encaissé la nouvelle sans réagir. Un coup douloureux qui apporte un éclairage cru sur la soumission des artistes du luxe aux groupes industriels auxquels appartiennent leurs sociétés. En attendant le dénouement, en mars, de cette sordide affaire, retour sur un parcours hors du commun, mené au coup de cœur. Voici Lacroix par lui-même: Londres Comme je l’imagine pour la plupart d’entre nous, mon Angleterre doit avoir de lointaines racines scolaires. Vers 1960, j’étais encore à l’école primaire et un professeur était venu de Londres qui s’habillait toujours de lainages mélangés – je n’ai pas cessé d’aimer ce type de tissus – et qui était coiffé comme certains Anglais, les cheveux dégagés très haut sur la nuque et formant toupet sur le haut du crâne. J’avais l’impression qu’il venait d’un pays très lointain et d’un temps évoquant le XIXe siècle. À cet homme venaient s’ajouter les programmes télévisés et les adaptations de Dickens avec des images d’une ville sombre, un peu médiévale, et l’évocation d’une société d’excentriques ou d’enfants perdus. À cela se superposaient encore les lectures frénétiques de Conan Doyle et d’Agatha Christie. Il y avait aussi les films de la Hammer, monde de manoirs, de cimetières et de forêts pluvieuses que traversaient des carrosses aux rideaux baissés ou des monstres furtifs…Le tout dans des couleurs spécifiques, des bruns et des verts profonds, avec des vêtements toujours trop neufs… Puis il y eut encore les films d’Hitchcock, ceux de la période anglaise. Je fis mon premier voyage à Londres en 1966/67 et arrivais la tête pleine de ces images de contes de fées. Je ne fus pas déçu et eus l’impression d’entrer dans ces films que j’adorais. L’Angleterre d’alors était plus «tranchée», curieuse et renfermée qu’aujourd’hui: les femmes y portaient encore des chapeaux à fleurs, des bas épais, des chaussures trop lourdes, supposées confortables; dans les trains, on voyait encore des moquettes à dessins et des revêtements de bois; certains portaient le chapeau melon. Et j’étais émerveillé par ces petits pavillons de banlieue aux portes laquées de couleurs vives, rouges et vertes. Saint-Tropez L’été 69 fut celui de Jean Bouquin, le couturier de Saint-Tropez, et des folies vestimentaires. Je crois qu’on peut considérer ce moment comme un des derniers où l’élégance, la mode, le sens du style eurent encore un aspect élitiste. Être du dernier cri avait encore quelque chose de provocant, de subversif. On était plus proche du dandysme. Il y avait des griffes, des choses à avoir, des codes, des repères. C’était Western House, Renoma, auxquels on ajoutait des éléments venus d’ailleurs, d’Inde, d’Afghanistan. Les choses ethniques se mêlaient naturellement au reste, la mode prenait un côté malle au trésor, on pratiquait des amalgames insensés. Des collages de genres et de proportions. Un art proche du travestissement qui n’en était pas un, un théâtralisme innocent que j’ai adoré. Une empreinte indélébile dans mon travail futur. Au début des années 70, j’atterris à la Chouraskaïa, l’ancêtre des grandes boîtes de nuit comme le Palace. C’était une sorte de grande hutte ornée d’un luminaire sculpté par César. La musique était incroyablement en avance; les maquettes, spécialement importées, de Jimi Hendrix et des Rolling Stones étaient mixées à de la musique traditionnelle, aux chansons de Charles Trénet et à l’opéra. Tout cela était le reflet exact du maître des lieux, Jean Lafon, un personnage, un vrai. Ce lieu «emblématise» pour moi tout le plaisir des années 70 et garde la mode, l’allure, le parfum de mes dix-huit ans. Le costume J’ai quitté Montpellier pour venir à Paris en 1971 faire un mémoire sur «le costume à travers la peinture au XVIIe siècle», préparer le concours des conservateurs et découvrir la Ville Lumière. Un jour, chez un ami pour un thé d’étudiants provinciaux, on sonne à la porte, je vois entrer une jeune femme pâle et rousse avec une très belle voix qui portait une vieille fourrure sur un tee-shirt avec des perles noires et des chaussures blanches au mois de novembre. J’ai trouvé cela rigolo, c’était Françoise et nous ne nous sommes plus jamais quittés depuis ce jour. Il faut toujours accepter de boire le thé chez des demi-inconnus, on ne sait jamais. C’est elle qui m’a fait quitter la porte étroite pour prendre la voie royale de mes préférences. Les rencontres de stylistes, de Jean-Jacques Picart, qui tenait un bureau de presse, de Guy Paulin et d’Hermès m’ont fait entrer dans cet univers qui est devenu le mien. C’était un moment incroyable, tout le monde semblait porté par une vague d’euphorie, d’inventions, d’improvisations plus ou moins loufoques. C’était les fameuses années 80... J’ai rejoint la couture en novembre 1981, j’entrai chez Patou dans une maison qui m’excitait beaucoup parce qu’elle représentait ce qui est resté la base de mon travail : histoire et évolution, historique et modernité, passé et futur...C’est pendant la dernière collection chez Patou que s’est décidée la création de la maison Christian Lacroix. La photographie Je retournais ensuite à Londres par intermittence, notamment pendant la période Biba où l’on s’habillait de vêtements années 30 récupérés aux puces de Portobello ou de Camden Market et où tout était revêtu de graphies pseudo Art déco. Cecil Beaton entra brutalement dans ma vie lorsque je vis My Fair Lady et peut-être ai-je au fond, en moi, toujours la conviction que l’Angleterre c’est la scène d’Ascot, ce mélange de chic absolu et de sens de la démesure, de baroque et d’ironie, de beau monde et de théâtre. J’ai d’abord découpé toutes les photos sur le film puis je me suis intéressé au milieu qu’avait photographié Beaton: Lady Diana Cooper, les Sitwell… Peut-être parce que leur seul dénominateur commun, la force qui les réunissait, tenait à la définition d’un style. Élégance des manières comme de la démarche artistique. Pour ce mileu, c’était une manière d’être alliant le sens des formes, un goût très sûr, la fréquentation des avant-gardes du moment à un art de vivre à la fois étudié et détendu, exigeant et informel. C’est le même esprit qui me frappe chez le décorateur et dessinateur Oliver Messel, ce mélange de sublime et de provisoire, que chez le photographe Angus McBean qui passa sa vie à élaborer de bizarres mises en scène sur des plages de bout du monde, dans des cirques, des manèges forains et de faux décors Regency. C’est un surréalisme acclimaté, à la fois naïf et sophistiqué dont on voit qu’il est monté à coups de colle et de ciseaux et où règnent une licence absolue, un kitsch éhonté, le plaisir évident de mélanger les styles, les époques, sans craindre d’enfreindre le bon sens ou le bon goût. La littérature En 1969, après le bac, j’ai choisi d’aller vivre à Montpellier pour suivre des études de lettres. Là, j’appartenais à une petite bande extravagante dont une famille d’esthètes avancés que je soupçonne maintenant d’avoir été très marqués par le cercle des Noailles, dont l’un des membres avait connu Cocteau et possédait le piano de Fauré, et à laquelle je dois mon entrée dans le monde de Wilde, Beardsley, des décadents de tous ordres et de tous désordres. De Montpellier, outre de solides amitiés, je retiens les cours de cinéma d’Henri Agel, avec la découverte de Renoir et de tous les grands classiques. Le cinéma est toujours un choc dans la vie. Comme la littérature. Par l’intermédiaire d’un professeur de lettres, je m’initiais à Julien Gracq et me suis nourri du Rivage des Syrtes. J’ai également lu tout Delteil, préféré Choléra et savouré cette richesse verbale, ce goût des images excessives, le français contourné, maniériste, allié à une grande rudesse l’empêchant de tomber dans l’afféterie ou le grandiloquent. J’ai par la suite essayé d’appliquer à la couture ce cocktail d’équilibre nourrissant. Mais quel besoin peuvent avoir les Américains de Lacroix? PRINTEMPS-ÉTÉ 2005 La couture libanaise à son apogée On le savait, la couture libanaise a du pedigree. Longtemps tourné vers l’Europe et soucieux des dernières tendances, le Liban a fourni au monde arabe le meilleur de la mode avant l’avènement du prêt-à-porter. La haute couture, le fini impeccable, le sur-mesure sans défaut, la broderie la plus fine, c’est à Beyrouth qu’on venait les chercher. Autant dire qu’une longue tradition artisanale dans le monde du vêtement ne pouvait que laisser un héritage intéressant. Aujourd’hui, la haute couture libanaise arrive à maturité et bénéficie d’une reconnaissance internationale. Il faut dire que nos stylistes ont en plus du talent un sens inné de la communication et ils ont très vite compris que le luxe ne se traite pas au rabais. Généreux, ils n’ont lésiné ni sur le choix des salles ni sur le packaging des invitations. Leurs bristols sont dignes des plus grandes maisons, et l’effet en prédispose favorablement la presse et la clientèle. Élie Saab, bien sûr, mais aussi Georges Hobeika, Georges Chakra, Hanna Touma et Dany Atrache, pour ne citer que ceux qui viennent de présenter leurs collections, ont organisé qui à l’Académie des beaux-arts, qui au Carrousel du Louvre, qui dans les salons du Ritz et qui au Faubourg St-Honoré des collections qui ont drainé les « people » les plus en vue. Soldats de charme portant haut les couleurs de la créativité libanaise, leurs mannequins ont défilé sur les podiums les plus prestigieux entre Paris et Rome où Abed Mahfouz, entre autres, présentait son printemps-été à l’auditorium du Parco della Musica. Beyrouth ne sera pas en reste puisque, dès la semaine prochaine, la presse mondiale et notamment la RAI 1, CNN, Fr3, Euronews et TV5, pour ne citer que les principales chaînes satellites, seront représentées à la Fashion Week of Beirut qui se tiendra au Biel du 9 au 12 février. Un événement dont la couverture massive cette année témoigne de la bonne santé de ce secteur dans notre pays. Avant le défilé toujours très attendu de Rabih Keyrouz qui a tendance à fuir les événements collectifs, on pourra découvrir les lignes fluides toutes en couleurs et en paillettes de Georges Hobeika dès le 9. Le 10 on pourra suivre l’évolution de jeunes créateurs, tels que Fawzia Nafea et Mohammed Berjaoui, et saluer en Pierre Katra un pionnier du sur-mesure beyrouthin. Le 11, Hanan el-Madani et Nada al-Awar présenteront également leurs premières collections, et c’est le Français Marc le Bihan qui clôturera la journée. Le 12, ce sera au tour de Dominique Sirop, qui vient d’intégrer le cercle étroit de la haute couture française, d’offrir le produit d’un savoir-faire fascinant. Cette journée se terminera par un dîner offert par Abed Mahfouz de retour de Rome. Une vitalité à soutenir absolument. FIFI ABOU DIB
C’est par voie de presse, la première semaine de janvier, que Christian Lacroix, le plus littéraire des grands couturiers français, a appris la vente de sa signature au groupe américain de duty-free Falic. En pleins préparatifs de sa collection printemps-été, le créateur a encaissé la nouvelle sans réagir. Un coup douloureux qui apporte un éclairage cru sur la soumission des artistes du luxe aux groupes industriels auxquels appartiennent leurs sociétés. En attendant le dénouement, en mars, de cette sordide affaire, retour sur un parcours hors du commun, mené au coup de cœur. Voici Lacroix par lui-même:

Londres
Comme je l’imagine pour la plupart d’entre nous, mon Angleterre doit avoir de lointaines racines scolaires. Vers 1960, j’étais encore à l’école primaire et un professeur était venu de Londres qui...